Le jour le plus long

par Emilio

Il est vrai que, la thèse avançant et les problèmes sous-jacents s’accumulant pour vos deux serviteurs, le temps que nous pouvons encore consacrer à la rédaction d’articles pour ce blog se réduit considérablement. Malgré cela, ce n’est ni l’envie ni l’inspiration qui viennent à manquer, et il faudrait sérieusement qu’on songe à reprendre une écriture plus régulière afin de pallier aux ridicules temps d’attentes que nous vous imposons pour chaque parution. Nous n’allons ici vous faire aucune promesse que nous n’allons de toute façon pas pouvoir tenir, mais nous allons nous y remettre sérieusement, si t’en est que vous ayez encore envie de nous lire (dans le cas contraire , un simple « FERMEZ-LA !! » dans les commentaires suffira amplement).

D’autant plus que, à notre grande surprise, notre blog continue d’être très régulièrement visité par un nombre de lecteurs toujours croissant au beurre. Et comble de la gloire, notre article sur les bénéfices des éditeurs scientifiques (celui là même) a été récemment cité dans deux très bons articles (écrits par des vrais journalistes !) respectivement dans Rue89/l’Obs et Slate. Cela, vous vous en doutez, remet du baume au cœur et une fâcheuse envie de reprendre la plume de cigogne pour se lamenter une nouvelle fois sur la triste vie de thésard qui est la notre.

Si j'avais su, j'aurais pris 5 minutes de plus pour faire un tableau correct bordel...

Si j’avais su, j’aurais pris 5 minutes de plus pour faire un tableau correct bordel… (Source)

Donc à l’avenir, vu que ça à l’air de marcher plutôt pas mal, je vais essayer de refaire un article sur un sujet sérieux, en écartant les références scatologiques et absurdes, marque de fabrique qui a pourtant fait notre renommée en ex-RDA. Sur ce, fin du petit préambule d’autosatisfaction nécessaire, et place à l’article en tant que tel. Courage, c’est bientôt terminé.


Il y a dans la vie d’un doctorant plusieurs moments où ses sphincters manquent de se relâcher sous l’effet du stress, risquant à tout moment de l’humilier publiquement dans son laboratoire et de lui coller indéfiniment le sobriquet ridicule de « Petit Poussait ». On peut compter sa première présentation dans son laboratoire, sa première présentation de poster à un colloque, chaque présentation orale à chaque colloque qu’il fera dans sa thèse, sa soutenance finale et enfin, sa présentation face à son comité de thèse. Alors bon, le comité de thèse, quésaco ?

Pour faire simple, il s’agit de réunir en un même endroit plusieurs chercheurs venu juger de la qualité du travail du doctorant, mais surtout de son avancement dans sa thèse. Ce comité est généralement composé a minima du/des directeur(s) de thèse, d’un rapporteur interne au laboratoire de l’étudiant, d’un rapporteur externe au laboratoire de l’étudiant et de l’étudiant donc (forcément, sinon ça sert à rien réfléchis trente secondes). Tout ce beau monde doit se réunir au moins une fois durant la thèse, mais peut se réunir plus souvent si le désir ou le besoin s’en fait ressentir. Généralement, s’il n’est convoqué qu’une fois durant la thèse, on essaye généralement de réaliser ce comité au milieu de la thèse de l’étudiant afin de n’arriver ni trop tôt ni trop tard dans le processus. C’est pourquoi le comité de thèse s’appelle généralement la « mi-thèse » dans le milieu hardcore underground de la recherche scientifique. Il débouche sur la rédaction d’un rapport officiel qui sera déposé à l’école doctorale de rattachement de l’étudiant, qui ne sera jamais lu et pourrira ad vitam eternam dans un carton moisi dégueulasse entreposé dans une cave lugubre et sombre d’un quelconque donjon de ton Université.

« Le but de tout ça? » te demandes-tu, inquiet de voir la tournure passablement chiante de l’article se confirmer au fur et à mesure que tu lis ces lignes. Et bien, il est simple et peut être résumé en deux points :
– Rassurer l’étudiant sur ses capacités à finir sa thèse. Exemple : « Mais non François-Abdel, le fait que tu découvres que l’espèce sur laquelle tu travailles n’existe en fait pas n’est pas un frein à ta réussite, tu en es capable, fonce ! »

– Lui foutre un délicat mais solide coup de pied au derrière pour qu’il se le bouge. Exemple : « En même temps, bosser sur la reproduction du Monstre du Loch Ness n’était pas un choix forcément très judicieux, dépêche-toi tout de même de choisir quelque chose d’autre pour sauver les meubles ! »

Et on touche là au merveilleux paradoxe du comité de thèse, à savoir, se faire brosser dans le sens du poil tout en sentant un arrière-gout de « Magne-toi sévère parce que là je vais avoir l’air con si mon doctorant n’est pas capable de sortir un article valable durant toute sa thèse ».

Rojas, E. R. & Tomasini, A. 2014. Impact of the climatic variations and social environment on the reproductive success of the Loch Ness Monster (Nessiteras rhombopteryx). Journal of Bullshit Research. 6(2) 666-672

Rojas, E. R. & Tomasini, A. 2014. Impact of the climatic variations and social environment on the reproductive success of the Loch Ness Monster (Nessiteras rhombopteryx). Journal of Bullshit Research. 6(2) 666-672

Mon comité de thèse a débuté à 14h (de l’aprem, réfléchis trente secondes) pour se terminer sur un solide 20h30, et s’est poursuivi en comité restreint le soir même, et le lendemain matin avec le café. Sans rentrer dans les détails qui seraient à coup sur fatals pour votre intérêt, sachez que j’en ai bavé, mais genre sévère. 1 heure 15 de présentation, le reste de questions et de discussions, vous voyez le tableau je pense.
Pour faire simple, j’ai un objectif idéal de 6 articles à écrire avant la fin de ma thèse. En réalité, je pense en faire 4. Cela peut paraitre beaucoup pour certains, notamment les camarades en neurosciences et autres qui n’en écriront qu’un seul durant toute leur thèse, mais c’est un peu la norme chez nous (en tout cas dans mon laboratoire). Et calmez-vous de suite, l’article du thésard de neuro aura probablement plus d’impact que le mien, vu qu’il risque de sortir dans « Cell magazine » alors que les miens sortiront plus probablement dans « Selles magazine »…
Donc voila où j’en suis, techniquement il ne me reste qu’un an pour faire tout ça, sachant que les financements pour prolonger la thèse en écologie sont aussi rare qu’un politicien honnête ou un doctorant sobre. Le courage va devoir m’accompagner lors de ces derniers mois qui s’annoncent pour le moins compliqués…

"Les doctorants, l'avenir de la nation" - Jésus Christ

« Les doctorants, l’avenir de la nation » – Jésus Christ

Et voila ce qui sera je pense mes futures excuses pour ne rien écrire sur ce blog : les articles à écrire et l’alcoolisme homosexuel. En attendant rigolez, vous verrez le jour où je vais faire la couverture de « Selles magazine », vous ferez moins les malins bande de petits énergumènes.

 

Publicités

4 Commentaires

Classé dans Intralab

4 réponses à “Le jour le plus long

  1. Mathilde

    « Selles magasine » on se fait une review groupée « doctorants du DEPE » ?
    Sinon j’aime le « sachant que les financements pour prolonger la thèse en écologie sont aussi rare qu’un politicien honnête ou un doctorant sobre. » sachant que je lis ça, une bouteille de muscat dans le nez !
    Bisous le mimile

  2. Vous avez blasphémé !
    C’est mal !

    Bise
    G.C

  3. Eh mais je connais cette photo ! Sinon, plus sérieusement, je fantasme sur ta tête en une de « Selles magazine »…

  4. Pas eu le temps de lire, faut que j’aille clubber

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s