2K13

Cela fait à présent trois mois que nous avons commencé notre doctorat, et la nouvelle année commençant, il me semble approprié d’établir un petit bilan de ce que j’ai ressenti sur le début de notre thèse. Et de souhaiter aux quelques personnes qui passent par là nos meilleurs voeux, parce que oui, la politesse, hein, tout ça…

They told us it would be long, hard, and painful. 

Je parle toujours de la thèse bien sûr, bande de petits polissons. S’il est bien une chose que j’ai déjà pu évaluer c’est qu’effectivement, toutes les journées ne sont pas roses, et qu’elles risquent de l’être encore moins au cours des temps à venir. Pour ma part j’ai commencé ma thèse avec un bon départ. Suivant directement ce que j’avais fait au cours de mon stage de Master, je n’ai pas eu à m’embarrasser de faire de longs brassages de bibliographie comme Emilio (et je reviendrai un peu après sur la biblio). J’ai eu la chance de pouvoir reconduire assez vite certaines de mes expériences, avec des résultats reproductibles (ce qui m’évitera une publication dans le journal of approximatical results  – J. App. Res. It. Suc. Ks) et plutôt encourageants (et c’est bien l’encouragement des fois). Mais le départ a été assez rapidement ralenti. C’est comme si au 100 mètres tu fais un départ à la Usain Bolt mais que tu te rends compte que tu as un caillou pointu dans la chaussure après 3 foulées. Fact is, le point le plus difficile n’est pas forcément de faire une expérience, mais toutes les étapes pour les mettre en place (j’entends, préparation du matériel biologique, des solutions, dans mon cas, des bon plasmides, des bonnes souches bactériennes…) qui prennent énormément de temps – et c’est souvent dans ces étapes que certaines choses coincent sans que tu puisses exactement déterminer quoi. Ça peut être une erreur à la con dont tu ne t’aperçois pas tout de suite comme de quelque chose dont tu n’as aucune idée et qui ne marche pas juste parce que c’est intrinsèque à elle. Et c’est là que le travail devient rageant, puisqu’il te bloque avant même de pouvoir commencer à faire quoi que ce soit. On passe beaucoup de temps à en perdre – et si cela est tout à fait normal et lié à notre activité, ça en deviendra de plus en plus stressant à mesure que le temps commencera à presser, et Dieu sait (même si je suis athée) qu’il se fera presser bien trop tôt (je ne m’étendrai pas sur le fait que 3 ans in fine c’est quand même bien trop court pour faire une thèse). Et plus ça ne marche pas et que tu essaies de nouvelles méthodes, de nouveaux protocoles, ou que tu testes de nouveaux paramètres de préparation, plus tu t’enfonces dans ces manips, tu n’as plus de recul sur ce que tu fais, et le risque de passer à côté de quelque chose d’évident devient grand.

« Tu vas voir Emilio, ça va être cool la thèse, on va bien s’amuser ! »

C’est à ce moment que je me suis rendu compte de l’importance du travail d’équipe, et de la discussion. Avec les membres de ton équipe, mais pas que. Pour parler science, mais pas que. Le café est une magnifique invention qui sert de prétexte pour avoir ces discussions, ces échanges. Ça permet effectivement par le point de vue des autres d’avoir plus de recul sur ce que tu fais et apporter de nouvelles idées sur comment contourner le problème auquel tu es confronté. Et s’informer de comment va la famille, les enfants, le chien.. J’ai également la chance de travailler dans une laboratoire où règne une très bonne ambiance entre les différentes équipes ; pour avoir déjà fait un stage dans un labo ou ce n’était absolument pas le cas, il est clair qu’être dans une bonne ambiance facilite grandement la vie au quotidien – et aide à ne pas se jeter par la fenêtre systématiquement au bout d’une expérience ratée. Non, parce que les frais de vitrier reviennent cher, à force. Et les bouts de cervelle sur le trottoir, ça fait désordre.

Aussi : la biblio. C’est quelque chose d’essentiel et qui permet de se tenir réellement au courant de ce qui se fait de neuf dans ton domaine ou de t’ouvrir l’esprit sur des choses qui n’ont rien à voir avec ton sujet comme, la relation entre le cancer du zizi et la zoophilie (même si le sujet parle un peu à Emilio qui ne l’oublions pas, nous vient d’une contrée lointaine remplie de sauvages). Le problème c’est que tu fais tellement de manips que la biblio tu ne prends pas le temps de la faire. Parce qu’après un 8h-20h tu n’as pas envie en rentrant chez toi, et après avoir mangé tes pâtes dégueu, de te plonger dans des photos de gels, de northern blots, et d’outstanding résultats, alors qu’à la télé il y a Patrick Sébastien. Résultat : j’ai une pile d’une cinquantaine de papiers qui s’accumule sur mon bureau et mon ordinateur est devenu une collection de fichiers pdfs.  Au secours.

Pour l’heure, les vacances (les vraies, celles où tu es tout seul au labo, que la lumière est toujours éteinte et qu’il y a des bruits de pas dans les couloirs vides) sont quasi finies et je recommence à aller travailler. Même si pour le moment, la seule image que je trouve pour résumer ma journée est :

And I should feel bad about dat…

Arnaud

Addendum

Chantres de la recherche publique il y a de cela encore quelques mois, lorsque, doctorants en devenir, nous rêvions insouciants aux doux sons neptuniens des premiers articles réputés et des tonnes de résultats que nous aurions à analyser, il faut avouer que depuis quelques doutes ont fini de nous la mettre en veilleuse. On aura vite fait de remarquer qu’en réalité, il n’y a pas deux thèses qui se ressemblent. Certes, certains problèmes classiques s’avèrent revenir dans chaque thèse que prépare chaque étudiant dans ce bas monde, mais les joies de la recherches fait que chacun a droit à son petit quota de problèmes persos, son petit lot d’emmerdes rien qu’à lui. Un « Pimp my PhD » version manips qui ratent, hypothèses foirées et rivières de larmes. Le point qu’a éclairci mon camarade Nono (le surnom c’est pour faire semblant qu’on s’aime) est crucial : une équipe soudée et présente est un facilitateur de thèse incroyable. Un espèce de catalyseur de réussite et de temps gagné, qui permet en plus, comble du bonheur, de passer d’agréables moments au boulot. Il est difficilement imaginable pour moi, dans le cadre de mes travaux, de ne pas pouvoir m’appuyer sur l’expérience et les contacts de nombres de personnes au sein de mon laboratoire. J’imagine le pauvre thésard qui tombe dans une équipe inexistante ou hostile, sans personne pour le soutenir, en total indépendance sur tout les plans. Je sais que certains s’en sortent très bien comme ça, je sais que pour certains ce modèle d’indépendance et de solitude est un but. Mais redescendons sur terre, la qualité du travail, ou en tout cas sa vitesse d’exécution et sa pertinence, ne sont pas les mêmes.

Autre point que j’ai remarqué en ce début d’année 2013 : la thèse, même si elle dure trois ans, est très très courte, et rend difficile sa réalisation dans le temps impartis. Et en contrepartie, certains aspects prennent énormément de temps. Je pense qu’on dois retrouver ça un peu partout (et l’article d’Arnaud est là pour m’appuyer), mais dans chaque domaine, certaines parties de l’interminable procédé scientifique paraissent une éternité. On a beau planifier au maximum tout les travaux à venir, on a beau prévoir un calendrier ajusté comme il faut, il n’empêchera que l’espiègle lutin de la recherche fera qu’à un moment donné, quelque chose va rater. Oh, généralement rien de très important. Une manip à refaire par-ci, un protocole à revoir par-là. Au final, des journées, que dis-je, des semaines potentiellement perdues à cause du simple hasard, de la simple poisse. Que dire de plus ? Que faire en de pareilles circonstances? Rien. Se taire, essayer d’avancer au maximum, relever la tête du mieux qu’on peut. Il y a des jours où c’est faisable, et d’autres non. Les contre-temps font parties intégrantes de la recherche dans toutes ses formes, et il est du devoir de chaque personne désirant y consacrer sa vie d’apprendre à jongler avec. Chaque thésard, chaque chercheur aurait milliers d’anecdotes et d’histoires sur ce sujet.

Après une journée  de lecture de bagues de cigognes infructueuse

Après une journée de lecture de bagues de cigognes infructueuse…

Conseil gratuit de début d’année : essayez de vous faire un maximum de contacts, au sein de votre labo et autour. Entretenir de bonnes relations avec votre entourage professionnel ne peut être que bénéfique pour vos recherches et l’ambiance générale de vos journées de travail. Et ne négligez pas les personnes de l’administration. Elles régissent la vie interne de votre laboratoire. Si elles ne vous encadrent pas, elles peuvent vous mener la vie dure. A contrario, une entente chaleureuse et cordiale vous permettra quelques facilités fortes intéressantes. Mais bon, après tout, vous faites ce que vous voulez hein, c’est votre vie.

Emilio

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1 commentaire

Classé dans Intralab

Une réponse à “2K13

  1. Annie. T

    Je vous souhaite une année riche en résultats positifs (et oui je lis toujours votre blog) !

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