Fondement métaphysique de la connerie

par Emilio.

Vous savez d’où j’écris cet article ? D’une putain de salle de TP.

« Mais comment ça Emilio ? Tu écris un article pour OSAG pendant que tu donnes un TP ? Mais t’es inconscient ? T’es con ou t’es juste un mauvais prof ? ». Calmez vos ardeurs d’été et laissez-moi exprimer le fond ma pensée : je vous écris d’une salle de TP vide. « Mais c’est encore plus con en fait, pourquoi tu bosses pas au labo ? » . Mais j’aimerais y être figure toi, j’aimerais sincèrement. Alors, voix dans ma tête censée représenter la pensée des lecteurs, laisse-moi avant tout clarifier les choses.

Être moniteur à la fac fait parti des trucs cools de ma vie. J’enseigne à des gens à peine plus jeunes que moi des concepts biologiques poussés que j’ai révisé la veille (ou l’heure) avant le TP. Cela permet d’une part de se confronter directement à un des piliers du savoir qui est sa transmission, mais également d’augmenter sensiblement son salaire mensuel, ce qui permet de prendre l’option « lecteur CD » sur sa voiture à crédit. C’est une part enrichissante du boulot de doctorant, et je conseille à tout le monde de s’y confronter, ne serait-ce que pour voir si le métier d’enseignant-chercheur est fait pour vous. Dans la masse informe des Kevin et autres Laetitia que forment mes étudiants, on peut même être aux premières loges pour assister à l’éclosion d’une vocation, d’un rêve (que l’on s’empressera de briser à coup de dure réalité), d’un désir de connaissance. Et ça, c’est vraiment le pied. Pouvoir fournir des réponses à des étudiants qui se posent pleins de questions équivaut à être une truie qui nourrit au sein sa portée gigantesque de porcelets : un juste sentiment du devoir accompli,  doublé d’une certaine fierté. En réalité je vous le dis, si l’enseignement supérieur ne tenait qu’à la simple, sincère et respectueuse relation qui lie l’enseignant à ses étudiants nous serions probablement en tête des pays développés, notre IDH serait au top, nous aurions 5 points de croissance par année, le SIDA serait guérit, Cristophe Maé arrêterait la musique et les gens se mettraient à de nouveau à porter des redingotes (qui est vous en conviendrez le meilleur vêtement existant à l’heure actuelle sur Terre).

AAHHHH OUAIISSSS  !!! Abreuvez-vous de mon savoir vils étudiants de Licence !!

AAHHHH OUAIISSSS !!! Abreuvez-vous de mon savoir vils étudiants de Licence !!

Mais voilà, comme partout ailleurs, rien ne va. La raison pour laquelle je vous écris d’une salle de TP vide résume parfaitement la manière dont est gérée l’Université à l’heure actuelle : un mélange d’oublis volontaires, de je-m’en-foutisme et de paresse. Je vous écris d’une salle de TP vide parce que des gens ont oublié de me prévenir que le TP que je devais assurer a été annulé. Voila. Pas de mails. Pas de coups de téléphones. Rien. Le néant. Le vide. L’équivalent du talent de Maitre Gims.

J’ai 42 000 analyses à finir, j’ai un poster à préparer pour lundi prochain, je me déplace en bravant le code de la route jusqu’au campus central pour me retrouver devant une salle remplie de chaises vides. Je pourrais retourner là où je bosse, mais contrairement à d’autres thésards qui peuvent se le permettre, je travaille loin du bâtiment où ont lieu les cours, et le temps de faire le trajet je devrais déjà repartir pour le TP suivant (qui j’espère aura lieu, croisons les doigts !!!). Personne, à aucun moment, ne s’est soucié de savoir si j’étais mis au courant du changement de programme. Personne ne s’est même soucié de savoir si je possédais les clés pour ouvrir la salle !! J’ai dû batailler avec les « charmantes » dames de l’administration pour qu’elles daignent m’ouvrir la porte, sous une pluie de « C’est à votre responsable de vous les fournir, c’est vraiment parce qu’on est sympas avec vous », « donnez-moi votre nom, au cas où… » et « fallait s’inquiéter avant ». NON, bordel. C’est pas à moi de m’inquiéter avant, c’est au responsable du cours ! Je pourrais en avoir rien à faire, décider que porte close équivaut à un cours annulé, et rentrer peinard chez moi pour mater la fin de la saison 2 de Vikings en buvant une bière, pour enfin savoir si le roi Horik va décider ou non de trahir Ragnar Lothbrok !!!!

"Bonjour à tous, aujourd'hui je vais dessiner des bites au tableau en attendant que vous vous décidiez à apparaitre"

« Bonjour à tous, aujourd’hui je vais dessiner des bites au tableau en attendant que vous vous décidiez à apparaitre »

Donc en attendant, je perds du temps en écrivant un article de haine (parce que oui, j’ai un peu la haine) au lieu de bosser sur ma thèse. Et non, j’ai pas tous les documents de ma thèse sur mon ordi portable. Et non, j’ai pas encore décidé d’user du Cloud pour pouvoir avoir accès à tous mes documents en toute heure et en tout lieu. Et non, les tortellinis aux poivrons et ricotta c’est pas une super idée.
Je lis donc des articles inutiles, réfléchissant à des parties inutiles de ma thèse au lieu de me consacrer sur mes analyses… Et dire que mon comité de suivi de thèse m’a très gentiment fait prendre conscience ce matin même que je devais me bouger le c*l sous peine de me retrouver avec une soutenance correspondant à un exposé de 5ème sur la grenouille. Damned, que j’aime la fac…

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4 Commentaires

Classé dans #rage, Extralab

4 réponses à “Fondement métaphysique de la connerie

  1. Mélissa

    Moi je dis t’as bien eu de la chance d’attendre ta 2e année de thèse pour te rendre compte que l’administration de l’Université de Strasbourg était inefficace, (on se demande même parfois si son existence ne serait pas qu’un mythe). Mais vaut mieux pas me lancer sur l’administration en générale^^

    Et sinon c’est quand qu’Arnaud prend la relève pour écrire un article ? Est-il toujours vivant ?

    • L’administration de l’université, une mythe ou une mite*?
      [ Branchages de buisson en boule poussés par le vent qui traverse le village à la façon d’un western spaghetti].
      J’ai énormément ri et retrouve ici parfaitement l’organisation de l’université.
      J’ai écrit il y a quelques temps sur mon blog comment je n’ai pas obtenu le logiciel avec lequel je devais enseigner cette année.

      Cas d’école… ou plutôt cas d’Université**

      Cependant, beaucoup de choses tournent tout de même franchement bien. Mais l’on remarque l’incompétence sporadique de l’administration qu’aux moment où elle est incompétente… Ah bravo Lionel, encore une phrase pleine de sens.

      Aller, je vous laisse, la bise
      LM

      *Ce jeu de mot est parfaitement assumé par son auteur.
      ** Ce nouveau jeu de mot est quant à lui moins assumé par son auteur.

  2. En voilà un article bien cynique… bon en même temps je comprends ta rage sur l’administration de cette chère Université. Une question sérieuse maintenant : le TP suivant a bien eu lieu ?

    PS : Plus d’articles !!

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