Vous tremblez, Néron, et sentez votre chute proche !

« Ouah la vache !!! ça fait déjà si longtemps ! » me suis-je exclamé, avalant mon café de travers, des miettes de chips au vinaigre plein la barbe, affalé sur mon bureau qui commence dangereusement à ressembler à une caricature de bureau de chercheur.  Effectivement, le travail m’a pris (nous a pris) énormément de temps dernièrement, il est donc logique que les à-côtés en pâtissent grandement. C’est quand même assez fou cette façon qu’ont les thésards d’avoir l’impression de gérer leurs vies, jusqu’au jour où, noyés sous le poids du travail, ils dégueulent leur mal-être dans un mélange souvent dégueulasse de dépression, d’hystérie, de drogues plus ou moins légales et de larmes. On arrive le matin avec les pieds qui traînent de plus en plus, au point qu’on ronge nos semelles avant même d’avoir atteint la porte d’entrée du labo. Et là, affalés sur nos bureaux en bordel pour l’éternité, on allume son écran, et on démarre une nouvelle et superbe journée.

On pourrait penser que j’ai une sale tendance à me plaindre. Oui, c’est vrai. Mais, même si je me plains énormément, j’ai assez souvent de bonnes raisons de le faire. Parfois, c’est les vieux qui m’embêtent, parce qu’ils sentent l’urine et roulent à 2km/h. Parfois, ce sont les conneries qu’on entend dans les médias, et qui me font me demander si l’idiotie n’est pas l’avenir de l’humanité, vu la tribune qu’on lui offre chaque soir sur chaque chaîne de notre débilitant paysage audiovisuel. Et souvent il est vrai, c’est la thèse qui est au cœur de mes plaintifs gémissements.

Enfer et damnation, un vieux !

Enfer et damnation, un vieux !

Un thésard qui ne se plaint pas, ce n’est pas un vrai thésard, et ce pour une très bonne raison : chaque doctorant a dans sa tête le déroulement idéal de sa thèse, et se confronte tous les jours à la réalité de cette dernière. C’est cette distinction entre le réel et la projection de l’idéal qui crée bien souvent le mal-être de l’étudiant. Il lui faudra alors apprendre au cours de ses quelques années (dont 3 fermes) à passer outre cette frustration lancinante et à faire face chaque jour à la merde que la réalité lui balance sur le coin de son visage larmoyant. D’accord, c’est pas très agréable, ça pue, c’est collant, mais on en ressort grandit et plus à même de comprendre le vrai travail de recherche et la vie de chercheur.

La thèse, tout simplement

La thèse, tout simplement

Avoir décroché un financement thèse est pour l’heure un des évènements les plus marquants de ma vie, et dont je suis le plus fier. Elle restera surement dans ma mémoire comme une aventure unique, dans sa définition la plus pure : partir à l’aventure, c’est se confronter aux galères du quotidien, aux problèmes insolvables, aux difficultés et aux doutes. La thèse, c’est un voyage dans un pays inconnu et lointain, en solitaire et avec plus ou moins d’assistance. Si j’avais voulu aller au club Med, je serais rentré dans une école après mon bac et je me serais embêter à bosser dur, disons, 2ans, et j’aurais eu un avenir beaucoup plus souriant et accessible. NON ! NON mesdames et messieurs ! La vie est faites de défis, et emprunter les chemins les plus aisés vous fera rater énormément de belles choses. J’ai la chance de me casser les dents tout les jours pour suivre ce qui me porte, pour suivre ce qui me prend aux tripes quand j’en parle et quand j’en discute avec les gens. Je me décarcasse pour un salaire minable parce que j’aime ce boulot. J’aime recevoir mon quintal de merde par mois sur le visage, parce qu’il me permet de faire des choses que je n’aurais eu l’occasion de faire autrement.

Que chaque doctorant se le dise : ma vie est dure, mais qu’est-ce qu’elle est enrichissante!

Bref, Je m’excuse encore du temps qu’on a mis à pondre un nouvel (et ridiculement minuscule) article. On vous promet qu’on va essayer de reprendre le rythme. Comprenez juste que c’est parfois un peu compliqué. Je promets un nouvel article de ma part dans les 3 semaines (attention, toute promesse faite par Emilio est potentiellement annulable en fonction de ses envies et de la météo du Nicaragua, merci de votre compréhension)

Emilio

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5 Commentaires

Classé dans Intralab

5 réponses à “Vous tremblez, Néron, et sentez votre chute proche !

  1. Delphine

    « Et là, affalés sur nos bureaux en bordel pour l’éternité, on allume son écran, et on démarre une nouvelle et superbe journée. »
    Ah ouais ? Parce que y’en a qui ont le temps d’allumer leur ordinateur ??? 😀

    Cet article m’a bien remonté le moral en ces périodes troublées, par la thèse ou autre. Coulons tous ensemble joyeusement sur notre barque, c’est pas grave. Les amis, collègues et membres de la famille sont là pour nous aider à virer l’eau qui nous fait sombrer, même s’ils ne comprennent pas bien pourquoi on a embarqué si vers où. Et dire qu’on l’a voulu et qu’on en a chié pour embarquer sur ce radeau !

    Voilà. Je voulais juste partager avec vous ma métaphore maritime de la thèse, sans faire un blog, mais juste un commentaire chiant.

  2. Lionel M

    urine, merde, tripes, « dégueulent leur mal-être dans un mélange souvent dégueulasse » : Avoue ! Jordane t’as aidé à rédiger cet article !!^^.
    Une vraie complainte gringuesque.

  3. Elo'

    Continue de te plaindre Emilio, c’est drôle à lire 😀 Si tu pouvais même placer une camera dans ton bureau, ça ferait une bonne télé réalité je pense ahah … Cela dit, bon courage ! 🙂

  4. Annie_T

    Une question que doit se poser tous vos lecteurs… faut-il aimer le caca pour faire une thèse?
    Plus sérieusement, ça fait bien plaisir de lire vos (més)aventures.

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