Rat de biblio

Le début d’une thèse est une aventure vraiment particulière. A vrai dire, je me suis préparé à vivre beaucoup de choses nouvelles, excitantes. Je m’imaginais déjà, la sueur dégoulinant sur mon front chauffé par l’effort intellectuel, devoir rester des nuits entières recourbé sur mon bureau, la lampe révélant au passage un visage d’une pâleur à faire pleurer Edward Cullen (encore lui). J’ai bêtement cru que le travail de thèse commençait le jour inscrit sur le contrat doctoral, comme si dès les premiers pas dans le laboratoire le travail vous assénait un coup de pied moqueur au postérieur, l’air de dire que l’entrée dans la vie active (et la sortie du monde de l’enfance) avait ainsi commencé.

En réalité, il y a deux types de thèses, chacune induisant de lourdes conséquences sur les quelques premiers mois. Le premier cas de figure est de poursuivre une thèse directement dans la continuité de votre stage de M2. Ce cas est classique, et présente l’avantage pour le thésard de pouvoir directement rentrer dans le vif du sujet, sans avoir à réaliser tout le travail préliminaire en amont. Une grande partie (la majorité ?) des thèses se passent ainsi, et vous pourrez ainsi voir nombre d’étudiants commencer dès les premiers jours à supprimer toute forme de vie sociale, en restant par exemple au labo en « 8 à 8 » (8h à 20h). Malgré tout, ce type de doctorant est à envier car il commence ces trois années par un travail directement productif, préformé qu’il est par les 6 mois de stages qu’il aura vécu.

Notez l’air béat de cette jeune thésarde désemparée

Les seconds thésards, auxquels j’appartiens, n’ont pas cette chance.
Le changement de sujet entre le master et la thèse peut avoir plusieurs origines : changement de labo/thème de recherche, recentrage des intérêts scientifiques, etc. Mais les conséquences demeurent les mêmes : revivre les premiers mois d’appropriation du sujet, déjà connu lors du master 2. Et là, on rentre en décalage avec tous nos autres collègues thésards. On passe les premières semaines de la thèse à lire des dizaines et des dizaines d’articles, on écrit ça et là des notes pour tenter de conserver ne serait-ce qu’un peu de l’importante masse de savoir qui se bouscule au portillon de notre mémoire.

On devient rat de biblio, les yeux rougis par l’écran d’ordinateur et le manque de sommeil. Le trajet le plus emprunté dans votre laboratoire correspond au chemin entre votre bureau et l’imprimante, que vous ferez mécaniquement au bout d’un certain nombre de publis imprimées. Et plus vite que prévu, la lassitude vous frappe. Tout le monde s’active autour de vous, fait des choses, et vous restez là, inexorablement cloué à votre chaise, en train de lire des articles qui ne cessent de s’empiler, des thèses en veux-tu en voilà, des bouquins d’une longueur effarante. Vous trépignez d’impatience : « Quand vais-je commencer réellement ? », « Quand le terrain commencera-t-il enfin ? »  » Aurais-je le temps de tout faire quand le gros du travail va commencer ? » « Bordel qui a fini le café ? » et tant d’autres ….

Je commence tout doucement à sortir de cette phase, car heureusement toute thèse demande à être planifiée correctement au début. De plus, de part les diverses réunions et visites de laboratoires que je vais être amené à effectuer, mon quotidien commence à sortir de la routine bibliographique et croyez-moi, ça fait un bien fou. Et c’est soudainement que je réalise que ce qui s’amène risque d’être pire que ce qui à précédé…

Emilio

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3 Commentaires

Classé dans Intralab

3 réponses à “Rat de biblio

  1. Delphine

    Je me situe également dans ce type de thèse, mais par chance je n’ai pu que survoler quelques articles au tout début tellement les manips ont commencé rapidement 😀 Gloire.

  2. Annie. T

    Que la force soit avec toi !

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