Je suis tellement dans le futur gros, j’suis déjà mort

par Emilio

Au-delà de la sempiternelle excuse que nous allons devoir vous sortir en préambule de la totalité des futurs articles de notre blog, demeure une légère mais néanmoins tenace envie de vous raconter, au travers de quelques lignes écrites maladroitement entre deux tests stats merdiques, le quotidien de notre vie de thésard cynique sur ce blog par trop de fois laissé à l’abandon.

Il y aurait de quoi passer des journées à se lamenter sur cette période de notre vie, à la fois période d’émulation intellectuelle folle et de sinistres semaines de 55h, sans RTT ni heures sups pour compenser les valises gigantesques qui se glissent sous nos yeux à mesure que les jours passent en se ressemblant étrangement de plus en plus. D’ailleurs Easyjet va très probablement me faire payer un supplément la prochaine fois vu ce qui pend sous mes yeux ces derniers temps… (en mode « punchline » aujourd’hui je vous préviens).

Alors même que la vie suit son funeste cours, nous amenant tous à plus ou moins long terme vers une mort que je pressens pour ma part comme atrocement douloureuse, les fameuses trois années imparties se réduisent comme peau de chagrin, et il devient de plus en plus compliqué de penser à autre chose qu’à la Délivrance finale de la soutenance, qui je pense va exactement ressembler au film, avec un sale gamin attardé qui va jouer du banjo pour mon pot de thèse.

delivrance banjo

« Ta soutenance était merdique mon grand » *Doing* *Doing*

Alors, en ce début d’année 2015, le bilan se doit d’être fait, et à la vue du ton utilisé jusqu’à présent dans l’article vous vous doutez probablement que ce dernier n’est pas forcément des plus positifs. Pour parler franchement, j’ai en ce moment l’impression d’être passé complètement à côté de ma thèse. Et « passer à côté » c’est un moyen poli pour dire qu’elle m’a mâché et recraché de multiples fois, et que, comme un con heureux que j’ai toujours été, je me suis précipité à chaque fois dans sa gueule béante, en croyant dur comme fer que cette fois, non, ça va marcher, ya pas de raison que ça marche pour tout le monde et pas pour moi putain, faut arrêter de déconner, un mec peut pas cumuler autant de merde, le vent va bien finir par tourner. Une leçon les enfants, le vent tourne, mais c’est pas en restant cloué au sol que ça va changer quelque chose pour vous.

Parce qu’il est là le vrai problème de ma thèse, et donc par extension de la thèse d’autres personnes je suppose, je dois pas être seul dans cette fosse septique qu’on appelle le Doctorat (avec un grand « D » comme dans « Dans ton cul sale c*n »). Ma thèse n’a jamais décollé. Je n’ai jamais vécu de moment de félicité, des moments qui me font me dire que j’ai bien fait d’en chier pour en être là aujourd’hui. Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, c’est bosser assez pour me dire que ça viendra plus tard. Et quand on arrive au bout comme moi, qu’on se rend compte qu’il ne reste plus assez de temps pour que justement le positif arrive enfin, on réalise que la balance mentale s’est déréglée il y a longtemps et que rien ne justifiera plus tes 8 années d’études après le bac.

Je sais bien qu’il y a pire que moi. Mais je sais surtout qu’il y a généralement mieux. Et pourtant j’ai tenté mon possible pour ne pas que ça arrive, mais voila, ça se saurait si la simple volonté pouvait faire changer le monde. Essayez de vous vendre en troisième année de thèse pour un post-doc sans aucun article publié, accepté ou même soumis, et vous verrez, vous avez autant de chance d’être pris que Hollande d’être réélu président en 2017 (je suis devin le week-end, si tu veux savoir si ton ex va revenir, envoie un mail à : jesuisungrospigeon@gmail.com et balance moi ton numéro de carte bleu).

Ma nouvelle carte de visite, si jamais. J'ai changé d'ethnie pour augmenter ma clientèle si c'est ce que vous vous demandez

Ma nouvelle carte de visite, si jamais. J’ai changé d’ethnie pour attirer la clientèle, si c’est ce que vous vous demandez

Et oui je me plains. En même temps, tu es actuellement entrain de lire mon blog, donc j’ai plutôt le droit de le faire. Tu as le droit de m’insulter en retour par contre, mais tu ne le feras pas, parce que je te connais et je sais que tu es quelqu’un de bien, unique lecteur de notre magnifique blog.

D’habitude je finis sur du positif pour mes articles, afin de ne pas laisser un trop mauvais arrière-goût à nos lecteurs. Mais aujourd’hui non, je ne pense pas que ça va se faire malheureusement. Le seul point positif que je vois, c’est que je ne vais pas pouvoir faire de 4ème année (contrairement à 78% de mes proches amis thésards, sondage TNS-Sofres), donc je serais plus vite au chômage, et je pourrais plus rapidement passer mes journées en slip kangourou à écrire des commentaires haineux à mes collègues doctorants qui, non content de faire des conférences à Los Angeles ou Tokyo, postent des photos sur les réseaux sociaux. Oui ils ont le droit de le faire, mais j’ai aussi le droit de les insulter.

L’insulte publique est la dernière chose dans laquelle je suis à peu près bon, avec la consommation massive de graisse et d’alcool, donc ne m’enlevez pas ça !

PS: C’est mon anniversaire demain, donc j’ai le droit de faire la gueule

PPS: Pour les curieux, le titre de l’article est issu d’un morceau de Hyacinthe que je kiffe, et qui comme cet article respire la joie de vivre et l’envie d’aimer son prochain. Je le mets ci-dessous pour les mélomanes.

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Le jour le plus long

par Emilio

Il est vrai que, la thèse avançant et les problèmes sous-jacents s’accumulant pour vos deux serviteurs, le temps que nous pouvons encore consacrer à la rédaction d’articles pour ce blog se réduit considérablement. Malgré cela, ce n’est ni l’envie ni l’inspiration qui viennent à manquer, et il faudrait sérieusement qu’on songe à reprendre une écriture plus régulière afin de pallier aux ridicules temps d’attentes que nous vous imposons pour chaque parution. Nous n’allons ici vous faire aucune promesse que nous n’allons de toute façon pas pouvoir tenir, mais nous allons nous y remettre sérieusement, si t’en est que vous ayez encore envie de nous lire (dans le cas contraire , un simple « FERMEZ-LA !! » dans les commentaires suffira amplement).

D’autant plus que, à notre grande surprise, notre blog continue d’être très régulièrement visité par un nombre de lecteurs toujours croissant au beurre. Et comble de la gloire, notre article sur les bénéfices des éditeurs scientifiques (celui là même) a été récemment cité dans deux très bons articles (écrits par des vrais journalistes !) respectivement dans Rue89/l’Obs et Slate. Cela, vous vous en doutez, remet du baume au cœur et une fâcheuse envie de reprendre la plume de cigogne pour se lamenter une nouvelle fois sur la triste vie de thésard qui est la notre.

Si j'avais su, j'aurais pris 5 minutes de plus pour faire un tableau correct bordel...

Si j’avais su, j’aurais pris 5 minutes de plus pour faire un tableau correct bordel… (Source)

Donc à l’avenir, vu que ça à l’air de marcher plutôt pas mal, je vais essayer de refaire un article sur un sujet sérieux, en écartant les références scatologiques et absurdes, marque de fabrique qui a pourtant fait notre renommée en ex-RDA. Sur ce, fin du petit préambule d’autosatisfaction nécessaire, et place à l’article en tant que tel. Courage, c’est bientôt terminé.


Il y a dans la vie d’un doctorant plusieurs moments où ses sphincters manquent de se relâcher sous l’effet du stress, risquant à tout moment de l’humilier publiquement dans son laboratoire et de lui coller indéfiniment le sobriquet ridicule de « Petit Poussait ». On peut compter sa première présentation dans son laboratoire, sa première présentation de poster à un colloque, chaque présentation orale à chaque colloque qu’il fera dans sa thèse, sa soutenance finale et enfin, sa présentation face à son comité de thèse. Alors bon, le comité de thèse, quésaco ?

Pour faire simple, il s’agit de réunir en un même endroit plusieurs chercheurs venu juger de la qualité du travail du doctorant, mais surtout de son avancement dans sa thèse. Ce comité est généralement composé a minima du/des directeur(s) de thèse, d’un rapporteur interne au laboratoire de l’étudiant, d’un rapporteur externe au laboratoire de l’étudiant et de l’étudiant donc (forcément, sinon ça sert à rien réfléchis trente secondes). Tout ce beau monde doit se réunir au moins une fois durant la thèse, mais peut se réunir plus souvent si le désir ou le besoin s’en fait ressentir. Généralement, s’il n’est convoqué qu’une fois durant la thèse, on essaye généralement de réaliser ce comité au milieu de la thèse de l’étudiant afin de n’arriver ni trop tôt ni trop tard dans le processus. C’est pourquoi le comité de thèse s’appelle généralement la « mi-thèse » dans le milieu hardcore underground de la recherche scientifique. Il débouche sur la rédaction d’un rapport officiel qui sera déposé à l’école doctorale de rattachement de l’étudiant, qui ne sera jamais lu et pourrira ad vitam eternam dans un carton moisi dégueulasse entreposé dans une cave lugubre et sombre d’un quelconque donjon de ton Université.

« Le but de tout ça? » te demandes-tu, inquiet de voir la tournure passablement chiante de l’article se confirmer au fur et à mesure que tu lis ces lignes. Et bien, il est simple et peut être résumé en deux points :
– Rassurer l’étudiant sur ses capacités à finir sa thèse. Exemple : « Mais non François-Abdel, le fait que tu découvres que l’espèce sur laquelle tu travailles n’existe en fait pas n’est pas un frein à ta réussite, tu en es capable, fonce ! »

– Lui foutre un délicat mais solide coup de pied au derrière pour qu’il se le bouge. Exemple : « En même temps, bosser sur la reproduction du Monstre du Loch Ness n’était pas un choix forcément très judicieux, dépêche-toi tout de même de choisir quelque chose d’autre pour sauver les meubles ! »

Et on touche là au merveilleux paradoxe du comité de thèse, à savoir, se faire brosser dans le sens du poil tout en sentant un arrière-gout de « Magne-toi sévère parce que là je vais avoir l’air con si mon doctorant n’est pas capable de sortir un article valable durant toute sa thèse ».

Rojas, E. R. & Tomasini, A. 2014. Impact of the climatic variations and social environment on the reproductive success of the Loch Ness Monster (Nessiteras rhombopteryx). Journal of Bullshit Research. 6(2) 666-672

Rojas, E. R. & Tomasini, A. 2014. Impact of the climatic variations and social environment on the reproductive success of the Loch Ness Monster (Nessiteras rhombopteryx). Journal of Bullshit Research. 6(2) 666-672

Mon comité de thèse a débuté à 14h (de l’aprem, réfléchis trente secondes) pour se terminer sur un solide 20h30, et s’est poursuivi en comité restreint le soir même, et le lendemain matin avec le café. Sans rentrer dans les détails qui seraient à coup sur fatals pour votre intérêt, sachez que j’en ai bavé, mais genre sévère. 1 heure 15 de présentation, le reste de questions et de discussions, vous voyez le tableau je pense.
Pour faire simple, j’ai un objectif idéal de 6 articles à écrire avant la fin de ma thèse. En réalité, je pense en faire 4. Cela peut paraitre beaucoup pour certains, notamment les camarades en neurosciences et autres qui n’en écriront qu’un seul durant toute leur thèse, mais c’est un peu la norme chez nous (en tout cas dans mon laboratoire). Et calmez-vous de suite, l’article du thésard de neuro aura probablement plus d’impact que le mien, vu qu’il risque de sortir dans « Cell magazine » alors que les miens sortiront plus probablement dans « Selles magazine »…
Donc voila où j’en suis, techniquement il ne me reste qu’un an pour faire tout ça, sachant que les financements pour prolonger la thèse en écologie sont aussi rare qu’un politicien honnête ou un doctorant sobre. Le courage va devoir m’accompagner lors de ces derniers mois qui s’annoncent pour le moins compliqués…

"Les doctorants, l'avenir de la nation" - Jésus Christ

« Les doctorants, l’avenir de la nation » – Jésus Christ

Et voila ce qui sera je pense mes futures excuses pour ne rien écrire sur ce blog : les articles à écrire et l’alcoolisme homosexuel. En attendant rigolez, vous verrez le jour où je vais faire la couverture de « Selles magazine », vous ferez moins les malins bande de petits énergumènes.

 

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Lassé, chien fidèle

par Emilio

Il est de ces moments dans la vie d’un thésard où la vie semble soudainement accélérer beaucoup trop vite, au point qu’il devient difficile de s’imaginer faire autre chose que de se noyer dans le coulis immonde du désespoir, sous les « laisse tomber ta thèse c’est de la merde de toute façon » rigolards d’une partie assez masochiste de son encéphale.

Et parfois, lorsque cela fait quelques temps qu’aucune lueur de réconfort n’émane des piles de feuilles griffonnées à la va-vite siégeant en un équilibre instable sur votre bureau dégueulasse entre un crâne de corneille et une tâche moisie de café marque repère, on se prend à rêver d’autre chose. Qu’il est ingrat et difficile de le faire, mais cela m’arrive parfois je l’avoue. Et dans ces moments de flottement je me prends à rêver d’une vie où je ne serais pas obliger d’attendre mes 35-40 ans pour construire une vie de famille. Je ne serais pas obligé de me recréer une vie sociale tous les 2 ans suivant les lieux incongrus où me conduiront les 42 post-docs que je vais être obligé de faire afin de rater 4 fois mon concours d’entrée CNRS. Une vie que je pourrais gagner décemment de mes mains, à défaut de pouvoir la gagner avec le contenu de ma boîte crânienne.

Je sais ce que certains vont penser. C’est une vie que beaucoup rêveraient d’épouser ou essayent déjà d’épouser. Ouais, moi aussi j’ai rêvé de voyager de part le monde pour sauver des baleines et des enfants malades du SIDA. Redescendez les gens, coupez vos dreads et posez vos djembés trente secondes : à partir d’un certain âge pas si avancé, la majorité d’entre vous voudront faire des gosses et se fixer avec une personne supportable. Il n’est absolument pas justifié de demander aux futurs chercheurs de renier tout ça, sous prétexte qu’il faille sélectionner les meilleurs….

« Bordel mais pourquoi je suis venu lire cet article à la c*n ? »

Vous le constatez, le spleen reprend rapidement le dessus, chez moi comme chez tous les thésards du monde (mais j’ai une tendance à me plaindre assez rapidement, ce qui vous donne l’impression désagréable que je geins constamment). Au lieu de me complaire dans ma triste solitude, j’ai décidé de vous offrir quelques astuces pour combattre ces moments là, afin de lutter contre le désespoir, de reprendre du poil de la bête, de reprendre confiance en soi et en l’humanité. Ces conseils fonctionnent pour moi, alors je me dis qu’ils fonctionneront probablement pour vous aussi :

Relire abondamment l’article que vous avez cosigné il y a plusieurs mois de ça

N’hésitez pas à vous palper les tétons en le faisant. En effet, rien de tel pour booster le moral que de booster son ego, si possible en regardant avec fierté votre nom apparaitre dans la liste des prestigieux auteurs de l’article. Et qu’importe que vous soyez 45ème sur 90 auteurs, que la publication soit sortie dans American Journal of Proctology et que vous n’avez rien fait à part corriger la légende de la figure 5 de la page 7 : vous avez servi l’humanité. Vous avez contribué à l’avancée du savoir humain, vous êtes désormais reconnu comme faisant parti intégrante du monde de la recherche, les gens vous qualifie d’homme savant ou de scientifique, les femmes se déshabillent devant vous quand vous marchez dans la rue. Vous êtes beau et intelligent, et avoir signé un article scientifique montre au monde entier à quel point vous l’êtes. Félicitations, vous pouvez mourir tranquille, le devoir accompli comme linceul de votre corps de génie.

"Allo chérie ? Ouais je vais arrêter d'aller sur ce site ça devient vraiment n'importe quoi leur truc là"

« Allo chérie ? Ouais je vais arrêter d’aller sur ce site ça devient vraiment n’importe quoi leur truc là »

Faire de la biblio et se rendre compte qu’au final vous avez vos chances

Il y a de ça quelques temps j’ai parlé des articles scientifiques portant sur des sujets un peu insolites, voir WTF-esques, et je me souviens que vous aviez bien aimé. Si, vous avez bien aimé. Ne discutez pas j’ai les chiffres de fréquentations du site sous les yeux.

BREF ! Tout ça pour vous dire que comme moi, vous savez pertinemment que vous serez publié un jour. Vos recherches auront beau être les plus minables du monde, il y a aura toujours un éditeur prêt à vous publier à un moment donné (contre de l’argent, mais quand même ça compte). Dans ma jeune carrière scientifique j’ai déjà été confronté à des articles de qualité moindre voire médiocre dans des journaux pourtant réputés. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne serions pas nous aussi capable de publier dans ces mêmes journaux réputés ? D’accord, vous passez pas mal de temps à regardez des lolcats sur les internets, mais vous êtes loin d’être le dernier des abrutis, et au final, vous publierez, faites moi confiance. Je l’ai lu dans votre horoscope ce matin, donc automatiquement vous pouvez être rassuré.

Regarder l’actualité sous une couverture en buvant un chocolat chaud, et se dire qu’au final on est né au bon endroit au bon moment, et que le principal réside peut-être dans notre capacité à relativiser les difficultés de nos propres vies face à la réalité parfois plus crue que certaines personnes en ce bas monde sont obligées de vivre au quotidien, tout en essayant à l’avenir de faire des titres moins longs

Le titre est assez explicite, mais laissez moi vous faire un dessin. Enfin non, j’ai pas mes crayons sous la main, donc je vais plutôt vous l’écrire. Vous rouspétez parce que la p-valeur de votre dernier test ne va pas dans votre sens ? Mince alors, ça doit être horrible, regarde petit enfant d’Irak dont la mère a été violée sous tes yeux alors que ton père se faisait décapiter dans la cuisine, ce que tu vois là c’est un homme qui souffre vraiment. Alors arrête de chialer, et avec un peu de chance, tu pourras passer clandestinement en Europe où un magnifique travail de nettoyeur de chiottes de festival t’attend à bras ouverts !

 

"Ouais, mais moi ma normalité elle passe pas, OK?"

Ouais, mais moi ma normalité elle passe pas, OK?

Prendre des vacances, même très courtes, et se vider le crâne par tous les moyens possibles et imaginables

Quitte à forcer un peu. Il est vrai que prendre 3 semaines au Bahamas ou 2 jours à Aubervilliers ne possède pas le même potentiel de décompression, mais il ne tient qu’à vous de trouver un moyen de vous faire oublier vos malheurs. Personnellement, je reviens tout juste d’un festival en Allemagne qui a duré 5 jours (Summer Breeze pour les curieux et je sais qu’il y en a). En 5 jours, ma voiture m’a lâché sur l’autoroute, les réparations, si elles sont réalisables, me coûteront un bras, il pleuvait des cordes durant tout le festival et mon corps me déteste parce que je n’ai pas ingéré un seul fruit ou légume durant cette période (sauf si la bière est devenue un légume, auquel cas je suis presque devenu végétarien). Mais voila, j’en reviens grandi, vidé, heureux, et prêt a attaquer sauvagement les prochains mois de boulot !

Il ne tient qu’à vous de trouver votre exutoire. Si possible, faites en sorte qu’il soit légal et qu’il n’implique pas de maltraitance envers les animaux (oui, c’est à toi que je m’adresse, l’homme qui a recherché « loutre viol pingouin » sur Google et qui est tombé sur notre blog).

Écrivez un blog pour relater vos expériences

Comme il fait office de journal intime, OSAG me permet de lâcher ma haine sur le monde quand bon me semble, tout en me permettant de bien rigoler en relisant les excellents articles qui y figurent (relisez le point 1…). Tenir un blog permet non seulement de relâcher les tensions, mais aussi de partager les déceptions et les doutes, et donc au final permet de communiquer avec d’autres gens dans la même situation que nous. Ne pas se sentir seul face à son malheur et ses interrogations, telle est la clé si l’on veut passer rapidement une mauvaise phase dans sa thèse !

Ces conseils sont les quelques-uns qui peuvent potentiellement fonctionner. Bien entendu il en existe plein d’autres, probablement des meilleurs (comme par exemple tout ceux incluant un acte sexuel), mais c’est déjà ça. Et si vous n’êtes pas content, et bah suicidez-vous. Non je déconne, mais vraiment faites quelque chose, vos proches en ont marre de vous voir chialer tout le temps.

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Of Wurscht and Beer

par Arnaud


Avant de commencer à raconter des bêtises, je tiens à m’excuser auprès de vous, très chers lecteurs, pour cette très longue absence. Non pas que vous l’ayez remarqué (ou peut-être que si), je n’ai pas écrit pour ce fantastique blog depuis le mois de Janvier ; et si vous vous rappelez bien, c’était pour vous faire de la superbe annonce de la tentative (plutôt réussie au demeurant) de sabotage de mes travaux. Autant vous dire que ma motivation en avait pris un sacré coup, tout de même (le tout mêlé à d’autres problèmes parce que la Loi de Murphy, y a que ça de vrai !) – mais là ça va un peu mieux. J’ai rangé mes lames de rasoir, arrêté de boire ma piquette avec mes céréales le matin et je dis même « bonjour » aux gens le matin ! J’en profite également pour remercier mon camarade Emilio qui a vaillamment tenu le blog (plus ou moins) à jour en mon absence. Et sache, Emilio, que toutes les fois où tu m’as dis « bordayl mais écris ton article maintenant ou je prends toute ta famille en otage » (et ton bref séjour à Guantanamo qui a suivi) ne seront bientôt que de mauvais souvenirs. Et, en guise de remerciement, je te promets que ce FAMEUX article sur La barbe d’Emilio sortira avant la fin du mois de l’été (ouais, laissez moi prendre des vacances, merde quoi) ! Que je trépasse si je faillis à ma promesse !

On est toujours là, si, si, c’est vrai !!

Alors forcément, six mois d’absence, vous vous dites que j’ai forcément plein de trucs à raconter. Et vous avez RAISON. Mais n’ayez crainte, j’en entends déjà gémir à l’idée de lire un article long d’au moins une dizaine de scrolls – il est vrai que je pourrai vous déblatérer dans le détail tout ce que ma fascinante thèse (oh, sentez-vous cette maîtrise de l’ironie) m’a apporté ces derniers mois, mais ça ressemblerait à une version encore plus affreuse d’une soirée diapos sans les diapos (et sans l’alcool pour aider à faire passer le tout). Pour vous épargner ce supplice, j’ai dû faire une sélection dans les derniers évènements survenus, et comme à l’inverse d’autres personnes, je n’ai pas de sujet aussi intéressant que le cerveau ou le sexe, le sexe ou le sexe, je vais donc vous parler de mon sujet de prédilection : les bactéries (je vous avais prévenus !).

Non mais je plaisante, bien entendu, il faut rester dans des sujets trendy par ici, si on veut continuer à rameuter du monde ! J’ai d’ailleurs été surpris de voir un nombre si « important » (à notre échelle) de visites alors que le blog n’a plus eu d’activité depuis deux mois. A croire que vous cherchiez désespérément quelque chose à lire au lieu de travailler ! Je vous comprends. J’ai moi-même épuisé toutes les bases de lolcats des internets. Toujours est-il que, il y a deux mois, j’ai été amené à participer à mon premier congrès international. Hé oui, partir à l’étranger, le délice et l’appréhension de l’inconnu, la peur du danger, de se confronter à d’autres illustres scientifiques et doctorants en galère (ce qui tient presque du pléonasme). D’autant plus que j’y allais tout seul, comme un grand. Et quelle était donc la destination de ce congrès ? Les Etats-Unis ? Le Brésil (la petite feinte pour aller voir la coupe du monde) ? La Chine ? La Suède ? L’Espagne ? Ha, que nenni de tout cela.

L’Allemagne

Ouais, et pour un Alsacien, imaginez le dépaysement ! Je veux dire, limite les alsaciens c’est un peu des allemands (ce sont les bruits qui courent, si, si) – et malgré mes origines qui n’ont rien à voir avec l’Alsace, bah de façon générale, il ne me faut pas plus de 15 minutes à vélo pour passer de l’autre côté de la frontière et entendre des gens parler dans une langue super agressive et très très moche qui rappelle les heures les plus sombres… Ha, non, pas ce genre de blagues ici, voyons. Mais encore, ça aurait pu être en Allemagne de l’Est, genre Berlin, qui est à ce qu’il paraît est une p*tain de super ville. Mais non. Mais non, voyons Arnaud. De toute façon tu ne pars pas en congrès pour faire du tourisme ou prendre des vacances (deux mots qu’on essaie de nous faire oublier depuis notre première année). Alors qu’importe l’endroit ? Qu’importe si tu dois te rendre à Wurzburg, une ville de Bavière avec moins de la moitié de la population de Strasbourg, alors que les collègues de ton équipe partent au Québec ou en Grèce ? Ce qui compte, après tout, c’est la joie de la science, de la communication, des échanges, de… Bon après, le dernier congrès auquel j’avais assisté se déroulait à 30 min. de route de mon lieu de travail, donc c’était déjà en soit un dépaysement. Et puis j’ai déjà de la chance de partir, parce que j’avais un petit quelque chose à présenter, ce n’est pas le cas de tout le monde. Il faut savoir que dans notre équipe, notre directrice ne veut pas qu’un doctorant se rende à un congrès s’il n’a pas quelque chose à présenter, que ce soit sous la forme d’une communication orale (ou comment se faire dessus à l’idée de parler de son sujet de thèse devant plus de deux cent personnes) ou d’un poster (ou comment attendre vaillamment pendant plusieurs heures qu’un autre quidam soit ne serait-ce qu’un peu intéressé par ce que vous faites). Notez que l’ajout de couleurs flashy et de filles toute nues sur un poster les rend bien plus attrayant. Alors oui, c’est scientifiquement moins acceptable, mais on peut pas tout avoir, voyez-vous.

Toujours est-il que ma directrice a parfaitement raison de prendre cette position ; non pas que je sois contre l’idée d’aller à un congrès aux bahamas sans rien faire, mais l’idée est d’être actif. Ce qui est bien sûr possible d’être sans présenter quoi que ce soit, pour peu que vous soyez très ouvert, mais la présentation/le poster a cet avantage de pousser également d’autres gens à aller vers vous et donc de favoriser le dialogue et les échanges. C’est en tout cas de cette façon que je le perçois. Toujours est-il, donc, que ma directrice m’a convoqué dans son bureau pour me parler des différents congrès disponibles (parce que nous devons au moins aller à UN congrès international et y présenter quelque chose) et qu’elle m’a dit : « Il faut que tu ailles à Wurzburg Arnaud, tu vas voir plein de microbiologistes et voir leurs travaux, ça va t’ouvrir l’esprit, puis c’est ce que tu aimes aussi. Puis faut que t’ailles représenter la ‘mif là bas, alors fais-nous un poster trop swagg pour faire croquer les allemands ‘esh ». Hé oui, on s’exprime librement par chez nous.

Alors Wurzburg, ça se présente comment ? Comme j’ai pu le laisser sous-entendre, le dépaysement pour moi n’était pas présent, même s’il faut avouer que je n’ai pas eu la chance de pouvoir vraiment visiter la bourgade puisque le sale temps a décidé de me souhaiter la bienvenue au moment même où je posais ma valise à l’hôtel. Avec l’ensemble des participants au congrès, on a néanmoins pu dîner dans la Résidence de Wurbzurg, un vieux château à la Versailles (mais en moins stylé, quand même) très joli, avec des fresques au plafond à vous décrocher la mâchoire (et pourtant je ne suis pas un fin connaisseur d’art). Il était juste dommage que le repas servi ressemblait plus à celui d’une mauvaise cantine qu’au prestigieux palais qui nous abritait. Mais c’est gratuit, peut-on vraiment se plaindre ? Ha, et tant qu’on parle de manger, parlons aussi de boisson. En fin amateur de bière que je suis, j’avais envie de profiter des quelques nuits passées là bas pour élargir mon éventail de connaissances à ce sujet. Quelle ne fut pas ma déception, lorsqu’allant dans un bar local, je lui ai demandé de m’apporter la bière la plus forte qu’il avait. Et de me retrouver avec une Pil’s au goût de flotte et plus légère qu’un panaché. Le serveur me demande « ça vous convient ? » et dans un élan d’honnêteté je lui dis que non. Il revient quelques minutes m’annoncer que cette bière là est à 4,9° – et que la plus forte qu’il peut me proposer est une blanche à 5,2°. Et j’ai compris pourquoi on dit des Allemands qu’ils sont de gros buveurs de bière. C’est juste qu’ils ont besoin d’en boire 3 litres minimum pour ressentir quelque chose. Tu leur donnes une pinte de Karmelite et c’est fini !

C’est ça, fais ta maline avec ton panaché de luxe…

Toute considération alimentaire mise à part (même si je dois dire que la grosse saucisse allemande bien grasse au petit-dej, c’est quand même extra ; et oui, si je parle de saucisse c’est juste pour valider le titre de l’article, je l’avoue), il faudrait parler science un peu, tout de même, non ? D’accord, mais juste un peu. Autant vous dire que la communauté de microbiologistes moléculaires européenne se porte bien. Ce qui me fait toujours plaisir, c’est de voir une certaine diversité de sujets, et surtout de voir des camarades travailler sur des organismes non pathogènes (il faut savoir qu’on consacre beaucoup de recherche dessus pour l’intérêt anthropocentré, alors qu’ils ne représentent que 1% de la biodiversité bactérienne connue). Je pourrai déblatérer pendant des heures là-dessus, et même si je bosse sur une bactérie pathogène avec énormément d’approches moléculaires, j’ai quand même un faible pour les bactéries aux métabolismes particuliers, et m’intéresse (m’intéressait) beaucoup aux questions d’évolution et de physiologie bactérienne. Comme ce brillant scientifique québecois (comme quoi, ils n’ont pas que des chanteurs à la ramasse et des humoristes chelous au Québec) qui à mis en évidence le lien évolutif entre différentes espèces bactériennes qui détermine la position et le nombre d’organes flagellaires synthétisés sur la cellule. Ou comme ce jeune homme qui nous montre comment une bactérie contrôle le nombre de flagelles qu’elle synthétise en fonction de la disponibilité en nutriments du milieu. Ce genre de choses qui, j’en suis sûr, vous préoccupe tous les jours. Vous y avez jamais pensé, hein, les bactéries qui vivent sur votre peau ou dans vos intestins, combien de flagelles elles synthétisent ? Sachez que je ne dors plus depuis que je me suis posé la question. Mais un jour, promis, j’aurai la réponse. Et si ça ne me donne pas un Nature et un post-doc gratuit, j’arrêterai tout !

 

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