Lassé, chien fidèle

par Emilio

Il est de ces moments dans la vie d’un thésard où la vie semble soudainement accélérer beaucoup trop vite, au point qu’il devient difficile de s’imaginer faire autre chose que de se noyer dans le coulis immonde du désespoir, sous les « laisse tomber ta thèse c’est de la merde de toute façon » rigolards d’une partie assez masochiste de son encéphale.

Et parfois, lorsque cela fait quelques temps qu’aucune lueur de réconfort n’émane des piles de feuilles griffonnées à la va-vite siégeant en un équilibre instable sur votre bureau dégueulasse entre un crâne de corneille et une tâche moisie de café marque repère, on se prend à rêver d’autre chose. Qu’il est ingrat et difficile de le faire, mais cela m’arrive parfois je l’avoue. Et dans ces moments de flottement je me prends à rêver d’une vie où je ne serais pas obliger d’attendre mes 35-40 ans pour construire une vie de famille. Je ne serais pas obligé de me recréer une vie sociale tous les 2 ans suivant les lieux incongrus où me conduiront les 42 post-docs que je vais être obligé de faire afin de rater 4 fois mon concours d’entrée CNRS. Une vie que je pourrais gagner décemment de mes mains, à défaut de pouvoir la gagner avec le contenu de ma boîte crânienne.

Je sais ce que certains vont penser. C’est une vie que beaucoup rêveraient d’épouser ou essayent déjà d’épouser. Ouais, moi aussi j’ai rêvé de voyager de part le monde pour sauver des baleines et des enfants malades du SIDA. Redescendez les gens, coupez vos dreads et posez vos djembés trente secondes : à partir d’un certain âge pas si avancé, la majorité d’entre vous voudront faire des gosses et se fixer avec une personne supportable. Il n’est absolument pas justifié de demander aux futurs chercheurs de renier tout ça, sous prétexte qu’il faille sélectionner les meilleurs….

« Bordel mais pourquoi je suis venu lire cet article à la c*n ? »

Vous le constatez, le spleen reprend rapidement le dessus, chez moi comme chez tous les thésards du monde (mais j’ai une tendance à me plaindre assez rapidement, ce qui vous donne l’impression désagréable que je geins constamment). Au lieu de me complaire dans ma triste solitude, j’ai décidé de vous offrir quelques astuces pour combattre ces moments là, afin de lutter contre le désespoir, de reprendre du poil de la bête, de reprendre confiance en soi et en l’humanité. Ces conseils fonctionnent pour moi, alors je me dis qu’ils fonctionneront probablement pour vous aussi :

Relire abondamment l’article que vous avez cosigné il y a plusieurs mois de ça

N’hésitez pas à vous palper les tétons en le faisant. En effet, rien de tel pour booster le moral que de booster son ego, si possible en regardant avec fierté votre nom apparaitre dans la liste des prestigieux auteurs de l’article. Et qu’importe que vous soyez 45ème sur 90 auteurs, que la publication soit sortie dans American Journal of Proctology et que vous n’avez rien fait à part corriger la légende de la figure 5 de la page 7 : vous avez servi l’humanité. Vous avez contribué à l’avancée du savoir humain, vous êtes désormais reconnu comme faisant parti intégrante du monde de la recherche, les gens vous qualifie d’homme savant ou de scientifique, les femmes se déshabillent devant vous quand vous marchez dans la rue. Vous êtes beau et intelligent, et avoir signé un article scientifique montre au monde entier à quel point vous l’êtes. Félicitations, vous pouvez mourir tranquille, le devoir accompli comme linceul de votre corps de génie.

"Allo chérie ? Ouais je vais arrêter d'aller sur ce site ça devient vraiment n'importe quoi leur truc là"

« Allo chérie ? Ouais je vais arrêter d’aller sur ce site ça devient vraiment n’importe quoi leur truc là »

Faire de la biblio et se rendre compte qu’au final vous avez vos chances

Il y a de ça quelques temps j’ai parlé des articles scientifiques portant sur des sujets un peu insolites, voir WTF-esques, et je me souviens que vous aviez bien aimé. Si, vous avez bien aimé. Ne discutez pas j’ai les chiffres de fréquentations du site sous les yeux.

BREF ! Tout ça pour vous dire que comme moi, vous savez pertinemment que vous serez publié un jour. Vos recherches auront beau être les plus minables du monde, il y a aura toujours un éditeur prêt à vous publier à un moment donné (contre de l’argent, mais quand même ça compte). Dans ma jeune carrière scientifique j’ai déjà été confronté à des articles de qualité moindre voire médiocre dans des journaux pourtant réputés. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne serions pas nous aussi capable de publier dans ces mêmes journaux réputés ? D’accord, vous passez pas mal de temps à regardez des lolcats sur les internets, mais vous êtes loin d’être le dernier des abrutis, et au final, vous publierez, faites moi confiance. Je l’ai lu dans votre horoscope ce matin, donc automatiquement vous pouvez être rassuré.

Regarder l’actualité sous une couverture en buvant un chocolat chaud, et se dire qu’au final on est né au bon endroit au bon moment, et que le principal réside peut-être dans notre capacité à relativiser les difficultés de nos propres vies face à la réalité parfois plus crue que certaines personnes en ce bas monde sont obligées de vivre au quotidien, tout en essayant à l’avenir de faire des titres moins longs

Le titre est assez explicite, mais laissez moi vous faire un dessin. Enfin non, j’ai pas mes crayons sous la main, donc je vais plutôt vous l’écrire. Vous rouspétez parce que la p-valeur de votre dernier test ne va pas dans votre sens ? Mince alors, ça doit être horrible, regarde petit enfant d’Irak dont la mère a été violée sous tes yeux alors que ton père se faisait décapiter dans la cuisine, ce que tu vois là c’est un homme qui souffre vraiment. Alors arrête de chialer, et avec un peu de chance, tu pourras passer clandestinement en Europe où un magnifique travail de nettoyeur de chiottes de festival t’attend à bras ouverts !

 

"Ouais, mais moi ma normalité elle passe pas, OK?"

Ouais, mais moi ma normalité elle passe pas, OK?

Prendre des vacances, même très courtes, et se vider le crâne par tous les moyens possibles et imaginables

Quitte à forcer un peu. Il est vrai que prendre 3 semaines au Bahamas ou 2 jours à Aubervilliers ne possède pas le même potentiel de décompression, mais il ne tient qu’à vous de trouver un moyen de vous faire oublier vos malheurs. Personnellement, je reviens tout juste d’un festival en Allemagne qui a duré 5 jours (Summer Breeze pour les curieux et je sais qu’il y en a). En 5 jours, ma voiture m’a lâché sur l’autoroute, les réparations, si elles sont réalisables, me coûteront un bras, il pleuvait des cordes durant tout le festival et mon corps me déteste parce que je n’ai pas ingéré un seul fruit ou légume durant cette période (sauf si la bière est devenue un légume, auquel cas je suis presque devenu végétarien). Mais voila, j’en reviens grandi, vidé, heureux, et prêt a attaquer sauvagement les prochains mois de boulot !

Il ne tient qu’à vous de trouver votre exutoire. Si possible, faites en sorte qu’il soit légal et qu’il n’implique pas de maltraitance envers les animaux (oui, c’est à toi que je m’adresse, l’homme qui a recherché « loutre viol pingouin » sur Google et qui est tombé sur notre blog).

Écrivez un blog pour relater vos expériences

Comme il fait office de journal intime, OSAG me permet de lâcher ma haine sur le monde quand bon me semble, tout en me permettant de bien rigoler en relisant les excellents articles qui y figurent (relisez le point 1…). Tenir un blog permet non seulement de relâcher les tensions, mais aussi de partager les déceptions et les doutes, et donc au final permet de communiquer avec d’autres gens dans la même situation que nous. Ne pas se sentir seul face à son malheur et ses interrogations, telle est la clé si l’on veut passer rapidement une mauvaise phase dans sa thèse !

Ces conseils sont les quelques-uns qui peuvent potentiellement fonctionner. Bien entendu il en existe plein d’autres, probablement des meilleurs (comme par exemple tout ceux incluant un acte sexuel), mais c’est déjà ça. Et si vous n’êtes pas content, et bah suicidez-vous. Non je déconne, mais vraiment faites quelque chose, vos proches en ont marre de vous voir chialer tout le temps.

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