Gargarismes et auto-satisfaction [part. 1/2]

Qu’on y croit ou pas, il nous arrive de faire autre chose que de travailler sur nos thèses respectives.  Nos vies ne se résument clairement pas à ce travail, et comme tout à chacun, nous équilibrons notre quotidien de diverses manières, afin d’éviter tout risque de dépression nerveuse ou de massacre de masse. « Mais qu’ouï-je ? » te demandes-tu certainement « moi qui pensais que la thèse était un sacerdoce qui t’oblige à vivre cloîtré dans une cave, avec comme seul accès à l’humanité un ordinateur, éclairé d’une faible lueur pâlotte d’un cierge centenaire, te nourrissant uniquement de salsifis en boite Marque Repère et de Yums-Yums (économiques et rapides) ».

Hé bah non, jeune apprenti sur les chemins accidentés de la connaissance, tu te trompes. Vois-tu, la thèse constitue en soit une part importante, voire capitale de nos vies, mais elle n’en est pas l’intégralité. Tout d’abord parce que nous avons des obligations sociales qui nous oblige à voir des gens. Même de nos jours et sous nos latitudes, il est encore difficile de faire l’intégralité de ses courses à partir d’un ordinateur, et la nécessité physiologique de manger et nous habiller nous pousse donc à devoir grimacer un sourire et marmonner un « Bonjour » timide une fois par semaine à la caissière blasée du Simply du coin. Mais nous ne pouvons également concevoir la thèse comme l’unique but de nos vies parce que nous ne le voulons pas. Il serait trop facile de rester toute la journée au laboratoire et de ne rentrer que le soir pour retrouver son lit et ses pizzas surgelées. Il faut décrocher du travail car ce dernier est très prenant, et se faire pomper la moindre once d’énergie arrive beaucoup plus rapidement qu’on ne le croit. Il faut lutter constamment contre cette chimère, mi-chaton tout mignon mi-démon des âges premiers, afin de conserver un minimum de santé mentale et de stabilité émotionnelle, prérequis essentiels de la vie en société. Il faut laisser s’exprimer ses envies et ses passions afin de s’accomplir en tant qu’hommes, femmes, cailloux que nous sommes.

On a donc décidé, mon camarade et moi-même, de vous montrer que les doctorants peuvent avoir une vie en dehors de leurs travaux de recherche (et au passage, se gargariser dans notre auto-satisfaction et faire un peu de pub pour nos projets parallèles, comme ça, en douce, l’air de rien).

En somme, ma vie n’est pas très intéressante. Je suis comme tout à chacun, je passe le plus clair de mon temps à le perdre en surfant longuement sur les internets et en matant des inepties à la téloche (et les reportages sur Arte, notamment ceux sur la reproduction de la loutre sauvage).  Avec ça, ma copine, mon travail, et mes occupations physiologiques traditionnelles (manger, boire, évacuer, dormir…), je remplis aisément 97,85 % de ma vie. Et ces 97,85% ressemblent à s’y méprendre aux 97,85% de la vie de chaque foutu être humain sur cette planète. L’infime partie qui demeure est en fait l’une des plus importantes (avec ma copine bien entendu), et définit réellement qui je suis.

"Quoi?!? C'était filmé !?!?"

« Quoi?!? C’était filmé !?!? »

Cette infime partie est assez complexe chez moi. Tout d’abord, je suis un passionné de musique, au point de passer l’intégralité de mon temps au bureau avec un casque vissé sur les oreilles. J’ai toujours été comme ça, j’ai toujours su et réussi à travailler avec de la musique, et ce depuis la 6ème (rappelez-vous en 2000, la comédie musicale « Roméo et Juliette » sortait le single « les Rois du Monde »…). J’en écoute quasiment dès le réveil jusqu’au coucher du soleil. Je suis prêt à écouter de tout, tant que la musique a un sens, qu’elle fait passer une émotion, qu’artistiquement elle est pertinente (et non, je n’écoute pas One Direction). Cette passion viscérale s’est vite muée en désir de faire, et j’ai dès lors joué de plusieurs instruments (mais ça globalement vous allez me dire, on s’en fout). Le fait est qu’aujourd’hui je suis chanteur du jeune groupe Obsoleth. On pratique une espèce de version alternative de Death Metal, en y incorporant des parties en voix claires (non-criées), des parties de guitares en clean (non-saturées) et bien entendu d’autres éléments plus traditionnels comme le chant type growl/grunt et une sacrée dose de doubles pédales (comme les gars qui tiennent ce blog). Alors d’accord, tout le monde n’aime pas le métal, je peux le concevoir. Mais je vous invite fortement à jeter un coup d’oreille sur ce qu’on fait, vous risquez d’être surpris.

Obsoleth au grand complet. L'impression d'être victime d'un viol collectif est justifiée

Obsoleth au grand complet. L’impression d’être victime d’un viol collectif est justifiée

La musique prend un sacré temps malgré tout. Entre les répétitions, les concerts qu’on va être amenés à faire (probablement près de chez toi, renseigne-toi grand fou/grande folle), les sessions studio, la gestion des comptes Facebook/Youtube et autre, avoir un groupe est chronophage (et accessoirement te prend pas mal de thunes). Mais avoir le privilège de pouvoir gueuler dans un micro ta haine de manière hebdomadaire, avec des personnes qui aiment la bière et la vie au moins autant que toi, c’est déjà assez exceptionnel. Le chant extrême est un défouloir extraordinaire, le pied ultime. Tout, absolument tout disparait quand tu cries : la pression, le stress, le spleen. Il ne reste que la beauté de la musique et les perles de sueur sur ton front.

Bon, ça c’était du lourd. À côté de ça, bah, pas grand chose de vraiment passionnant et productif me direz-vous. L’avantage du groupe, c’est que tu peux partager au moins tes créations, ce que tu sculptes de tes petites mains frêles avec l’argile grossier de la musique. Pour le reste, je ne crée à proprement parler pas grand chose d’autres. Je suis un fan incontesté (et probablement incontestable) d’un genre alternatif de cinéma que l’on nomme Nanar (mauvais films qui en deviennent plaisant de par leur caractères grossiers et absurdes). J’aime en regarder, j’aime en parler, j’aime en discuter sur les forums ou dans la vraie vie. Plus le titre est con, plus le budget petit et les acteurs mauvais, et plus je kiffe. Je trouve que le cinéma moderne se prend beaucoup trop au sérieux, cherchant soit à atteindre un publique élitiste en faisant des films d’auteurs débiles en ukrainien sous-titré bulgare à propos d’un conflit entre deux paysans dans le nord-est d’Odessa, soit en faisant des blockbusters où le nombre d’explosions et de nichons est proportionnel au nombre de spectateurs (conférer les  bousiers du cinéma M.Bay, R.Emmerich et C.Nolan). Je suis désolé, mais voir une moussaka mutante attaquer une ville en Grèce, des vers solitaires géants attaquer des jeunes écolières japonaises ou encore voir des titres comme « Surf Nazis Must Die », « L’Attaque du requin à deux têtes » ou « Les Clowns tueurs venus d’ailleurs », c’est juste drôle. Alors oui, je passe une partie non-négligeable de mon temps à rechercher et regarder ces films que d’aucun jugerait comme sans intérêt. Mais que diable, je vous laisse à vos Biteman et autres Iron bouse, et je m’en vais mater un petit « Superman et les Nains de l’enfer » ou un « Bruce Lee vs gay power ». Ça ce sont des héros, des vrais.

Sir Sean Connery dans Zardoz (1974) ... Quand je vous disais que c'était drôle

Sir Sean Connery dans Zardoz (1974) : Quand je vous disais que c’était drôle

Dernier point rapide : en réalité je produis autre chose que de la musique. Avec un petit blondinet à mèche, on a eu la fabuleuse idée d’ouvrir un blog il y à peu près un an qui relaterait notre ressenti et nos expériences vis-à-vis de nos thèses respectives. On dirait pas comme ça, mais ça prend du temps d’écrire un billet pour ce site et de le gérer. Entre le sujet à trouver, les discussions qui en découlent, l’écriture, la relecture, etc. il peut se passer pas mal de temps. Mais on s’accroche, on faillit parfois, mais on tient le coup. C’est toujours un plaisir pour moi d’écrire sur ce blog, et j’adore vos retours, j’adore vos réactions vis-à-vis de nos articles. Sans vous, le blog n’aurait pas du tout la même tronche aujourd’hui, voire ne serait peut-être plus, donc merci infiniment d’être toujours plus nombreux à nous lire et à réagir. On prépare un petit article dans lequel on va un peu plus s’étaler là-dessus (en gros on va vous lécher les bottes), donc soyez patients.

Comme vous vous en doutez, ce que j’ai décris plus haut n’est qu’une part de ce que je fais sur mon temps libre. J’aurais pu vous parler également de l’ornithologie et l’entomologie que j’essaye de pratiquer en amateur (en plus de bosser sur la cigogne, comme quoi le masochisme…), le fait que je prévois à court terme de réaliser mon propre Hydromel, etc. Mais je pense que ce blog n’a pas vocation à parler à ce point de nous (ce n’est pas un skyblog quand même). Je voulais juste vous donner un aperçu de ce qu’un étudiant en thèse peut faire de sa vie sur son temps libre, et en même temps faire un peu de pub. Si ça ne vous plaît pas, et bah j’ai envie de vous dire tant pis.

Ah, et surtout n’oubliez pas, PROMIZOULIN !

Emilio

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4 Commentaires

Classé dans Extralab

4 réponses à “Gargarismes et auto-satisfaction [part. 1/2]

  1. Delphine

    *ouf*
    J’ai eu peur, j’ai cru que tu avais réussi à pondre cet article sans le mot « bière », mais ça va, il y est. Par contre, les mots « cigarettes » ou « fumer » n’y sont pas. Le mensonge par omission c’est mal 😀

  2. Mélissa

    Autant de références à ma personne en un seul article… est-ce parce que j’ai critiqué le dernier post en disant que ce n’était pas très cool de dire que tu n’arrivais pas à pécho d’autres femmes au labo ? ^^

  3. G. Clooney

    L’article portant bien son nom, je me suis demandé: qu’est ce qui a fait naître l’exemple de 97.85% pour illustrer ton propos ? Pourquoi tant de précision, finalement vide de précision? Car outre le fait qu’il soit largement surestimé, je pense qu’il fait référence à une période freudienne orale ou anale reflétant des troubles relatifs à l’importance que tu accordes à ton organe génital.

    On en retiendra que tu écoutes de la musique FORTE, regardes des films volontairement merdiques en te saoulant à l’hydromel. Y’a pas à dire c’est beau la thèse.

    La bise, parce qu’après tout je ne pense pas un foutu mot de ce que je viens de dire.

  4. Vraiment chouette et drôle cet article. C’est rassurant (quand même) que tu as une vie à côté du labo. A propos de nanar, j’exige une séance!

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