Serre-moi l’eau et mon Perrier ! (Saint-Malo et Montpellier… Désolé)

« AÏE ! OUILLE ! Mais que dis-je, AÏE ! ».
C’est au doux son résultant des constellations de horions qui me harcèlent profondément mais non moins gentiment la peau du dos qu’Arnaud m’a rappelé que ma contribution à ce blog était somme toute irrégulière, pour ne pas dire facultative. Effectivement, cela fait maintenant plusieurs jours (plusieurs semaines? Oh, que le temps passe vite mes enfants…) que je dois préparer un article sur les différentes visites que j’ai eu la chance d’effectuer ces derniers temps. Argh, démon intransigeant du sablier sans fin, je ne puis t’arracher d’avantage de ton précieux trésor. Ainsi soit-il, je vais donc tenter de vous narrer les quelques dernières semaines de ma vie de thésard (le choix de ce mot est volontaire, j’adore voir la dentition d’Arnaud diminuée a cause de grincements trop intensifs).

Depuis le dernier article à peine plaintif de ma part, pas mal de choses ont changées. La phase un peu lourde de bibliographie a laissé place à l’initiation des différentes manipulations expérimentales que j’aurais à effectuer durant les prochains mois. Comme dit lors d’un précédent billet, je concentre mes recherches exclusivement sur la Cigogne blanche, espèce migratrice de son état, ce qui induit une rythmicité annuelle des manips à réaliser. En effet, comment procéder à des prélèvements et à l’équipement de matériels sur des cigognes dont la moitié de la population est actuellement soit au Sahel, soit dans le pourtour méditerranéen ? (Non vraiment, je vous demande). Donc, en attendant que ces dames daignent revenir, il nous faut prendre de l’avance au maximum, et tout préparer afin de les accueillir dans les meilleures conditions lorsqu’elles seront de retour. En parallèle aux différentes contraintes techniques que nous devons gérer, mes directeurs de thèse ont jugés la période propice pour me faire voir du pays. Utilisant un système de suivi d’espèce jamais utilisé dans notre laboratoire, ils m’ont fortement conseillé de me rendre chez un jeune chercheur de Montpellier qui, m’a-t-on assuré, gère le schmilblick d’une main de maître.

J’ai donc eu la chance d’aller visiter le CEFE. Pour vous cela ne vous évoque probablement pas grand chose, mais pour moi, jeune apprenti sur le chemin obscur de l’écologie, ce laboratoire représente l’apogée de la recherche dans ce domaine en France. Combien de fois ne m’a-t-on pas parlé de cet endroit, improbable et magique, où les chercheurs sont nombreux, les financements soutenant des recherches innovantes sur des espèces plus intéressantes les unes que les autres? Rendez-vous compte ! Un laboratoire gigantesque, installé dans un bâtiment de trois étages (TROIS ÉTAGES !!!) avec trois ailes (TROIS AILES !!!) et des machines à cafés partout (MACHINES À CAFÉS !!!). Effectivement, la Mecque plus ultra de l’écologie animale (désolé…) tient ses promesses. J’ai eu l’occasion au cours de ce très bref, mais néanmoins intensif séjour, de rencontrer et de discuter avec de nombreuses personnes. Chacune aura pris un peu de son temps afin de discuter de ma thèse. Ils ne m’ont pas apporté de solutions à proprement parler (je n’en cherchais pas), mais m’ont indirectement conduit à envisager certaines pistes, à retourner mes problèmes dans des sens obscurs à tel point que je suis ressorti de ces quelques jours avec un paquet de nouvelles idées et une liste de problèmes nouveaux longue comme le bras (tant mieux, c’est avec les problèmes les plus graves qu’on arrive aux meilleurs solutions). Le chercheur qui m’a accueilli au cours de ces quelques jours m’a permis de cibler plus en détail une thèse que je ne maitrise pas encore tout à fait, et m’a montré comment il fait fonctionner le fameux système sur son modèle fétiche à lui, le Vautour fauve. Pendant une journée, perdus au fin fond des Causses (non, pas le pays d’alcooliques à l’accent bizarre et aux mœurs étranges), nous avons avec l’aide de la LPO locale mesurés des individus et récupérés des balises. Moments magiques, les yeux qui pétillent, une journée qui c’est avérée au final forte en émotion. Toucher un oiseau est déjà une chose qui a tendance à me remplir de joie pour une raison que j’ignore, mais face à de tels morceaux (2,60 mètres d’envergure, excusez du peu), un sentiment de plénitude et de respect m’a envahi. Nous ne sommes au final que peu de choses. Debout sur un charnier (un empilement de carcasses de moutons) ces messagers des dieux noirs de jadis volant en cercle au dessus de nos têtes, je me suis senti comme sur un nuage, comme attiré ailleurs par le vol majestueux de ces êtres quasi-fantastiques. La thèse ça peut être ça aussi.

"Let me play you the song of my people"

« Let me play you the song of my people »

Mon deuxième voyage était d’une tout autre nature, et a été au moins aussi enrichissant que le premier. Bon, contrairement à ce que semble indiquer le titre, je ne me suis rendu non pas à Saint-Malo même (enfin si, une journée, mais bref) mais à Dinard, petite bourgade bourgeoise jouxtant la première. Tout ça pour un minable jeu de mot. Enfin bref, Dinard, c’est la Bretagne dans ce qu’elle a de plus beau. Comme je m’y suis rendu hors-saison, cette ville s’est avérée revêtir un charme étrange, de part l’aspect fantomatique des bâtisses, renforcé par la désertion saisonnière. Tout ce que j’aime, sans ironie. J’ai donc eu la chance d’être invité par un des membres du MNHN de Paris à participer à une formation destinée aux bagueurs d’oiseaux. J’ai ainsi pu rencontrer de nombreuses personnes, en majorité des bretons mais pas que, quasiment tous issus de milieux assez éloignés de la recherche (associations, parcs, réserves, etc.). J’étais le plus jeune, j’étais plus ou moins le seul dans la recherche, et c’est ce qui a rendu le tout vraiment très intéressant. Durant ces quelques jours j’ai donc pu rencontrer des gens tous plus passionnés les uns que les autres, avec des anecdotes vraiment invraisemblables (généralement à propos de personnes nues), autour de divers alcools et spécialités culinaires du coin. Le breton boit et mange au moins autant que l’alsacien, à ce niveau la je n’ai pas été dépaysé.

A voir comment se passe pour l’instant la thèse, on ne peut pas dire que j’ai à me plaindre. Certes, c’est pas toujours très simple. Certes, notre travail n’est pas reconnu, et ne le sera certainement jamais, ni maintenant, ni plus tard lorsque nous serons, je l’espère, chercheurs. Les heures s’enchainent, les jours de repos s’amenuisent au fur et à mesure que s’amasse la pile des choses à faire. Mais par moment, certaines périodes nous font réaliser que le doctorat est avant tout une merveilleuse aventure. Généralement, il s’agit d’un instant précis. On s’arrête, on lève la tête, on prends du recul par rapport à ce qu’on fait. Et on réalise : « P*tain, je suis chanceux quand même ».

Emilio

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