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Le gouvernement va enterrer le Doctorat, mais il pleut et y a l’Euro alors ça va on s’en fout

par Arnaud


Vous saviez que lorsque vous allez sur le site de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, section « Doctorat », la dernière actualité en tête d’affiche date du 12 février 2015 ? Et qu’on nous parle de la finale du concours Ma Thèse en 180 Secondes… de 2014 ? C’est à croire que les rédacteurs d’OSAG ont inspiré le ministère sur le quota de productivité, que la notion d’actualité a été réformée sans que je ne sois mis au courant, ou bien que ledit ministère s’en bat les couilles du doctorat.

Oh, je crois que je connais la réponse.

Salut à tous ! C’est Arnaud, vous êtes sur le blog qui réussit à faire plus de visites en un an sans articles que lorsqu’il était alimenté régulièrement, et alors que j’avais en projets depuis plusieurs semaines – que dis-je, des mois – d’écrire par ici pour vous montrer que non, la thèse ne nous avait pas conduit, Emilio et moi-même, au suicide, voilà que j’ai trouvé une bonne raison de venir poser quelques lignes sur l’internet. Et pour ne pas changer, on va râler !

Vous n’êtes pas sans savoir que le prestige universitaire en France, c’est pas vraiment ça. Alors que l’Université est censée délivrer le plus haut diplôme qui soit dans le pays, le doctorat, ce dernier n’est pas vraiment reconnu en France, en dehors du domaine universitaire. Un problème ciblé et critiqué qui pose problème surtout car, à l’heure actuelle où les places sont de plus en plus restreintes dans les laboratoires de recherche en tous genres, la reconversion est difficile chez les entreprises car celles-ci préfèrent embaucher des ingénieurs parce que a) avoir un Bac +8/9 c’est trop de sur-qualification et b) le prestige des écoles d’ingénieurs vendu par nos chers représentants de là-haut, dans leur tour d’ivoire. Ces mêmes personnes qui s’amusent à faire des réformes à tout va depuis quelques années (l’autonomie des universités) tout en sabrant dans les postes disponibles (comme c’est le cas partout dans le domaine public), etc etc. Autant dire que l’avenir pour les doctorants et docteurs n’a jamais été très reluisant et que l’attractivité même du doctorat, des fois, vaux mieux ne pas chercher à l’expliquer. Je me rappelle très bien en 2012, lorsqu’on avait décroché notre contrat de thèse, on en rigolait en se disant qu’on serait sous-payés puis qu’on finirait au chômage. Et ce qui s’apparentait à une bonne blague grasse tirée entre deux vomis au cours d’une soirée bien trop arrosée se rapproche maintenant d’une réalité bien trop proche qu’on a pas forcément envie d’embrasser.

Mais le karma ça existe malgré tout, et la situation amusante est que, à l’étranger, le doctorat (ou PhD) est un diplôme très bien reconnu, ce qui permet d’avoir une certaine attractivité pour les laboratoires, certes, mais aussi les entreprises, qui connaissent ce diplôme et ce qu’il sous entend. Pour ça que l’on parle souvent d’exode des cerveaux : les personnes intelligentes fuient la France et il n’y a qu’à regarder le classement des meilleures ventes de livre pour s’en rendre compte (non parce qu’avoir 50 nuances de Grey et Guillaume Musso sur le podium, c’est quand même révélateur de quelque chose, hein). Oh la la, veuillez me pardonner pour cet écart condescendant d’intellectuelo-élitiste. Même si j’ai raison, et que vous le savez. Le truc rigolo, donc, c’est que les diplômes d’ingénieurs, qui sont si prisés par nos entreprises françaises, ont beaucoup plus de mal à s’affirmer, apparemment, à l’étranger. L’inverse du doctorat, donc, ce qui en soi mène vers un certain équilibre. La situation reste injuste (parce que je vois pas en quoi pour un même poste il faudrait privilégier le type qui sort d’une école d’Ing’ à un autre qui vient de passer un doctorat… et vice-versa, également !) et source d’une opposition assez farouche entre ces deux écoles, qui véhiculent des façons de penser complètement différentes et qui devraient, en vérité, se compléter au lieu de s’opposer. Je dirais pas qu’il n’y a pas d’avancées dans ce domaine d’ailleurs, mais je ne me sens pas assez renseigné là dessus pour m’avancer.

Du coup, j’en reviens au gouvernement et au culte de l’élitisme à double-vitesse. Apparemment ça a l’air de poser problème que les ingénieurs ne soient pas reconnus aussi bien à l’étranger que chez eux (les pauvres, ils ne sont pas obligés de s’expatrier pour avoir du travail ? C’est ça le raisonnement ?) et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a sorti un arrêté le 25 mai dernier pour réformer le Doctorat en tant que tel, dans un but de le revaloriser (ça, c’était la lettre d’intention) – sauf que lorsqu’on lit la chose, on se demande où se trouve la re-valorisation.


Najat

Le point qui fait le plus polémique c’est l’inscription au doctorat. Normalement réservée à des personnes titulaires d’un Master (Recherche), elle se fait sous la base d’une expérience du jeune diplômé de ce qu’est la recherche, en passant également par l’obtention d’un financement (en Sciences dures, du moins) et un accord avec un Directeur de Thèse et son laboratoire, ainsi que l’Ecole Doctorale à laquelle il est rattaché. Bah maintenant ils veulent changer ça, en autorisant l’inscription en doctorat par quiconque aura un dossier de Validation des Acquis par l’Expérience suffisant (VAE) – ouvrant donc la porte, c’est là qu’on y vient, aux diplômes des Grandes Ecoles.

Alors au début j’ai lu quelques articles d’opinions là-dessus, et j’ai vu quelques raccourcis auxquels j’ai cru, comme quoi le titre de Docteur allait être « donné » à des personnes qui n’auraient qu’à monter leur dossier de VAE, sans passer par la vraie case Doctorat (avec ce que ça implique : la rédaction d’une thèse après 3 ans de travail de recherche). Apparemment, c’est ce qui était réellement prévu au début par le texte de loi, mais ce n’est pas passé parce qu’il y a quand même encore un peu de limite dans le foutage de gueule. Mais j’ai quand même énormément de mal à comprendre l’intérêt de la chose. Que je sache, le M2 Recherche se sanctionne par un stage en laboratoire, avec une réelle appréciation du travail de recherche, et je ne suis pas sûr que c’est ce qui soit enseigné en école d’Ing. Alors il faut savoir comment la réforme peut s’effectuer concrètement. Dans le VAE, le E signifie expérience. Donc je suppose qu’il faudrait effectivement avoir une expérience plus ou moins importante (au moins quelques mois dans un labo ?) pour pouvoir ensuite prétendre à faire un doctorat. Dans ce cas, à la limite. Par contre si c’est faire un dossier en sortant de son école et passer comme ça en doctorat, laissez moi vous dire en toute courtoisie : gné ?

Valls

Le problème c’est pas de vouloir protéger une quelconque sacro-sainte institution universitaire, parce que ouais, en fonction des universités, le doctorat a aussi des raisons de pas être aussi reluisant qu’on aimerait – je crois vraiment qu’à Strasbourg on a de la chance de ce côté là. Mais est-ce que les types qui écrivent ces réformes réfléchissent ne serait-ce qu’une minute à leurs textes ? Dans l’hypothèse ou le dossier de VAE permet tout seul de pouvoir s’inscrire en doctorat, qu’est-ce qui justifiera alors de faire un Master ? Puisque de toute façon on pourra aller faire une thèse en passant par un autre diplôme qui déjà à lui tout seul t’ouvres bien plus de portes dans ton pays que ce à quoi tu aspires. Est-ce que, à l’inverse, on propose de faire de la VAE aux docteurs pour avoir un diplôme d’ingénieur ? Non ? Alors pourquoi ça serait acceptable de le faire dans l’autre sens ? Et je trouve même cette proposition quasi absurde, dans le sens que si le type sort d’une école d’ing’, il n’aura pas du tout acquis la démarche universitaire qu’on demande pour faire un travail de thèse. Quel intérêt alors pour le laboratoire ? Il ne le prendra jamais ! Je ne comprends pas cette volonté de vouloir « skipper » le M2 pour pouvoir s’inscrire en doctorat sans avoir connaissance de ce qu’est le domaine de la recherche. En plus d’être dangereux pour l’attractivité des Masters (heureusement qu’il y aura toujours l’argument financier pour contrebalancer tout ça), c’est une mesure qui dévalorise le Doctorat en permettant cette accessibilité, sur le papier du moins, à n’importe qui.

Ça fait partie de ce que plusieurs appellent de nos jours le règne de la médiocratie dans notre société, où tout doit être médiocre, c’est-à-dire dans un certain conformisme, un grand moule duquel personne ne peut s’extraire. Ça commence par le BAC qui est une vaste blague dont on parle chaque année, aux contrôles continus installés à l’Université, avec seconde session, et les semestres compensés pour être sûr que tout le monde puisse avoir des licences au rabais, puis maintenant on va sabrer les Masters et le doctorat puisqu’on aura même plus besoin d’aller à l’Université pour pouvoir y accéder. J’attends de voir ce que concrètement le gouvernement va faire avec ce texte, qui sera en application dès le 1er septembre prochain, mais j’ai quand même la sale impression que ceux qui nous gouvernent s’en battent les couilles d’une violence assez édifiante sur l’avenir de leur système Universitaire. J’espère vraiment qu’un jour ces guignols vont comprendre que la recherche c’est un moteur essentiel pour faire avancer un pays et qu’il faut la mettre en avant et lui donner des moyens au lieu de la plomber sous des notions de « productivité » ou de « compétitivité » qui n’ont absolument aucun sens quand on ne donne PAS de quoi être productif NI compétitif.

Alors si vous lisez ce papier, sachez également que je ne suis peut être pas le plus éclairé sur cette question et que je peux me tromper, ce pour quoi j’aimerai bien avoir une discussion là dessus. Si tant est que quelqu’un en ait quelque chose à foutre. Parce que l’absence d’articles sur ce blog exceptée, j’ai quand même l’impression que la priorité en ce moment – et depuis longtemps – c’est pas le devenir du secteur Universitaire en France. Apparemment, la pluie, le beau temps, et des mecs qui courent après un ballon, c’est plus intéressant.

P’tet que la solution c’est d’aller monter un dossier de VAE pour devenir footballeur professionnel. En fait.

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Fondement métaphysique de la connerie

par Emilio.

Vous savez d’où j’écris cet article ? D’une putain de salle de TP.

« Mais comment ça Emilio ? Tu écris un article pour OSAG pendant que tu donnes un TP ? Mais t’es inconscient ? T’es con ou t’es juste un mauvais prof ? ». Calmez vos ardeurs d’été et laissez-moi exprimer le fond ma pensée : je vous écris d’une salle de TP vide. « Mais c’est encore plus con en fait, pourquoi tu bosses pas au labo ? » . Mais j’aimerais y être figure toi, j’aimerais sincèrement. Alors, voix dans ma tête censée représenter la pensée des lecteurs, laisse-moi avant tout clarifier les choses.

Être moniteur à la fac fait parti des trucs cools de ma vie. J’enseigne à des gens à peine plus jeunes que moi des concepts biologiques poussés que j’ai révisé la veille (ou l’heure) avant le TP. Cela permet d’une part de se confronter directement à un des piliers du savoir qui est sa transmission, mais également d’augmenter sensiblement son salaire mensuel, ce qui permet de prendre l’option « lecteur CD » sur sa voiture à crédit. C’est une part enrichissante du boulot de doctorant, et je conseille à tout le monde de s’y confronter, ne serait-ce que pour voir si le métier d’enseignant-chercheur est fait pour vous. Dans la masse informe des Kevin et autres Laetitia que forment mes étudiants, on peut même être aux premières loges pour assister à l’éclosion d’une vocation, d’un rêve (que l’on s’empressera de briser à coup de dure réalité), d’un désir de connaissance. Et ça, c’est vraiment le pied. Pouvoir fournir des réponses à des étudiants qui se posent pleins de questions équivaut à être une truie qui nourrit au sein sa portée gigantesque de porcelets : un juste sentiment du devoir accompli,  doublé d’une certaine fierté. En réalité je vous le dis, si l’enseignement supérieur ne tenait qu’à la simple, sincère et respectueuse relation qui lie l’enseignant à ses étudiants nous serions probablement en tête des pays développés, notre IDH serait au top, nous aurions 5 points de croissance par année, le SIDA serait guérit, Cristophe Maé arrêterait la musique et les gens se mettraient à de nouveau à porter des redingotes (qui est vous en conviendrez le meilleur vêtement existant à l’heure actuelle sur Terre).

AAHHHH OUAIISSSS  !!! Abreuvez-vous de mon savoir vils étudiants de Licence !!

AAHHHH OUAIISSSS !!! Abreuvez-vous de mon savoir vils étudiants de Licence !!

Mais voilà, comme partout ailleurs, rien ne va. La raison pour laquelle je vous écris d’une salle de TP vide résume parfaitement la manière dont est gérée l’Université à l’heure actuelle : un mélange d’oublis volontaires, de je-m’en-foutisme et de paresse. Je vous écris d’une salle de TP vide parce que des gens ont oublié de me prévenir que le TP que je devais assurer a été annulé. Voila. Pas de mails. Pas de coups de téléphones. Rien. Le néant. Le vide. L’équivalent du talent de Maitre Gims.

J’ai 42 000 analyses à finir, j’ai un poster à préparer pour lundi prochain, je me déplace en bravant le code de la route jusqu’au campus central pour me retrouver devant une salle remplie de chaises vides. Je pourrais retourner là où je bosse, mais contrairement à d’autres thésards qui peuvent se le permettre, je travaille loin du bâtiment où ont lieu les cours, et le temps de faire le trajet je devrais déjà repartir pour le TP suivant (qui j’espère aura lieu, croisons les doigts !!!). Personne, à aucun moment, ne s’est soucié de savoir si j’étais mis au courant du changement de programme. Personne ne s’est même soucié de savoir si je possédais les clés pour ouvrir la salle !! J’ai dû batailler avec les « charmantes » dames de l’administration pour qu’elles daignent m’ouvrir la porte, sous une pluie de « C’est à votre responsable de vous les fournir, c’est vraiment parce qu’on est sympas avec vous », « donnez-moi votre nom, au cas où… » et « fallait s’inquiéter avant ». NON, bordel. C’est pas à moi de m’inquiéter avant, c’est au responsable du cours ! Je pourrais en avoir rien à faire, décider que porte close équivaut à un cours annulé, et rentrer peinard chez moi pour mater la fin de la saison 2 de Vikings en buvant une bière, pour enfin savoir si le roi Horik va décider ou non de trahir Ragnar Lothbrok !!!!

"Bonjour à tous, aujourd'hui je vais dessiner des bites au tableau en attendant que vous vous décidiez à apparaitre"

« Bonjour à tous, aujourd’hui je vais dessiner des bites au tableau en attendant que vous vous décidiez à apparaitre »

Donc en attendant, je perds du temps en écrivant un article de haine (parce que oui, j’ai un peu la haine) au lieu de bosser sur ma thèse. Et non, j’ai pas tous les documents de ma thèse sur mon ordi portable. Et non, j’ai pas encore décidé d’user du Cloud pour pouvoir avoir accès à tous mes documents en toute heure et en tout lieu. Et non, les tortellinis aux poivrons et ricotta c’est pas une super idée.
Je lis donc des articles inutiles, réfléchissant à des parties inutiles de ma thèse au lieu de me consacrer sur mes analyses… Et dire que mon comité de suivi de thèse m’a très gentiment fait prendre conscience ce matin même que je devais me bouger le c*l sous peine de me retrouver avec une soutenance correspondant à un exposé de 5ème sur la grenouille. Damned, que j’aime la fac…

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La stratégie de l’échec – Guide pour un entretien raté

J’ai vécu une sale expérience vendredi dernier. Vraiment sale. Sale comme un égout des quartiers chauds d’Amsterdam, où se mélangent fluides corporels douteux, substances psychotropes rejetées par les voies naturelles et résidus des repas de la veille. Ouais, sale à ce point.

J’ai voulu prendre un esclave stagiaire. Un étudiant que je pourrais former, qui pourrait me faire avancer dans mes recherches, avec à la clé, du temps pour moi, de l’expérience pour lui, et un article pour nous deux. Grand mal m’en a pris. Après un entretien téléphonique calamiteux et un échange de mail vexé, l’étudiant n’aura pas fait l’affaire, mais aura laissé un goût amer persistant depuis quelques jours. Au lieu de m’énerver, et de lâcher ma rage habituelle sur les pages de ce blog que vous êtes désormais nombreux à haïr, j’ai décidé de la jouer à l’envers, d’être plus malin. J’ai compris, comme une illumination qui vous vient lorsque vous versez vos céréales dans votre bol Snoopy, sans aucune raison apparente : les étudiants ne veulent pas de stages.

Alors, dans ma grande mansuétude, et par un altruisme dont je suis coutumier, j’ai décidé d’aider nos chers petites têtes blondes dégarnies à ne pas décrocher de stages. Voici donc, en cinq étapes rapides et faciles, comment bien se viander lors de son entretien de stage/d’embauche :

ÉTAPE 1 : Parlez comme un mollusque bivalve sous Valium, en espaçant vos phrases d’environ 3 Mississippi.

C’est le recruteur qui mène la danse, quel besoin pour vous de parler ? Laissez de longs silences gênants s’installer après chaque question. Aucune raison de vous montrer motivé, ou même vivant et en bonne santé : vous êtes LA perle rare, LE stagiaire ultime. Le recruteur se doit de le voir sous vos faux airs de lichen mourant. S’il ne le voit pas, ce n’est pas parce que vous n’avez pas réussi à décrocher plus de 6 mots d’affilée dans une même phrase, mais bien parce qu’il ne possède aucune légitimité et ne vous mérite tout simplement pas.

Parlez à votre recruteur comme à un ami. Surtout, pas de vouvoiement, ni de respect : cela reviendrait à placer votre potentiel futur supérieur hiérarchique sur un piédestal qu’il ne mérite vraisemblablement pas. Ce faisant, il saura à quoi s’en tenir, et vous respectera, comme un loup respecte son chef de meute. Vous êtes le boss, malgré votre acné dorsale, votre t-shirt couvert de tâches de carbonara moisie et vos 52 masturbations quotidiennes (qui s’ajoutent au viol d’éponge que vous réalisez parfois sous la douche, petit coquinou).

epon

« Et après, il m’a frotté partout sur son corps !! »

ÉTAPE 2 : Ne pas savoir ce qu’on veut dans la vie, et le dire clairement au recruteur.

Le recruteur moyen adore la franchise, et rien de mieux que de dire clairement que vous n’ en n’avez rien à carrer, ni de vos études, ni du travail du recruteur. Si vous ne savez pas ce que vous voulez faire, que vous avez 32 ans, et que vous êtes encore en premier année de Master, hé bien soit !! Cela prouve que vous prenez le temps pour comprendre les choses, et ça, le recruteur saura le reconnaitre. Bonus : racontez-lui comment vous avez réussi pour la première fois à écrire votre nom, en 5ème. Succès garanti !!

ÉTAPE 3 : Mentez, tout le temps, sur tout. Cachez votre incompétence par une bonne couche de mythomanie et de mauvaise foi.

Vous ne maitrisez pas un logiciel donné, crucial pour l’obtention du poste/stage ? Qu’à cela ne tienne ! Dites que vous le maitrisez sur le bout des doigts, que vous êtes un des principaux utilisateurs mondiaux de ce-dit logiciel, et prétendez même en être le créateur. Le recruteur n’y verra que du feu, et vous engagera sur le champ. Et si jamais il démasque la supercherie, minimisez le mensonge : c’est de sa faute s’il a découvert le pot-au-feu rose après tout ! Essayez de vous rattrapez en prétendant maitriser d’autres logiciels compliqués, tels Excel ou Powerpoint (prononcé Poveur-po-un) : le recruteur saura que vous avez menti la première fois, et se dira qu’il peut vous faire confiance sur vos prochains dires.

ÉTAPE 4 : Mettre en avant ses faiblesses, oublier de vendre ses compétences.

Le recruteur sait automatiquement, en vous ayant au téléphone, qu’il a affaire à un colossal génie. Rien ne sert de se mettre en avant : parlez plutôt de tous vos défauts. Vos pannes de réveils à répétition, votre refus catégorique de travailler plus de 3 heures par jour, d’utiliser votre voiture pour vous rendre à l’entretien d’embauche physique. Laissez ce crétin faire le déplacement : après tout, il vous veut, vous êtes le seul et unique stagiaire potentiel sur cette terre !

Les rares compétences que vous possédez, et qui n’ont pas trait à l’insertion de corps étrangers dans votre rectum, seront à passer sous silence. Le recruteur s’en doute bien que vous avez déjà créé 2 logiciels, que vous codez depuis 7 ans, et que vous avez construit votre première navette spatiale à l’âge de 11 ans, lorsque seul, abandonné de tous, rejeté par votre famille, vous avez pris un manuel d’astrophysique comme mère nourricière et que vous tétiez, le regard torve, les coins de couverture encartonnés au goût douteux de levures de boulangerie. Gardez vos compétences pour vous, ou mieux, envoyez-les à la face du recruteur lorsqu’il vous aura annoncé poliment qu’il ne vous prendra pas en stage.

ÉTAPE 5 : Ne pas accepter le refus, agir comme un gamin de 6 ans, et insulter le recruteur car il le mérite bien ce fils de p***.

Normalement, à ce stade, vous devriez être en stage. Si malgré tout, pour une raison totalement obscure, votre candidature n’a pas été retenue, n’en restez pas là. Après tout, ce n’est pas de votre faute si vous avez été rejeté, c’est le recruteur qui n’a pas su déceler le gigantesque talent qui sommeille en vous. Au lieu de faire l’analyse de votre échec (autrement dit, agir en adulte), vexez vous, et répondez arrogamment à votre recruteur. Insultez le modèle animal sur lequel il travaille, et qui est  sa passion, sa source première de revenus et une de ses raisons de vivre. Rien de mieux pour partir avec le panache que de lui faire porter la responsabilité de votre échec. Qu’il doit rougir de honte, se rendant compte, par votre répartie sur les animaux à plumes qui pondent des œufs, qu’il a fait une erreur grotesque. Laissez-le mourir dans une mer de larmes et partez la tête haute, en héros que vous êtes.

Ceci est un animal à plumes qui pond des oeufs

Ceci est un animal à plumes qui pond des œufs

Évidemment, vous aurez deviné qu’à travers ces quelques lignes se cache ce qu’il s’est réellement produit il y a quelques jours. Et bien évidemment, j’ai pas mal grossi le trait, afin de rendre le contenu avant tout humoristique (ou essayant de l’être). L’étudiant en question, que nous appellerons Luc pour des questions d’hygiène, m’a fait halluciner à bien des niveaux, et je me voyais mal ne pas parler de tout ça sur ce blog.

Alors « Luc », si tu lis ces lignes, j’espère que tu vois où tu t’es planté. Je n’ai rien contre toi, mais sincèrement, un peu d’auto-critique ne te fera pas de mal. C’est pas ma faute si je ne t’ai pas pris : même si tu avais été excellent, j’aurais eu le droit de ne pas te prendre. C’est la vie, c’est comme ça, c’est triste parfois. Mais c’est pas une raison pour me manquer de respect, et encore moins pour manquer de respect aux cigognes. Elles ne t’ont rien fait, laisse-les tranquilles.

Emilio

PS : ON NE TOUCHE PAS AUX CIGOGNES, JAMAIS !
PPS : Le titre de l’article est inspiré en partie du film « La stratégie de l’échec » de D. Farrugia, dont voici un extrait. Kiffez vos races !

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La Haine puissance 1000

Attention, en raison de la haute teneur de ce texte en propos grossiers et autres incivilités, il vous sera conseillé de ne pas le faire lire aux plus jeunes d’entre vous. Merci de votre compréhension. 


Quand on m’avait dit que la thèse ce serait difficile, ça ne m’avait pas fait peur. Je savais que j’aurais des mauvaises passes, que la frustration serait là, que je serai forcément un jour en colère pour telle ou telle raison. J’ai quand même signé le contrat. Mais si j’avais su qu’un jour je vivrai cette situation, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois.

Vous vous rappelez de l’article sur le vol de nourriture ? J’avais choisi de traiter cette chose sur un aspect humoristique, peut-être parce que je n’avais pas été moi-même victime, et qu’au final, bon, de la bouffe, ça fait chier sur le coup mais avec un peu de recul c’est pas si grave. Bon. Bah j’ai été peut-être puni pour en avoir parlé aussi légèrement. Putain.

Ce matin je dois aider la doctorante fraîchement arrivée dans notre équipe à l’automne dernier pour faire une quelconque expérience, laquelle nécessite que je lui prête quelques échantillons à moi. Je vais donc naturellement ouvrir le tiroir du congélo dans lequel j’entrepose les dits échantillons, dans la boîte attitrée… Pour la découvrir vide. Enfin, presque. Il ne reste qu’un seul tube dedans. Bon alors au début j’hallucine, je me dis que non, haha, la cocaïne que j’ai prise hier soir avant de me coucher fait encore effet, ou que je me fais une blague à moi-même. Puis à tout hasard, je soulève le contenu de l’autre boîte, qui contient d’autres échantillons assez importants. LOL. C’est pareil. Je fouille l’intégralité de mon tiroir à la recherche de mes tubes. Je demande aux autres personnes de mon équipe si par le plus grand des hasards, quelqu’un se serait sentie l’âme d’un farceur et aurait décidé de me faire la blague la moins drôle du monde. Peine perdue. Donc voilà. Je me retrouve avec deux boîtes qui étaient pleines d’échantillons il y a encore deux semaines, et qui sont à présent vides. Soit l’équivalent d’un an et demi de taff qui d’un coup disparaît. On est bien peu de choses, hein.

olol la boîte vide

Alors j’essaie de trouver une explication logique. Parce que si j’accuse tout de suite quelqu’un de vol, que je pète un cable et me mets à crier partout, et qu’on retrouve mon stuff après, j’aurai l’air bête. On me dit : peut-être que tu les a déplacé ailleurs. Sauf que je sais quand je touche à mes échantillons, et que je n’avais aucune raison de les déplacer ailleurs que dans la boîte que j’avais annotée à leur attention, dans le tiroir qu’on ma désigné pour que je puisse entreposer mes boîtes, dans le congélateur de mon équipe. ‘fin vous m’avez compris. Alors on me dit « c’est peut-être quelqu’un qui a vu les boîtes, et a rangé tes tubes ailleurs », ou d’autres excuses du genre, comme quoi ce serait une faute d’inattention. J’aurais bien envie de le croire. Sauf que cette disparition, il n’y a que moi qui suis concerné. Ha, et aussi mon encadrante, qui s’est aussi fait vider le contenu d’une des siennes. C’est ciblé. « Quelqu’un qui aurait voulu t’emprunter tes tubes ? ». Je vois pas qui aurait besoin de m’emprunter la totalité de mes échantillons, à moins que cette personne ait envie de reproduire la totalité de mes expériences depuis le début de mon stage de Master. Et puis même si c’était le cas, qui serait assez con pour me vider le contenu de mes boîtes sans même me prévenir ? S’il s’agit d’un erreur ou d’un oubli, alors la connerie de cette personne s’étale à la face du monde et il y a faute grave, gravissime même. Par définition tu ne touches pas au matériel des autres, hein, et même si tu le fais bah c’est pas sans prévenir la personne ! Ou alors faut être complètement trisomique (et je n’ai rien, absolument rien contre les trisomiques, c’est juste pour souligner la débilité que supposerait un tel acte).

Le fait est que je suis la seule victime de mon équipe dans cette histoire, avec mon encadrante. Et j’ai beau essayé de retourner le problème dans tous les sens (un peu comme je le fais avec la m… non, pas ce genre de blague ici), la seule explication logique, qui fasse sens c’est : que a) on a une action qui est ciblée contre moi et que b) c’est un acte de malveillance pure, juste pour faire chier. Ha ça pour faire, chier, la personne a bien réussi son coup. Genre si t’avais envie de me faire perdre quelques semaines/mois (je sais pas combien de temps ça va me prendre à tout refaire…), c’est chapeau ! Je serai un gros connard et j’aurais envie de casser la thèse de quelqu’un, je pense que je ferai pas mieux… à part formater son ordinateur peut-être. Et encore, c’est pas efficace, y a des sauvegardes en réseau un peu partout maintenant. Non, non, à priori, l’explication c’est que quelqu’un est venu délibérément fouiller dans mes affaires, a pris ces boîtes, en a vidé le contenu je ne sais où, dans le seul but de me les briser. Voilà, c’est juste du sabotage, et ça représente juste un an et demi de travail. Youpi.

C’est pas comme si c’était assez compliqué de faire une thèse comme ça, pour qu’en plus t’aies un putain de connard qui s’amuse à te pourrir ton travail. Bonjour l’ambiance, personnellement j’ai pas signé pour ça quand j’ai voulu faire une thèse. J’ai pas envie de commencer à psychoser en me demandant si Ô mon Dieu, est-ce que mes échantillons seront toujours là le lendemain. Alors je fais quoi ? Je mets un code sur le réfrégirateur ? Je cadenasse toutes mes boîtes ? On mets des caméras de surveillance un peu partout ? Sérieusement… Enfin bon, j’essaie de relativiser, en me disant que je peux, avec du temps, reconstruire tout ça. Mais c’est même plus le problème. Même si ça me prenait qu’un jour à tout refaire, y a quand même un putain de problème là, quelque chose de vraiment pas normal. Je souhaite vraiment à personne de vivre ce genre de truc, vraiment. Et je sais que ça pourrait être pire, genre vol de données etc. Mais sérieusement, la haine que j’éprouve en ce moment, cette envie de tout foutre en l’air. De hurler « FUCK YOU, RESEARCH ». Si je dois faire une 4ème année à cause de connard, vraiment…

Voilà donc une super façon de commencer l’année. Youpi, vive la thèse !

Arnaud

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