Parce qu’une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule

Lundi matin. Les yeux bouffis d’une nuit de sommeil trop courte et agitée, j’arrive au boulot. Le café coule, la musique cool, paisiblement le temps s’écoule (lol) et, avant d’attaquer le noyau dur de ma journée de labeur, j’ouvre mon navigateur Internet pour comprendre ce qu’il s’est passé en dehors des murs délavés de mon bureau. Le monde reste ce qu’il a toujours été, un endroit sale et triste où se côtoient viols d’enfants, prostituées vérolées jusqu’à la moelle, détresse sociale et libéralisme de masse. Un endroit où le profiteur est rarement celui que l’on présente, où l’entrepreneur riche et sournois ressemble, dès lors que l’on prends la peine de creuser un peu, à un chef de Goulag en costume-cravate prêt à sacrifier la vie de milliers de travailleurs et de leurs familles pour gagner 0,156% de marge bénéficiaire en plus à la fin de l’année. Il pourra alors se payer l’option « Couleur Vert Pomme » sur sa dernière Audi en sous-traitant en Chine, et qu’importe si la moyenne d’âge de l’employé local est de 9 ans, c’est pas trop son problème. Et puis ça leur apprendra la vie à ces petits cons, ça leur évitera de trainer dans les rues de Shanghai et de dealer du crack, se dit-il pour se donner bonne conscience. Et René, Michel, Esteban et compagnie devront expliquer à leurs gosses pourquoi le Sapin de Noël ne recouvre rien de ses  branches cette année. Le père Noël n’est pas radin fiston, il est simplement contraint de suivre les lois du marché édictées par l’infâme connard que je viens de décrire précédemment.

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« Joyeux Noël !! » – Ton ancien patron

« Comment, moi un connard ??? C’est pas ma faute si ces fainéants n’ont pas fait d’études pour élever leurs niveaux de vie !! ». Sache Jean-Eudes que je te méprise du plus profond de mon être jusqu’au plus profond du tien. Les études qui te permettraient d’utiliser l’ascenseur social ne sont malheureusement réservées qu’aux personnes habitants déjà au dernier étage. Hé oui ! Dans notre système où les écoles sont reines et les facs considérées comme la poubelle de table où mangent les grands de ce monde, il est bien difficile de vendre un parcours universitaire, qui même s’il a été excellent, n’a malheureusement pas coûté le salaire annuel de René, Michel ou encore Esteban. Et voilà, les riches payent des diplômes de riches à leurs gosses de riches, qui iront les chercher avec leurs voitures de riches, et fêter ça en boite de nuit, avec champagne, coke, Lady Gaga, pute et mycose génitale. Et les parents pauvres enverront comme toujours leurs gosses à la fac, en espérant vainement que cette dernière tienne ses promesses et envoie les plus compétents dans ce sous-groupe social bâtard nommé « classe moyenne ».

Oui il existe des bourses (insérer blague à connotation sexuelle). J’en ai moi même été l’heureux bénéficiaire, et sans elles jamais je n’aurais pu espérer atteindre ne serait-ce que la première marche du premier amphithéâtre dans lequel j’ai pu poser mes Vans dégueulasses lorsque, fraichement bachelier, je voyais encore la faculté comme une chance de décrocher un ticket pour l’avenir. Mais les bourses ne sont réservées qu’aux plus pauvres d’entre nous. Avoir une bourse, c’est avouer son extrême pauvreté, sa misère économique au yeux de tous. Vous n’avez dès lors plus jamais le droit de vous plaindre de vos conditions de vie/d’étude (« Ta gueule, t’es boursier, t’as pas à te plaindre !! »), et vous vous devez pour vous-même, votre famille qui a galéré pour vous tirer jusque là, pour tous vos camarades qui n’ont pas eu cette chance et qui doivent trimer comme des galériens en cumulant jobs de merdes et études, vous vous devez de vous déchirer pour réussir. Condamnés à être pauvres, condamnés à réussir, condamnés à se faire entuber. Malgré tout ce qu’on peut encore vous raconter, le fait de s’appeler Jules-Edouard ou Mouloud et de naître avec une cuillère en argent dans la bouche ou une fourchette en plastique dans le cul va clairement influencer votre réussite future et surtout les efforts que vous allez devoir faire dans la vie pour vous maintenir dans une situation décente.

Aouch ! Pauvre Mouloud !

Aouch ! Pauvre Mouloud !

Je ne dis pas que les étudiants riches ne triment pas. Je dis juste que la majorité du travail à été fait par leurs aïeux et qu’ils récoltent et dilapident le fruit d’un travail qu’ils n’ont pas réalisé. Et tous les pauvres ne méritent pas de prendre l’ascenseur social : certains ne veulent pas ou ont arrêté de vouloir s’en sortir. La vie est fascinante, un rien vous fait naitre dans une famille qui pourra assurer votre bien-être jusqu’à votre overdose de cocaïne dans une fête branchée des quartiers bobos de votre ville de résidence, et un autre rien vous fera naitre l’ainé d’une famille de 8 enfants d’origine immigrée, et vous enverra à l’usine le plus rapidement possible pour aider à subvenir aux besoins de vos frères et sœurs. Et dans les deux cas, le grand gagnant est toujours le père du mec mort d’overdose. C’est drôle la vie parfois.

D’aucun dirait que ce blog n’a pas vocation à faire de la politique, et que je devrais m’en tenir à des discours de bases sur la vie en laboratoire, la recherche en générale, le ressenti de la thèse dans la vie quotidienne, etc. Alors déjà, je suis à moitié responsable de ce blog, donc je traite des sujets que je désire, et si l’envie me prends d’écrire un article sur les bénéfices évolutifs de l’inceste, du viol comme moyen de repeupler des zone désertées, ou encore de l’élevage de lamas dans les moyens de transports modernes, alors je le ferais. Mais il faut noter que la recherche, les études et la vie en général sont pourries jusqu’à l’os par le Dieu argent. Et qui n’a pas d’offrandes suffisantes à sacrifier à son autel se verra condamner à une vie de misère, loin des fastes et des paillettes des soirées branchées de la capitale.

Lundi matin a toujours été un dur moment pour moi. Comme vous le constatez j’atteins généralement mon moral le plus bas à ce moment là, et je reprends des couleurs dès lors que la semaine avance et m’apporte son lot de fiancée, copains, bières, fatigue, etc. Mais il y a de cela quelques semaines, une agréable nouvelle est venue enjouer mon début de semaine pourtant si gris et monotone. Malgré le récent engouement pour notre blog (« engouement » étant bien sûr le seul mot qui m’est venu à l’esprit, mais vous aurez compris que ce dernier est tout relatif), certaines personnes parmi nos proches nous suivent eux depuis le début, commentent, participent à la vie du blog. Comme pour Biologeeck, certains, plus ou moins inspirés par notre travail, ont pris leurs envol et ont lancé leurs propres blogs.

Je voulais faire un billet à propos d’un blog lancé récemment par notre fan mais néanmoins ami Lionel. Je voulais le faire au début sous le format utilisé pour Biologeeck, c’est à dire de l’ironie masquant un profond respect du travail accompli et un encouragement à la poursuite du projet (OUI! C’était ironique BORDEL !). Mais honnêtement je n’ai pas pu. Le blog de Lionel, Bouillie de Cerveau, a pour vocation d’amener au plus grand nombre des problématiques scientifiques poussées. C’est tout bonnement bien écrit, c’est drôle au possible, et surtout ni les articles, ni les sujets traités ne nous prennent pour des cons, et ça j’apprécie.

Ce mec est définitivement un bogoss

Ce mec est définitivement un bogoss

En effet, il y vulgarisation et vulgarisation. J’appelle ça le « paradoxe Bogdanov/Jamyfred » (In press) : soit vous avancez la Science comme le font les jumeaux maléfiques, càd avec une bonne dose de mauvaise foi, de simplifications abusives, de raccourcis éhontés pour servir votre propos et vous mettre sur un piédestal (Arnaud et moi-même sommes d’ailleurs de bons exemples de Bogdanov) ; soit vous expliquez à la manière de « C’est pas sorcier ! ». Je vous invite tous à regarder cette émission aujourd’hui, avec vos yeux d’adultes, scientifiques et critiques. Leur travail a été phénoménal, tout est expliqué, aucune ellipse, que de la simplification servant le propos. Cette émission a fonctionné parce qu’ils ont compris que les gosses ne sont pas bêtes, mais qu’il faut tout leur expliquer de manière ludique et captivante. Comme le disait Einstein en son temps : « Si vous ne pouvez expliquer un concept à un enfant de 6 ans, c’est que vous ne le comprenez pas complètement ». Va expliquer la théorie de la Reine rouge de Van Valen à ton neveu, et tu comprendras pourquoi Jamy et Fred ont été, et sont toujours, à l’origine de nombreuses vocations scientifiques.

Lionel adopte ce type de format. C’est court, compréhensible, divertissant et surtout intéressant. Il est le Jamy et Fred de notre époque, même s’il fait plus le Jamy que le Fred il faut bien avouer… Courrez voir son blog Bouillie de Cerveau, ça en vaut vraiment la peine !

Emilio

PS : Tout raccourci, simplification abusive, cliché ou propos irrespectueux sont totalement assumé par l’auteur.

PSS : Le titre est merdique parce qu’au début je partais dans l’optique de basher proprement le blog de Lionel. J’ai retourné ma veste, mais pas mon titre…

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7 Commentaires

Classé dans #rage, Extralab

7 réponses à “Parce qu’une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule

  1. Flo

    Hello!
    Je vais commencer une thèse en bio cette année et je viens de tomber sur ton(votre) site par hasard. Globalement j’aime beaucoup, votre ton est corrosif à souhait et la lecture des articles de ce blog est une alternative plaisante à la rédaction de mon rapport de master.
    Mais je ne comprends pas tant de haine envers les grandes écoles, je pense que tu ne connais pas le système que tu critiques avec tant de ferveur..
    Pour info, dans les meilleures grandes écoles (X, Centrale, ENS, Mines, etc) les frais de scolarité sont inexistants ou comparables à ceux de la fac. Dans mon école, j’ai payé 600 euros de frais par an pendant 3 ans, pas de quoi ruiner ma famille monoparentale aux modestes moyens. Les deux années de prépa qui ont précédé l’école ne m’ont absolument rien coûté (financièrement). Et l’accès à ces écoles est loin d’être une promenade de santé, on en ch** autant voir plus qu’en thèse en prépa.
    Oui il existe des pseudo écoles postbac qui sont des repères de fils/filles à papa où tu peux t’acheter un diplôme. Mais assimiler toutes les grandes écoles à cela c’est un peu réducteur..
    Non nous ne sommes pas tous des petits robots, d’ailleurs j’ai plein d’amis en école qui commencent une thèse, étonnant non?
    Bon courage pour la fin de thése/l’après-thèse

    • Bonjour Flo !
      Avant tout, merci pour l’intérêt que tu portes à notre blog ! Pour répondre à tes remarques, c’est vrai que nous avons tendance à écrire nos textes un peu à l’acide, notamment en grossissant volontairement les faits afin de révéler le côté absurde et potentiellement drôle de certaines choses. C’est là-dessus que se joue pas mal de notre humour je pense, avec évidemment un aspect scatologique non-négligeable.
      J’ai ainsi décidé, en écrivant cet article, de gonfler de manière quasi-parodique les clichés entre les étudiants de facs ou des grandes écoles. Je n’ai aucune animosité particulière à l’encontre de la majorité des étudiants de ces établissements, qui se casse le culs comme tout le monde pour essayer de se faire une place (avec certes une insertion professionnelle plus aisée que pour leurs collègues des facs).
      Néanmoins, j’ai écris l’article dans ce sens pour révéler également les inégalités réelles qui peuvent exister entre ces deux catégories d’étudiants. Comme révélé par de nombreux rapports (les plus évidents : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/es361b.pdf , http://www.inegalites.fr/spip.php?article1176 ou encore http://www.inegalites.fr/spip.php?page=analyse&id_article=880&id_groupe=9&id_rubrique=28&id_mot=30), il existe des réelles inégalités dans l’accès aux différentes filières, entre les étudiants issus des différents milieux socioprofessionnels.
      Ainsi, même s’il ne faut pas en faire une généralité, il convient de souligner que les filières de types « grandes écoles » sont majoritairement remplies d’étudiants issus de familles possédant certains moyens financiers, alors que les bancs de la fac voient un nombre important de fils et filles de prolos s’asseoir sur eux.
      Là où le bas blesse c’est que contrairement à certains pays (Allemagne, Suède,…), la France base son système éducationnel sur les grandes écoles. Combien de fois m’a-t-on conseillé, au Lycée, d’aller d’une école, alors même que je voulais faire de la recherche ? Les chiffres de l’insertion professionnelle des docteurs sont affligeants (environ 10% de chômage) et largement au-dessus de ceux des autres pays, qui favorisent les parcours universitaires.
      Demeure alors un aspect un peu dégueulasse du système Français : les « riches » ont plus souvent du travail en allant dans des filières de « riches » (non pas qu’elles coûtent toujours plus chères, mais les différences des origines socioprofessionnelles des étudiants le montre clairement), et les « pauvres » vont à la fac et se retrouve plus souvent au chômage.
      Ce constat n’enlève en rien le mérite de faire une grande école, et ne doit pas déprimer les gens qui comme moi ont fait 8 années d’études post-bac pour voir un taux chômage équivalent que ceux ayant uniquement une licence, mais c’est un fait, et je pense qu’il faut garder ça en tête. La France est un pays qui fonctionne selon un système de grandes écoles.
      J’espère que j’ai pu un peu mieux m’expliquer. J’aurais pu notamment parler des politiques qui viennent tous des grandes écoles et jamais des Universités, ou encore de la fuite des cerveaux face au manque d’opportunités pour les docteurs, mais je vais m’arrêter là. Il faut peut-être également prendre en compte un aspect extrêmement subjectif de la chose : je suis un fils de prolo immigré dans la pure tradition, ainé d’une famille nombreuse, et j’ai une sainte horreur des fils à papa qui se trace une carrière uniquement grâce à l’argent de leurs parents.
      Voila, en espérant que tu pardonnes ma fibre gauchiste d’Universitaire utopiste, et que tu continues à prendre (un peu) de plaisir à lire notre blog. Arnaud est moins extrême que moi, tu peux lire uniquement ses articles si tu préfères ^^
      Emilio

  2. Dire que je ne connaissait pas ce site, vous voila dans mes favoris !

  3. Née avec une cuillère en plastique dans la bouche ?

    J’ai juste l’impression que quand tu parles du coût des études, des gosses de riches et leurs diplômes de riches, qu’on est aux states où le moindre diplôme coûte des dizaines de milliers d’euros..
    Enfin après ça peut être moche de se dire que c’est pas si terrible ce qu’il se passe chez nous en comparant avec ce qu’il se passe dans d’autres pays.
    Je dois être bien bien naïve mais je suis choquée de lire que sans tes bourses, tes Vans degueus n’auraient pas contribué au besoin d’employer des femme de ménage dans les amphis :/

  4. Delphine

    Un régal cet article 🙂 GG

  5. Agréablement surpris je suis,
    Flaté vous me voyez.
    Pour la peine sort en parrallèle un article sur mon blog déjà paru chez vous.
    C’est l’article qui a fait naître la vocation ! http://bouilliedecerveau.wordpress.com/2013/11/04/surfin-usa/#more-260

    Merci aux gargarisateurs Arno et Emile.

    Quant au reste de l’article, on est clairement dans de la politique. J’attends de voir le premier réac’ passer sur cet article et le lapider !.

    la Bise
    LM

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