Les vacances sont le zénith de l’âme et le gouffre du travail

Il y a de cela quelques temps, j’ai commencé à me sentir fatigué. Non pas, comme dans mon précédent article,  d’une fatigue liée aux stress quotidiens d’un boulot qui parfois frustre plus qu’il ne gratifie. Non. Il s’agissait là d’une fatigue beaucoup plus profonde, ancrée, atteignant tour à tour mes muscles, mon cerveau, et finalement mon moral. Je n’avais pour ainsi dire pris aucunes vacances depuis le commencement de ma thèse, et les effets néfastes du « workaholism » (*toussotements*)  commençaient tout doucement à se faire sentir. J’ai enchaîné plusieurs petits pépins de santé ces derniers mois, dont un énorme qui m’a fait prendre conscience qu’être un bel apollon musclé et luisant de testostérone (oui, parfaitement, regardez mes précédentes photos pour vous en rendre compte) ne suffisait probablement pas pour encaisser le dur poids d’une thèse rondement menée (*toussotements x2*). Ne vous inquiétez pas, je me suis remis de mes quelques petits problèmes (ou peut-être que non, peut-être que je vous écris de l’au-delà qui sait, peut-être que je reviendrais hanter vos nuits en Ewan McGregor, en jouant du banjo et en mangeant des gaufres !).

Vas-y, dors si tu l'oses...

Vas-y, dors si tu l’oses…

Le plus étrange, c’est qu’à côté de tout ça, ma thèse est dans une phase positive en ce moment. Vous savez, la fameuse phase positive. Mais si voyons, je vais pas vous faire un dessin. Bon, je récapitule : une fameuse théorie qui passe de thésards à thésards (le gras c’est pour embêter Arnaud) depuis des dizaines, des centaines, voire des millions d’années voudrait que la joie de faire une thèse suive une courbe sinusoïdale. En gros, pour ceux qui ne savent pas ce qu’est une courbe sinusoïdale (et qui par conséquent ne sont jamais allés au collège), votre ressenti vis-à-vis de votre thèse alterne des phases d’euphorie avec des phases de profonde déprime, de profond rejet. Et je suis actuellement dans une phase plutôt sympathique de mon travail. J’ai réussi à avoir mon nom dans deux futurs papiers, si tout se passe bien (COOL !), et j’ai en parallèle réussi à sortir des résultats intéressants d’une analyse qui me tenait à cœur depuis le début de ma thèse, et auxquelles personne ne croyait au début (DOUBLE-COOL !). En plus, j’ai réussi à faire une tresse avec ma barbe ! (TRIPLE-COOL !!!!). (PS : Je compte lancer un nouveau concept, que j’ai intelligemment nommé « article² » (brevet en cours) : faire un article sur le blog pour chaque article scientifique sur lequel j’apparais. Nono est d’accord, donc vous risquez de les voir arriver d’ici quelques temps).

sinus

Pour ceux d’entre vous qui se sont arrêtés au CM2…

Mais malgré cet ensemble d’évènements positifs (surtout la barbe), il me fallait absolument faire un break. J’ai sauté sur la première occasion pour prendre ma première semaine complète de repos bien mérité, loin du tumulte hargneux des claviers qui tapotent, des cafés qui se vident et des nuits qui se perdent. Et là, j’ai découvert un tout nouveau sentiment que je ne connaissais pas encore, et que j’aurais beaucoup de mal à décrire. Un tiraillement étrange entre votre esprit scientifique et votre âme. Le premier veut absolument continuer, coûte que coûte, en bon sadique mythomane qu’il est : « bordel Emilio, t’es à deux doigts de sortir un truc énorme ! Tu vas faire un papier énorme si tu prends pas de vacances ! Arrêtes de gâcher ta vie sale m*rde, reste au labo ! » Et l’autre de rétorquer qu’il en a marre, qu’il désire crever, qu’il faut faire quelque chose parce que sinon il va déconner : « si si je te jure, je vais faire une connerie Emilio, JE VAIS FAIRE UNE CONNERIE ! » (La schizophrénie se soigne, parlez-en à votre pharmacien).

L’âme criant à ce moment là plus fort que mon esprit scientifique, j’ai enfin posé mes vacances. Enfin ! ENFIN ! Quelques jours pour souffler ! Quelques jours pour visiter Bruxelles ! Quelques jours pour bosser ma musique avec mon groupe !! (PS : Je compte lancer un nouveau concept, que j’ai intelligemment nommé « Publicité » (brevet en cours)…). Mais non, que nenni ! a contrario ! fluctuat nec mergitur, c’était pas de la littérature ! L’esprit scientifique ne se muselle pas de la sorte. Vous avez passé votre adolescence, voire déjà votre enfance, à essayer de le laisser s’exprimer, de le faire grandir. Et maintenant qu’il est là vous souhaiteriez le faire taire ? Le bâillonner ? Le censurer ? Je me gausse de votre candeur ! Je ris de votre frêle innocence ! Je m’esclaffe de votre crédulité !
Car l’esprit scientifique est au jeune chercheur ce que le ver est à la pomme : il le ronge de l’intérieur. Et il vous faudra, comme il m’a fallu, un temps certain avant de pouvoir vraiment lâcher prise. Je n’ai pas compté le nombre de fois où j’ai pensé à mes travaux pendant le trajet jusqu’à Bruxelles, mais ce nombre doit probablement s’approcher des 3 milliards. Le moindre petit piaf, le moindre animal, le moindre moment de flottement, le moindre objet blanc, le moindre objet noir, la moindre bague, le moindre cercle, la moindre roue, etc. tout, mais absolument tout me ramenait à ma thèse. Et j’ai dû me faire violence pour décrocher de ces pensées. Après une phase de sevrage qui peut aller de quelques heures à quelques jours, vous pouvez enfin profiter de vos vacances tant méritées.

CIGOGNES !!

CIGOGNES !!

La (toujours difficile) reprise a eu lieu ce matin, et je vous avoue que retourner au labo a été un exercice laborieux. Pas d’y être, attention. L’esprit scientifique prend les commandes à ce moment là, et ne vous inquiétez pas, il vous occupera bien assez, surtout au retour des vacances. Non, le trajet pour aller au laboratoire a été le plus dur, surtout cette petite voix dans ma tête. Cette petite voix qui te murmure doucement, d’une voix cristalline « enfin, enfin nous y sommes. Dépêche-toi bordel, dépêche-toi ! Que tu puisses enfin servir à quelque chose ! »

Je crois que j’ai un problème…

Emilio

Addendum de l’aigri

Ça fait des mois que j’essaie de me faire pousser une barbe. Et que j’y arrive pas. Alors c’est franchement RAGEANT de voir que d’autres publient alors que toi tu galères comme un chien puissent se faire des tresses avec leurs poils de menton !! Nan mais c’est vrai quoi !! Crotte !! Et je pèse mes mots (environ 200 g. pour celui-là, ce qui constitue en soi un fort bel étron) ! 

Arnaud

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8 Commentaires

Classé dans Extralab

8 réponses à “Les vacances sont le zénith de l’âme et le gouffre du travail

  1. Georges Clooney

    Je note un erratum: Il faudrait retravailler la sinusoïde: je n’ai jamais croisé de période faste aussi longue que de période à chier !^^
    Bises
    Je suis entrain d’écrire un article guest pour me gargariser à mon tour.

  2. Ryan Gosling alias Quentin Bernard

    Lorsque l’on est au labo, on pense au vacance, et lorsque l’on est en vacance on pense au labo. Je pense qu’il ne faut pas s’enliser dans une telle frustration. Pourquoi pas allier les deux? Pour ça j’ai LA solution: pour toi qui semble apprécier la Belgique, allons voler le Manneken-pis pour le mettre dans ton bureau. Comme ça plus besoin de quitter le labo pour aller en vacances, ce sont elles qui viendront à toi!

  3. Delphine

    Et pendant ce temps là, mes espoirs de publication pour mon sujet de Master 2 tendent vers moins l’infini, car après un an, il semblerait que j’ai étudié, décortiqué et interprété … (attention, oui, je parle bien de ce mot affreux qui fait pâlir et frémir tout chercheur en quête de vérité) un artefact.
    Voilà, ce n’était pas encore sorti, j’espère diluer la déception ressentie parmi les milliers de visiteurs qui liront ce commentaire. Merci à vous.

    Tiens-nous au courant Emilio 😀

  4. Annie_T

    Ta patience et ton abnégation a fini par payer Emilio! J’ai hâte de lire la suite des aventures (entends par là, la publication de tes papiers).

    • Nono a légèrement grossis le tableau : c’est en très bonne voie, mais j’ai peur de crier victoire trop tôt, d’où le petit « si tout se passe bien ». Je serais vraiment rassuré quand le papier sera sous presse, je vais donc faire l’article à ce moment-là.
      Emilio

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