La fin du voyage

par Emilio


 

Il est de ces tâches que nous savons être indispensables pour avancer dans la vie. Elles peuvent être ingrates, difficiles à attaquer, tant et si bien que leurs ébauches même revêtiraient un poids si lourd qu’il nous parait insurmontable. Mettre un point final à un blog commencé en début de nos thèses, alors même que nous ne sommes plus dans la sphère de la recherche publique, et ce depuis nos soutenances respectives, en fait partie.

Mais arrive le jour où vous réalisez que de ne pas finir quelque chose, c’est aussi quelque part s’accrocher au souvenir qu’on en garde, au désir nostalgique de pouvoir revivre certaines des grandes étapes qui nous auront mené jusque là où nous sommes, en s’arrangeant pour oublier ce qui nous aura le plus déplu. Nous avons, dans nos vies respectives, franchi des caps, tourné des pages, commencé de nouveaux projets, qui ne sont plus en adéquation avec la raison même de l’existence de ce blog.

C’est pourquoi nous avons donc, Arnaud et moi-même, pris la décision conjointe de mettre un point final à notre site. Ce dernier article aura pour but de donner de nos nouvelles une dernière fois, faire deux-trois blagues scatophiles parce qu’on sait pertinemment quel public on a, et enfin parler de notre avenir hypothétique (SPOILER ALERT: on en a pas).

 

sahara

L’avenir hypothétique (colorisé pour plus de gaité)

Pour commencer sur une bonne note tout de même : nous sommes désormais tout les deux docteurs. Voila. OKLM. Ravale tes larmes, ramasse tes dents, et n’oublie pas de prendre ta jalousie en rage-quittant cette page. Car oui monsieur, OUI MADAME, malgré toutes les déconvenues, les engueulades, les dépressions, les suicides, les résurrections, les re-suicides, les murges, les cuites, les beuveries, nous sommes arrivés au bout de notre objectif initial : pouvoir mettre un « Dr. » devant nos noms, et ce jusqu’à la fin des temps. C’était bien évidemment la seule raison, et je vous prierais de nous appeler désormais par nos titres gagnés à la sueur de nos fronts : Dr. Acula et Dr. Agibus.

Nous avons évidemment tous les deux vécu cette journée particulière de manière différente, et il faudrait un article entier consacré à ce sujet pour en parler. Mais voila, c’était il y a longtemps (26/11/2015 pour moi et 16/09/2016 pour Arnaud), de l’eau a coulé dans la cuvette de vos WC, et cela n’aurait guère de sens de rentrer dans les détails maintenant. Sachez juste qu’on a tous les deux beaucoup pleuré, qu’il y avait notre famille et nos amis, qu’ils nous ont vu pleurer, qu’ils ont eu honte, et qu’ils nous ont jeté des cailloux parce qu’ils avaient honte, qu’on a tous bu, qu’on a un peu vomi, qu’on a beaucoup ri, et qu’on se souviendra probablement de cette putain de journée toute notre putain de vie (« putain » rime avec « putain », rime riche, tu peux pas test).

Nous y sommes finalement arrivés. Cela nous aura demandé du temps, beaucoup d’abnégation, de sacrifices, mais nous y sommes enfin. Nous tenions encore une fois, au travers de ces quelques lignes, remercier chaleureusement et pour l’éternité tout les proches, amis, familles, voisins, animaux domestiques, mentors, modèles, cafetières, frigo, arbres, Jean-Luc Reichmann etc… qui nous ont poussés jusque là et qui sont l’une des grandes raisons de notre réussite.

Et évidemment, nous tenions à vous remercier tous d’avoir suivi notre blog, et d’avoir lu le flot ininterrompu de conneries qu’on a pu y déverser. Lorsqu’un certain Arnaud est venu me voir, il y a de cela plus de 4 ans et demi maintenant, pour me proposer d’écrire un blog en sa compagnie, jamais je n’aurais cru possible qu’il existait autant de personnes sur Terre capable d’apprécier cette alliance parfaite mais néanmoins subtile de scatophilie, de sciences, d’auto-apitoiement et de jeux de mots approximatifs. Vous avez été plusieurs dizaines de milliers à nous suivre (2 en fait), vous nous avez obligé à écrire des articles alors qu’on avait clairement autre chose à faire (vous ne nous avez jamais rien demandé), merci à vous d’avoir été là et d’avoir apprécié notre travail (vous êtes venu par hasard et vous avez détesté), et d’avoir permis à notre blog de sortir en première position pour la requête « thèse biologie » sur Google (ok ça c’est vraiment cool).

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Gloire à toi, Jean-Luc !!

Pour ce qui est de la suite, à chacun son petit paragraphe

Emilio

C’est presque la larme à l’œil que j’écris ces dernières lignes. Parce que honnêtement je suis un sentimental, et que ça m’embête de vous dire au revoir après tant d’années à essayé de vous divertir avec mon malheur. Mais c’est logique de s’arrêter ici, et il aurait été encore plus triste de laisser ce blog mourir sans une dernière saillie mi-drolatique, mi-dépressive de notre part. Pour la suite, je pense qu’ Arnaud est dans le même cas que moi, nous n’avons pas trop de réponses à vous apporter. Mais dans mon cas plusieurs choses sont certaines :

1) J’ai ouvert mon cabinet d’études et de conseils en biostatistiques. Je n’ai aucune idée de si ça va marcher ou pas, si c’est une brillante idée et la pire des âneries, mais bon c’est trop tard de toutes manières c’est fait. Vous en entendrez bientôt parler je vous le promets.

2) Je ne suis pas devin (ni de bière par ailleurs), donc je ne saurais dire si je vais revenir un jour vers la recherche publique ou non, et sous quelle forme. Ce qui est sûr c’est que je ne pense pas arrêter la Science en elle-même, et que je vais tenter de trouver un moyen de continuer à en faire, même un peu. Si vous voulez me suivre (d’un point de vue académique, pas dans la rue espèce de pervers) vous pouvez toujours checker mon profil Researchgate ou encore mon profil Google Scholar (j’ai même sorti un article !!!). Et si vous avez 5 minutes à tuer, lisez ma thèse, ça vous fera pas de mal d’en apprendre plus sur la Cigogne blanche et le Cincle plongeur.

3) Je ne me sépare pas d’Arnaud ne vous inquiétez pas (d’ailleurs ce dernier sera même témoin à mon mariage !!!!!). On ne sait pas encore sous quelle forme, mais vu qu’on aime bien écrire ensemble, peut-être qu’un jour vous nous retrouverez de nouveau en binôme d’écriture quelque part, qui sait ?

En attendant, je vous remercie tous du fond du cœur une dernière fois, ça a été 4 années géniales en votre compagnie. Sachez que je me suis éclaté à écrire des conneries pour vous faire marrer et vous en apprendre plus sur le doux monde du doctorat en biologie. J’espère qu’on se reverra vite ! Des bisous sur les fesses !!!

Arnaud

C’est l’histoire d’un mec qui m’écrit à 2h du matin pour m’annoncer après des mois de page blanche que l’article final d’OSAG est prêt. Et qu’il me faut donc vous raconter ce qu’est devenue ma vie de Docteur après cette fameuse soutenance de septembre dernier, dont beaucoup se souviendront (parce que perdre son piercing à la langue en face de son jury, ça n’a pas de prix). Vous aurez pu remarquer au cours de la lecture de ce blog que nos illusions et notre envie de croire en la Recherche (celle, noble, qui amène l’Humanité à s’élever) se sont assez vite heurté aux coups durs de la réalité, et ce serait mentir de vous raconter que la thèse a été une expérience facile. Mais elle a été très enrichissante, et m’a montré (par divers moyens retors et tordus) que je ne suis peut-être pas fait pour la recherche fondamentale. Ou du moins, pas comme je le pensais.

Une constante en ma personne a toujours été de vouloir m’exprimer, et notamment par l’écrit. Sans vous parler de mes fan-fictions porno que j’écrivais au collège (parce qu’il faut bien ce qu’il faut lorsqu’on a pas accès à internet), j’ai trouvé une certaine forme d’épanouissement dans la rédaction. A ma grande surprise, peut-être, (et à celle de ma directrice, assurément) la rédaction de mon manuscrit de thèse (223 pages, ZBRA) a été un vrai moment de plaisir. Je me suis aussi grandement ouvert par ma qualité de rédacteur en chef de DC Planet. Après remise en question dans les derniers mois de ma thèse et une formation de « bilan de compétences », j’ai décidé de continuer à… poursuivre des études. Ouais, parce que 10 ans ça ne suffisait pas. Je suis donc actuellement en M2 de Communication Scientifique (j’ai skippé le M1, parce que hé, pas fou non plus).

Ainsi, plutôt que de FAIRE la science, la recherche, j’ai pour ambition d’en PARLER, de communiquer dessus. Et pour avoir déjà un grand pied dans ce monde, je souhaite en quelque sorte faire passerelle entre ce domaine et le grand public, mais aussi les institutions publiques et privées. Et y mêler un peu de politique, pourquoi pas ? En tous les cas, il est clair que la rédaction, entre autres formes de communication, est un point fort sur lequel je compte appuyer mon futur professionnel. Je pense par ailleurs ouvrir une page internet comme « carte de visite » sur laquelle je compilerai un échantillon des articles que j’ai pu rédiger récemment (en gros : je parle de science dans Batman, de zoophilie ou d’économie numérique pour les médias) – dont un a été primé (zbim). Et vous pourrez continuer de me retrouver aussi longtemps que je pourrais sur DC Planet.

Sur ce je vous dis à très bientôt, on se reverra lorsqu’Emilio et moi aurons écrit notre premier roman (et POURQUOI PAS HEIN ?) et merci encore à vous d’avoir suivi nos péripéties pendant ces quelques années.

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Le gouvernement va enterrer le Doctorat, mais il pleut et y a l’Euro alors ça va on s’en fout

par Arnaud


Vous saviez que lorsque vous allez sur le site de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, section « Doctorat », la dernière actualité en tête d’affiche date du 12 février 2015 ? Et qu’on nous parle de la finale du concours Ma Thèse en 180 Secondes… de 2014 ? C’est à croire que les rédacteurs d’OSAG ont inspiré le ministère sur le quota de productivité, que la notion d’actualité a été réformée sans que je ne sois mis au courant, ou bien que ledit ministère s’en bat les couilles du doctorat.

Oh, je crois que je connais la réponse.

Salut à tous ! C’est Arnaud, vous êtes sur le blog qui réussit à faire plus de visites en un an sans articles que lorsqu’il était alimenté régulièrement, et alors que j’avais en projets depuis plusieurs semaines – que dis-je, des mois – d’écrire par ici pour vous montrer que non, la thèse ne nous avait pas conduit, Emilio et moi-même, au suicide, voilà que j’ai trouvé une bonne raison de venir poser quelques lignes sur l’internet. Et pour ne pas changer, on va râler !

Vous n’êtes pas sans savoir que le prestige universitaire en France, c’est pas vraiment ça. Alors que l’Université est censée délivrer le plus haut diplôme qui soit dans le pays, le doctorat, ce dernier n’est pas vraiment reconnu en France, en dehors du domaine universitaire. Un problème ciblé et critiqué qui pose problème surtout car, à l’heure actuelle où les places sont de plus en plus restreintes dans les laboratoires de recherche en tous genres, la reconversion est difficile chez les entreprises car celles-ci préfèrent embaucher des ingénieurs parce que a) avoir un Bac +8/9 c’est trop de sur-qualification et b) le prestige des écoles d’ingénieurs vendu par nos chers représentants de là-haut, dans leur tour d’ivoire. Ces mêmes personnes qui s’amusent à faire des réformes à tout va depuis quelques années (l’autonomie des universités) tout en sabrant dans les postes disponibles (comme c’est le cas partout dans le domaine public), etc etc. Autant dire que l’avenir pour les doctorants et docteurs n’a jamais été très reluisant et que l’attractivité même du doctorat, des fois, vaux mieux ne pas chercher à l’expliquer. Je me rappelle très bien en 2012, lorsqu’on avait décroché notre contrat de thèse, on en rigolait en se disant qu’on serait sous-payés puis qu’on finirait au chômage. Et ce qui s’apparentait à une bonne blague grasse tirée entre deux vomis au cours d’une soirée bien trop arrosée se rapproche maintenant d’une réalité bien trop proche qu’on a pas forcément envie d’embrasser.

Mais le karma ça existe malgré tout, et la situation amusante est que, à l’étranger, le doctorat (ou PhD) est un diplôme très bien reconnu, ce qui permet d’avoir une certaine attractivité pour les laboratoires, certes, mais aussi les entreprises, qui connaissent ce diplôme et ce qu’il sous entend. Pour ça que l’on parle souvent d’exode des cerveaux : les personnes intelligentes fuient la France et il n’y a qu’à regarder le classement des meilleures ventes de livre pour s’en rendre compte (non parce qu’avoir 50 nuances de Grey et Guillaume Musso sur le podium, c’est quand même révélateur de quelque chose, hein). Oh la la, veuillez me pardonner pour cet écart condescendant d’intellectuelo-élitiste. Même si j’ai raison, et que vous le savez. Le truc rigolo, donc, c’est que les diplômes d’ingénieurs, qui sont si prisés par nos entreprises françaises, ont beaucoup plus de mal à s’affirmer, apparemment, à l’étranger. L’inverse du doctorat, donc, ce qui en soi mène vers un certain équilibre. La situation reste injuste (parce que je vois pas en quoi pour un même poste il faudrait privilégier le type qui sort d’une école d’Ing’ à un autre qui vient de passer un doctorat… et vice-versa, également !) et source d’une opposition assez farouche entre ces deux écoles, qui véhiculent des façons de penser complètement différentes et qui devraient, en vérité, se compléter au lieu de s’opposer. Je dirais pas qu’il n’y a pas d’avancées dans ce domaine d’ailleurs, mais je ne me sens pas assez renseigné là dessus pour m’avancer.

Du coup, j’en reviens au gouvernement et au culte de l’élitisme à double-vitesse. Apparemment ça a l’air de poser problème que les ingénieurs ne soient pas reconnus aussi bien à l’étranger que chez eux (les pauvres, ils ne sont pas obligés de s’expatrier pour avoir du travail ? C’est ça le raisonnement ?) et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a sorti un arrêté le 25 mai dernier pour réformer le Doctorat en tant que tel, dans un but de le revaloriser (ça, c’était la lettre d’intention) – sauf que lorsqu’on lit la chose, on se demande où se trouve la re-valorisation.


Najat

Le point qui fait le plus polémique c’est l’inscription au doctorat. Normalement réservée à des personnes titulaires d’un Master (Recherche), elle se fait sous la base d’une expérience du jeune diplômé de ce qu’est la recherche, en passant également par l’obtention d’un financement (en Sciences dures, du moins) et un accord avec un Directeur de Thèse et son laboratoire, ainsi que l’Ecole Doctorale à laquelle il est rattaché. Bah maintenant ils veulent changer ça, en autorisant l’inscription en doctorat par quiconque aura un dossier de Validation des Acquis par l’Expérience suffisant (VAE) – ouvrant donc la porte, c’est là qu’on y vient, aux diplômes des Grandes Ecoles.

Alors au début j’ai lu quelques articles d’opinions là-dessus, et j’ai vu quelques raccourcis auxquels j’ai cru, comme quoi le titre de Docteur allait être « donné » à des personnes qui n’auraient qu’à monter leur dossier de VAE, sans passer par la vraie case Doctorat (avec ce que ça implique : la rédaction d’une thèse après 3 ans de travail de recherche). Apparemment, c’est ce qui était réellement prévu au début par le texte de loi, mais ce n’est pas passé parce qu’il y a quand même encore un peu de limite dans le foutage de gueule. Mais j’ai quand même énormément de mal à comprendre l’intérêt de la chose. Que je sache, le M2 Recherche se sanctionne par un stage en laboratoire, avec une réelle appréciation du travail de recherche, et je ne suis pas sûr que c’est ce qui soit enseigné en école d’Ing. Alors il faut savoir comment la réforme peut s’effectuer concrètement. Dans le VAE, le E signifie expérience. Donc je suppose qu’il faudrait effectivement avoir une expérience plus ou moins importante (au moins quelques mois dans un labo ?) pour pouvoir ensuite prétendre à faire un doctorat. Dans ce cas, à la limite. Par contre si c’est faire un dossier en sortant de son école et passer comme ça en doctorat, laissez moi vous dire en toute courtoisie : gné ?

Valls

Le problème c’est pas de vouloir protéger une quelconque sacro-sainte institution universitaire, parce que ouais, en fonction des universités, le doctorat a aussi des raisons de pas être aussi reluisant qu’on aimerait – je crois vraiment qu’à Strasbourg on a de la chance de ce côté là. Mais est-ce que les types qui écrivent ces réformes réfléchissent ne serait-ce qu’une minute à leurs textes ? Dans l’hypothèse ou le dossier de VAE permet tout seul de pouvoir s’inscrire en doctorat, qu’est-ce qui justifiera alors de faire un Master ? Puisque de toute façon on pourra aller faire une thèse en passant par un autre diplôme qui déjà à lui tout seul t’ouvres bien plus de portes dans ton pays que ce à quoi tu aspires. Est-ce que, à l’inverse, on propose de faire de la VAE aux docteurs pour avoir un diplôme d’ingénieur ? Non ? Alors pourquoi ça serait acceptable de le faire dans l’autre sens ? Et je trouve même cette proposition quasi absurde, dans le sens que si le type sort d’une école d’ing’, il n’aura pas du tout acquis la démarche universitaire qu’on demande pour faire un travail de thèse. Quel intérêt alors pour le laboratoire ? Il ne le prendra jamais ! Je ne comprends pas cette volonté de vouloir « skipper » le M2 pour pouvoir s’inscrire en doctorat sans avoir connaissance de ce qu’est le domaine de la recherche. En plus d’être dangereux pour l’attractivité des Masters (heureusement qu’il y aura toujours l’argument financier pour contrebalancer tout ça), c’est une mesure qui dévalorise le Doctorat en permettant cette accessibilité, sur le papier du moins, à n’importe qui.

Ça fait partie de ce que plusieurs appellent de nos jours le règne de la médiocratie dans notre société, où tout doit être médiocre, c’est-à-dire dans un certain conformisme, un grand moule duquel personne ne peut s’extraire. Ça commence par le BAC qui est une vaste blague dont on parle chaque année, aux contrôles continus installés à l’Université, avec seconde session, et les semestres compensés pour être sûr que tout le monde puisse avoir des licences au rabais, puis maintenant on va sabrer les Masters et le doctorat puisqu’on aura même plus besoin d’aller à l’Université pour pouvoir y accéder. J’attends de voir ce que concrètement le gouvernement va faire avec ce texte, qui sera en application dès le 1er septembre prochain, mais j’ai quand même la sale impression que ceux qui nous gouvernent s’en battent les couilles d’une violence assez édifiante sur l’avenir de leur système Universitaire. J’espère vraiment qu’un jour ces guignols vont comprendre que la recherche c’est un moteur essentiel pour faire avancer un pays et qu’il faut la mettre en avant et lui donner des moyens au lieu de la plomber sous des notions de « productivité » ou de « compétitivité » qui n’ont absolument aucun sens quand on ne donne PAS de quoi être productif NI compétitif.

Alors si vous lisez ce papier, sachez également que je ne suis peut être pas le plus éclairé sur cette question et que je peux me tromper, ce pour quoi j’aimerai bien avoir une discussion là dessus. Si tant est que quelqu’un en ait quelque chose à foutre. Parce que l’absence d’articles sur ce blog exceptée, j’ai quand même l’impression que la priorité en ce moment – et depuis longtemps – c’est pas le devenir du secteur Universitaire en France. Apparemment, la pluie, le beau temps, et des mecs qui courent après un ballon, c’est plus intéressant.

P’tet que la solution c’est d’aller monter un dossier de VAE pour devenir footballeur professionnel. En fait.

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Classé dans #rage, Extralab

« Et ta mère, elle sent des coudes ? » – Guide pour réussir à coup sûr son concours de l’Ecole doctorale

par Emilio

Il arrive dans la vie de chaque Homme des petits moments d’insouciance et d’allégresse pure qui le font plonger des abîmes les plus noires de l’esprit vers les vertes prairies du bonheur. Même si ces instants sont courts, quasiment insaisissables, ils équilibrent notre quotidien et nous permettent d’avancer un peu plus vers l’étape d’après, un jour après l’autre. Et le soir, blottis dans nos draps tels des larves d’un insecte que nous ne deviendront jamais, nous repensons à ces éphémères images qui marquent encore un peu nos neurones avant que, las de nos journées par trop souvent longues et difficiles, Morphée nous appelle dans ces doux bras, caressant nos cheveux comme notre mère le faisait jadis. Il ne nous restera de cette plongée vers le sommeil que l’image du sourire d’une belle femme, le regard complice d’un frère, l’accolade d’une amie. Fragments aussitôt oubliés, partis en volutes multiples dans les méandres de la mémoires humaines, rangés on-ne-sait-où, quelques parts. Peut-être ressortiront-ils un jour, peut-être seront-ils perdus à jamais. Et ainsi, avec un jour de moins parmi les jours qu’ils nous restent à vivre, nous nous lèveront le lendemain matin, les images ayant disparus, l’impression de bien-être envolée. L’odeur du café brulant nous rappellera à notre dur labeur, et nous nous enfuirons en toute hâte vers un but inatteignable, remplis que nous sommes de notre fierté de croire que, oui peut-être, nous servons à quelque chose en ce bas-monde.


Il y concrètement deux choses que j’adore dans mon boulot : la bouffe gratuite qu’on peut aisément avoir sans trop se fouler (généralement, en allant à un colloque, en squattant les bureaux des sous-fifres stagiaires, en s’introduisant en douce dans la cuisine du resto U, en tapant au hasard dans le frigo commun,…), et aider les jeunes à devenir ce que je n’ai pas réussi à être au cours des 3 dernières années : un bon thésard. Et avant même de les aider à devenir de bons thésards, encore faudrait-il que ces abrutis jeunes pleins de promesses arrivent à décrocher une thèse, ce qui par les temps qui courent n’est pas chose aisée, vous en conviendrez.

Il existe plusieurs moyens plus ou moins officiels d’obtenir des financements pour une thèse. Ces financements, qu’importe leurs origines (Concours de l’école doctorale pour l’attribution des contrats doctoraux, des financements d’équipe ou de projet type ANR ou autres, prostitution) tournent en France généralement autour du même montant : environ 100 000 € pour 3 années de purs bonheurs et de réelles envies d’en finir avec sa pute de vie. C’est beaucoup, ok, mais ça reste 75 fois moins élevé que le revenu annuel de Dany Boon en 2012. Ce qui veut aussi dire que Dany Boon aurait pu financer 75 thèses au lieu de pourrir le cinéma français de l’intérieur, vampirisant les allocations du CNC afin de réaliser des chefs d’œuvre du type « Supercondriaque » ou « Rien à déclarer ». Rien à déclarer en France ça c’est certain vu que cet grosse merde « artiste », à l’aura et au génie incroyable vit à Londres et évite ainsi de payer des impôts qui permettraient de construire et de rénover des écoles chez nous, empêchant ainsi aux jeunes de comprendre pourquoi aller voir ses films constitue une violation du bon sens et du bon goût… (car oui chez OSAG on est aussi critiques ciné chez Télérama).

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« GGGGEEEUUUUHHHHHH !!! JE SUIS REALISATEUR DE FILMS !!!!!! »

Mais comme Montparnasse, je m’égare, et il est grand temps de recentrer cet article qui est par ailleurs déjà bien long, comme cette phrase qui manque cruellement d’une fin logique et pertinente, plutôt qu’une suite interminable de mots et d’expressions convenues séparés par de ridicules virgules, à peine suffisantes pour reprendre son souffle dans cet amas informe à mi-chemin entre un discours absurde de notre cher premier ministre et des conditions générales de ventes d’un téléviseur Panasonic acheté à la va-vite au Darty du coin avec les gosses qui braillent dans la caisse et le ventre qui crie famine.

BREF, dans notre cas de figure à tout les deux (car oui nous sommes deux, Arnaud n’est pas mon ami imaginaire qui vit dans ma tête, vu que lui s’appelle Marc), nous avons réussi à financer nos thèses respectives via des contrats doctoraux, obtenus après avoir passé le concours de l’école doctorale (abrégé ED ici pour plus de facilité). L’ED en soit a été difficile pour nous deux, mais le déroulement exact d’un oral du concours n’est pas le but de l’article : premièrement car les modalités de cet oral dépendent de la Faculté qui l’organise (ça peut aller de 5 à 15 minutes, support ou pas, jurys de 10 à 50 personnes,etc.), et aussi parce qu’Arnaud a déjà écrit un magnifique article sur le déroulement d’une journée d’oraux de l’ED, et des modalités pour y arriver. Si c’est ce point précis qui vous intéresse, je vous renvoie à cet article avec la plus grande joie.

SI je prends la plume aujourd’hui, ou plutôt le clavier et la souris, c’est pour m’adresser à toi, jeune étudiant(e) en proie au doute, voyant venir avec la peur au ventre ce tant redouté concours. Que dois-je faire pour l’avoir ? Comment me préparer au mieux pour cette torture ? Il y a-t-il de bonnes choses à savoir afin d’y aller avec toutes les cartes en mains ? Pourquoi la dame est méchante à la garderie ? Tant de questionnements…. Tant de peurs… L’effroi te ronge de l’intérieur, t’empêche de dormir et de digérer correctement. Nous avons connu ça, ne t’inquiètes plus jeune Padawan, prends ma main et lis ces 5 conseils pour réussir à coup sûr ton ED (résultats non garantis, ne fonctionne pas dans les DOM-TOM, ne marche pas si on a mangé de la mayonnaise avant, déconseillés aux femmes enceintes et aux cardiaques):

Ne s’imposer aucune limite dans la recherche bibliographique en amont

Une des astuces est de se rendre compte le plus rapidement possible qu’on ne sait strictement rien de son sujet, ou très peu. « Comment ça ? » te dis-tu. Tu viens de passer ton oral de M2 et tu es fier de ton 15/20 décroché à la sueur de ton front ? BULLSHIT ! Ton rapport ne vaut rien, les gens qui t’ont jugé ont été sympa avec toi parce qu’ils voulaient que tu partes rapidement afin de ne plus voir ta gueule geignarde à longueur de journée. Combien à eu le moins bon de ta promo sur le stage de M2 ? 12 ? A l’ED, avoir 4/20 à l’oral est largement possible, et ça sera probablement ton cas si tu continues à ne pas me croire et à me remettre en question de la sorte…

Pour parler plus sérieusement, ton jury de M2 était très probablement composé de chercheurs et enseignant-chercheurs de ton laboratoire. Ils sont spécialisés dans ton domaine, connaissent par cœur ta thématique, et sont les plus à même de te poser des questions très pointus. Leur but est de tester tes connaissances, dans le cadre de ce que tu es censé savoir afin de sanctionner un bac+5 de qualité qui te permettra d’aller pointer avec fierté, le menton relevé et les épaules en arrière, à Pôle Emploi. Or, le jury de l’ED est composé de personnes issues de différents domaines et qui possèdent donc un ensemble de connaissances très, TRÈS large (le deuxième « très » en majuscule sert à marquer l’importance du mot).

Il te faudra donc tout lire. Oui, tout, comme dans « je dois vraiment remplir tout ce formulaire pour l’allocation chômage ? » ou encore « Oui vazy mets-moi tout ! Quoi, tu as déjà tout mis ? ». Aucun article ne sera assez éloigné de ton sujet, et tu devras a minima lire l’abstract et bien connaître les conclusions. Pour te donner une idée, ma thématique de M2 était la transmission des tailles de télomères chez les oiseaux, et on m’a posé des questions sur la réplication cellulaire des levures, le lien entre télomérase et cancer chez l’homme, ainsi que la circonférence moyenne du tronc de Jacques Chaban-Delmas. Ce dernier point est faux, mais on aurait pu légitimement me poser la question.

Ça prendra du temps, de l’énergie, et tu auras la dégueulasse impression de bosser dans le vent la majorité du temps. Mais quand la lecture d’un article totalement éloigné de ton sujet te sauveras les miches le jour J, n’oublies pas de remercier tes sauveurs, Bactoche et Cigogneau ! !

« Je dois vraiment TOUT lire ?? « 

Présenter son oral devant un maximum de personnes, un maximum de fois

Ce point est d’une logique implacable, et pourtant je me dois de le mettre, sinon je n’aurais jamais eu 5 points dans ce guide. Vous auriez ainsi pu porter plainte pour publicité mensongère, j’aurais perdu mon procès car le seul avocat que je connaisse est un fruit à la chaire verte, et j’aurais tout perdu, la gloire, la beauté, la fortune…. En gros ça n’aurait pas changé grand chose à ma vie actuelle.

Présenter ton oral devant un maximum de personnes présente plusieurs avantages. Tout d’abord, tu multiplies mathématiquement les chances d’avoir des questions intéressantes qui tombent, ce qui est plus ou moins le but recherché lorsqu’on prépare un concours quelconque. Sauf pour le concours du plus gros connard de la Terre, vu qu’il est gagné chaque année par le désormais fameux « voleur de bouffe de frigo« … JE SAIS QUE C’EST TOI JEAN-GERTRUDE, TU NE T’EN TIRERAS PAS COMME CA, LA CALOTTE DE TES MORTS, JE TE PROMETS TU VAS CREVER !!!

« LA CERVELLE DE VOS MORTS !! ÉCOUTE CES SAGES CONSEILS DE VOS MORTS !! LA CALOTTE DE VOS MORTS !! »

Au delà du nombre de personnes présentes, tâche de vin faire des oraux blancs un maximum de fois, dans un maximum de conditions différentes : le froid, le chaud, le tiède, devant des gens gentils que tu connais, des gens méchants que tu connais pas, des thésards, des post-doctorants, des chômeurs (aussi appelés post-post-doctorants), en étant fatigué, en étant en forme (de rond, de carré ou autre) … Tu seras ainsi paré pour toute éventualité le jour J. Normalement, en faisant cela, tu auras été confronté à un nombre conséquent de questions et réflexions en tout genre, augmentant ainsi les chances de retrouver ces mêmes questions ou remarques le jour de l’exécution !

Présenter son oral au moins une fois devant quelqu’un de naïf (voire de con)

On ne vénère pas assez la valeur qu’à le con dans notre société. Il peut, au choix, faire rire, surprendre, faire réfléchir, énerver, mais en tout cas, laisse rarement indifférent. Imagine le français moyen. Il est con. Et bah imagine qu’à peu près la moitié des français est plus conne que lui. Ce qui veut dire que tu as globalement de bonne chance de trouver un con pour lui faire ta présentation !

« Mais pourquoi il me conseille ça le con ? Il est con ce con, ou bien ? » te demandes-tu probablement, con/conne que tu es. Et bah déjà pour commencer, au cas où tu ne l’aurais pas encore remarqué, je suis effectivement très con, mais passons. Les meilleures questions viennent des gens qui ne connaissent rien à ton sujet, autrement dit des gens naïfs, autrement dit, vous l’avez deviné, des cons. Eux seuls seront capable de te poser des questions totalement incongrues, à la limite du hors-sujet. Tu sais, ce genre de questions qui te mettent dans l’embarras, et qui laisse un long silence gênant s’installer dans l’assemblée, mortifiée qu’elle est par l’idée qu’on puisse poser si conne question. En temps normal, ce genre de question amène une réponse de type « je botte en touche » et tout le monde passe à autre chose. Sauf que pour l’ED, « passer à autre chose » équivaut à « je ne réponds pas à la question », ce qui équivaut à « tiens je vais me pendre tout de suite, ça me fera gagner du temps, quelqu’un a une corde dans le jury ? ».

Le jury à l’ED est naïf vis-à-vis de ton sujet, et donc, les gens qui pourront te préparer aux mêmes questions seront des gens de base naïfs, voire cons. CQFD, félicitations du jury, acquitté, Prix Nobel de la Paix, La vie d’Adèle en 3D et Couscous végétarien.

Exemple de question type à l’ED. Oui, dans sa situation, tu serais obligé de répondre…

L’art de la répartie, ou comment s’en sortir quand on est dans la merde jusqu’au cou

Lors de ton oral, arrivera un moment où tu vas être coincé par une question. Qu’importe le nombre d’heures passées à potasser tes vieux cours, à lire des livres indigestes aux titres ridiculement longs, qu’importe le nombre de litres de sueurs et de larmes que tu auras dépensé à la banque du Savoir, tu seras bloqué par une question d’un des membres du jury à un moment donné. Ce n’est pas dramatique, en partant du principe que tu n’as pas la science infuse et que toute la connaissance humaine n’est pas en ta possession, on peut légitimement se dire que c’est normal. Mais attention, deux remarques à ce sujet. La première est qu’il faut se faire coincer le plus loin possible dans les questions. Pour un candidat qui bloque à la 50ème question sur le lien entre consommation d’alcool et cancer, alors que son sujet de M2 porte sur la conjoncture économique du Sud-Soudan, tout le monde comprendra et verra que la limite de connaissance du bonhomme est lointaine, et que donc c’est cool. On ne demandera jamais à un candidat de tout savoir, on lui demandera de savoir assez pour comprendre comment son sujet s’inscrit dans un schéma plus large de savoir tout en y apportant un regard critique, c’est tout !

Par contre, perdre le contrôle de ses sphincters dès la première question (qui est généralement : « Bonjour, comment vous appelez-vous ? ») et répondre à côté de la plaque, c’est l’assurance de très TRÈS mal commencer son oral (le deuxième « très » en majuscule sert à marquer l’importance du mot, comme précédemment, on reste cohérent, tout va bien). Je ne donne pas cher de la peau du gugusse qui se plante aux questions de bases, généralement les 3 premières. Dis-toi que le jury cherche également à écarter facilement certains candidats, afin de rendre le classement final plus facile à faire. Ne leur mâche pas le travail en t’urinant dessus dès qu’on te demande d’expliquer un mot dans le titre de ta présentation.

« Je m’appelle Jean-Rachid…. A NON, NON MERDE, C’EST RENÉ-FRANÇOIS PUTAIN !! »

Deuxième remarque : ce qui peut jouer c’est la manière de gérer le blocage. A une question type, disons « Ta mère sent-elle mauvais des coudes ? » tu as concrètement deux manières de réagir. La première consiste à dire quelque chose dans le genre « Je ne peux pas répondre, je n »ai pas senti les coudes de ma mère depuis 1991, désolé ! ». Cette réponse est acceptable, mais n’est pas la meilleure qu’on puisse donner. L’idée est de réagir en ayant un maximum de répartie, non pas pour répondre à la question qui est de toute manière impossible, mais de prouver que vous savez réfléchir comme il faut. En gros, une super réponse serait : « Je ne peux malheureusement pas répondre à cela, car je ne l’ai pas senti dernièrement et que la thématique est tout de même TRÈS éloignée de mon domaine de recherche, mais on peut émettre l’hypothèse que ma mère sent des coudes, car c’est une truie de 4 m de haut qui vit dans la vase et se nourrit de viande de raton-laveurs ». Voila, tu ne réponds pas à la question clairement, mais tu réfléchis, et c’est ça que l’ED veut, sélectionner des mecs qui réfléchissent. Ou en tout cas, qui savent faire semblant.

La théorie de la relativité absolue

LA VIE NE S’ARRÊTE PAS A L’ED ! Quoiqu’il puisse t’arriver, ce n’est pas grave ! Apprendre à relativiser est le meilleur des conseils qu’on puisse te donner dans cet article. Vous n’avez pas été sélectionné pour passer l’oral ? C’est pas grave, vous vous battrez pour avoir une thèse de toute manière, ça sera plus long que prévu mais comme ça vous pourrez monter le projet de vos rêves, et où vous voulez !!! Vous avez foiré l’oral ? Tant pis ! L’expérience que vous en tirerez vous aidera pour plus tard, et vous décrocherez une thèse si vous le voulez, il vous faudra juste du temps et de l’énergie mais vous en avez !!! Nous connaissons des dizaines d’exemples (bon allez, disons 3 gars) qui on raté l’ED mais qui on fini en thèse d’une manière ou d’une autre, parce que ces gens savaient qu’ils étaient fait pour ça. Si tu es fait pour ça, la question ne se pose même pas, tu l’auras. Il te faudra plus de temps que les gens qui passent l’ED, mais tu l’auras !

Et pareil, réussir son école doctorale ne t’épargnera pas une thèse horrible et énormément de désillusions (ce blog en est la preuve vivante). Bats-toi comme un lion, mais n’oublie pas que ce n’est qu’un concours. Le rater ne fait pas de toi un minable, et le réussir ne fait pas de toi un Dieu. Au mieux, quelqu’un qui se cassera un peu moins la tête. Mais à la fin, nous nous retrouverons tous ensemble, main dans la main, à la machine à café de Pôle Emploi, le regard dans le vide, remettant en cause l’ensemble des choix que nous avons pu faire au cours de nos tristes vies et qui nous auront conduit à ce funeste destin.

Et pour finir en motivant tout le monde, je dirais ceci : AU DIABLE LES DIATRIBES DES IMPUISSANTS, MES FRÈRES ET SŒURS !! Mieux vaut une vie de galérien fait de petit bonheurs simples qu’une vie paisible de mouton dans les verts pâturages de la finance, le froc baissé devant le premier supérieur hiérarchique venu ! Osez être passionnés !! Osez choisir les voies les plus difficiles, si elles vous permettent d’acquérir ce que vous désirez au plus profond de vous, si elles suivent vos principes sans jamais les trahir, sans jamais faire de compromis !! Nous mourrons probablement tristes et misérables, mais nous mourrons la conscience tranquille, le cœur léger d’avoir essayer d’apporter notre pierre à l’édifice ! Que meurent les lâches et les pleutres sous le poids de leurs propres peurs de suivre ce que leur dictent leurs cœurs! Que vivent les courageux, ni forcément savants ni complètement imbéciles, mais juste honnêtes envers eux-mêmes, car ce sont eux qui font de ce monde un belle endroit où vivre !

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Un thésard qui prend des congés est-il une colossale baltringue ?

par Arnaud

Normalement je devrais commencer par la sempiternelle phrase d’excuse pour le manque de productivité, le laisser à l’abandon du blog malgré son succès indéniable (sérieusement les gens : on publie un article tous les 3 mois mais vous êtes tous les jours à revenir nous voir ?), mais j’estime qu’avec ma formidable contribution de deux articles en 2014, autant passer à l’essentiel : vous êtes habitués.


Derrière ce titre volontairement provocateur que n’aurait pas renié l’un de ces sites à clics qui parsèment votre mur Facebook (entre 9gag, démotivateur et autres topito) se cache une véritable question : celle du repos du brave. De celui qui après avoir passé tant de journées de labeur, tel un fier guerrier viking qui affronte chimères et légendes nordiques (la métaphore fera plaisir à Emilio), a bien le droit de s’autoriser quelques jours pour souffler avant de reprendre la bataille sans fin contre l’armée des Faux Positifs et des Résultats Inexplicables qui reviennent, chaque journée, toujours en surnombre contre vos frêles petits bras.

Oui, se reposer c’est important. Mais un doctorant peut-il prendre le temps de se reposer ? Alors que nous pourrions poser d’emblée la question à Jamie et Fred pour avoir une réponse un peu sérieuse, laissez-moi plutôt vous parler des doctorants et des congés (payés), vous allez voir, c’est rigolo.

« Mais dis moi Jamie, faire une thèse, ça sert à quoi ? »

En premier lieu, il faudra rappeler que le doctorat est encadré par un véritable contrat de travail. C’est le premier CDD du jeune étudiant universitaire qui lui apprend à rentrer dans le véritable monde du travail de la recherche, avec ce que ça comporte d’exploitation et de sous-paiement. Et comme pour tout CDD qui se respecte, l’employé a droit à des jours de congés. Pour ce que j’en sais, il y en a en gros entre 44 et 46 jours alloués par an, et on peut en disposer comme on veut. C’est un premier point : la LIBERTE.

Si on compte à peine les jours fériés, 44 jours de CP, c’est la possibilité de ne venir que 4 jours par semaine pendant une année entière, quasiment. C’est également la possibilité de se prendre 8 semaines, voire 9, et de faire tout autre chose qu’aller au laboratoire pendant deux mois. Comme par exemple se faire un petit voyage dans un pays exotique de type Syrie, les billets doivent pas être bien cher en ce moment. C’est également la possibilité de prendre des jours à peu prêt n’importe quand, et en fonction de la flexibilité de votre administration (et du bon vouloir de votre encadrant/directeur de thèse), sans forcément prévenir, ou même les poser une fois les congés pris. Vous l’aurez compris, tout est faisable à votre bon vouloir, c’est presque comme Minecraft, les Creepers en moins.

Alors pourquoi ne pas prendre tous ces jolis jours de congés ? Bah tout simplement parce que vous êtes en thèse. Argument imparable, article bouclé, applaudissements, merci de votre attention, on se retrouve dans six mois… Faire une thèse est un travail de longue haleine, une sorte de longue course d’endurance, et s’il faut lâcher un peu de lest pour tenir jusqu’au bout, on ne peut se permettre de trop se laisser aller sous peine de se faire rattraper par d’autres. Car même en recherche, il y a de la compétition. Imaginez-donc un marathon et ce qu’il se passe si, à chaque point de ravitaillement, au lieu de simplement prendre une gorgée d’eau, un coureur se paie 2 min’ pour souffler. A votre avis, arrivera-t-il premier ?

« C’est moi que j’vais publier en premier !! »

Et même sans cet aspect de compétition, le timing est limité. Trois ans, en vérité ça passe super vite (hier encore, je proposais à Emilio de faire un blog pour raconter nos thèses, alors encore jeune et insouciant), et prendre du temps de repos, bah c’est du temps de travail en moins, des manips en moins, des résultats potentiels sur un coup de chance en moins, et ta publication dans un gros papier en moins (ou alors : sans ton nom dessus, mécréant). Et même si, au final, la décision n’appartient normalement qu’à nous, il y a des équipes où certains directeurs d’équipe, et peut-être que c’est encouragé par la compétition, disent à leurs thésards « tu peux prendre des congés, mais c’est ta carrière que tu mets en jeu hihihi » (puisque ceux qui travaillent, mais dans l’autre équipe là, tu sais, où ils te volent ton sujet, bah ils publieront avant toi hihihi). Et d’autres où on vous encouragera au contraire, à prendre vos jours, parce qu’un doctorant reposé sera plus efficace qu’un thésard éreinté. Mais méfiez-vous : si on vous conseille tout le temps de partir du labo, c’est aussi peut-être que vous êtes un boulet.

En résulte alors une certaine attitude des doctorants envers ses congés. Malgré le nombre énorme de jours accordés, on va essayer d’en poser le moins possible. Ce qui est totalement absurde (vous comprendrez encore mieux par après), mais comme ça le chef d’équipe tyrannique n’y verra que du feu, puisqu’en les posant astucieusement, genre près de jours fériés en semaine et de « ponts » stratégiques, vous pouvez avoir un long temps de repos avec 1 seul jour posé. Libre à vous de vous écrier « HAHA comment je t’ai niquéééé !! » à sa figure par après. L’autre versant de l’attitude, c’est un peu le concours de qui a la plus grosse, mais à la « qui prend le moins de vacances » ; comme s’il fallait justifier de s’éreinter au travail au travers d’une certaine reconnaissance (ou admiration) de la part de ses confrères. C’est un peu le même principe du « qui fait le plus d’heures par jour » ou « qui vient le plus travailler le week-end ». Ça se voit surtout parmi les premières années, quand la motivation est à son plus haut et qu’il n’y a que la Science pour motiver votre raison d’être – puis ça se calme généralement, quand ils comprennent que de toute façon travailler 100 heures par semaine ça va pas amener le gouvernement à créer plus d’emplois dans le secteur. Je dirais même plus que ce genre d’attitude est délétère parce que ça fait peur d’envisager de payer autant d’heures supplémentaires, non mais !

Bon, très bien, mais que faire alors de tous ces jours qui ne sont pas pris ? C’est là que la blague en devient encore plus drôle. Normalement, entre doctorants, bah on est tous censés avoir le même contrat. Sauf qu’en fait… BAH NON ! Surprise ! Il y a quelques petites différences qui ont une importance toute relative, mais tout de même. Par exemple, le compte épargne-temps, ou CET. Une bonne idée que voilà, qui permet d’épargner les jours non posés et à partir d’un certain nombre, les voir transformés en salaire. Sauf que, en fonction de votre contrat, un doctorant peut ou ne peut pas avoir l’ouverture d’un CET. Par exemple, si comme moi tu bénéficies d’un contrat ministériel et que t’es employé par une Université : bah t’y as pas droit. Mais si c’est le CNRS qui t’embauche directement : alors t’y as droit. Injustice, révolte, Marianne et Jean-Luc Mélenchon. Du coup, les jours non pris s’envolent et sont cadeau pour le CNRS. Mais n’allez pas croire que balancer « grâce à moi vous avez économisé 100 jours de CP » à votre concours d’entrée pour être CR vous sauvera la mise pour autant. Les cadeaux, vous leur en faites, mais ce sera jamais réciproque, ou bien vous croyez aux contes de fées.

Au sommaire du Fake Science Monthly également : « Les rédacteurs d’OSAG ne sont pas aigris »

Vous comprendrez donc facilement le léger sentiment de frustration que peut avoir le thésard qui dispose, par droit, d’un certain nombre de jours tout en sachant qu’il ne pourra pas vraiment les prendre au risque d’avoir du retard sur sa thèse qui n’avance pas (ceci est un pléonasme) ou simplement de se sentir coupable par après. Qui ne s’est jamais dit, allongé sur un transat au bord de la plage, et sirotant un Cuba Libre, que mince, tout de même, cette extraction de protéine/ce bagage de cigogne/cette falsification de données sur les dernières données du glioblastome (rayer la mention inutile) ne va pas se faire toute seule ? Il y aurait bien sûr une solution : ne donner que 5 jours de CP par an à un thésard. Comme ça on serait tous ultra heureux de pouvoir les prendre. Un peu comme quand nos parents recevaient des mandarines à Noël. Je suis sûr que les hautes instances du CNRS seraient d’accord avec moi !

Quoi qu’il en soit, il est totalement absurde de parler de repos, de détentes et de vacances sur un blog consacré à la réalisation d’une thèse, parce que la recherche, la science, le savoir, les expériences, la passion, l’abnégation, le travail, l’endurance, la pugnacité, la persévérance, la motivation, le courage, et l’alcool, sont autant de valeurs qui ont bien plus d’importance au jour le jour que les trois premières dont je parlais.

Et sur ces belles paroles, je vous laisse, j’ai un week-end à Londres à préparer.

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