Archives de Tag: concours école doctorale

« Et ta mère, elle sent des coudes ? » – Guide pour réussir à coup sûr son concours de l’Ecole doctorale

par Emilio

Il arrive dans la vie de chaque Homme des petits moments d’insouciance et d’allégresse pure qui le font plonger des abîmes les plus noires de l’esprit vers les vertes prairies du bonheur. Même si ces instants sont courts, quasiment insaisissables, ils équilibrent notre quotidien et nous permettent d’avancer un peu plus vers l’étape d’après, un jour après l’autre. Et le soir, blottis dans nos draps tels des larves d’un insecte que nous ne deviendront jamais, nous repensons à ces éphémères images qui marquent encore un peu nos neurones avant que, las de nos journées par trop souvent longues et difficiles, Morphée nous appelle dans ces doux bras, caressant nos cheveux comme notre mère le faisait jadis. Il ne nous restera de cette plongée vers le sommeil que l’image du sourire d’une belle femme, le regard complice d’un frère, l’accolade d’une amie. Fragments aussitôt oubliés, partis en volutes multiples dans les méandres de la mémoires humaines, rangés on-ne-sait-où, quelques parts. Peut-être ressortiront-ils un jour, peut-être seront-ils perdus à jamais. Et ainsi, avec un jour de moins parmi les jours qu’ils nous restent à vivre, nous nous lèveront le lendemain matin, les images ayant disparus, l’impression de bien-être envolée. L’odeur du café brulant nous rappellera à notre dur labeur, et nous nous enfuirons en toute hâte vers un but inatteignable, remplis que nous sommes de notre fierté de croire que, oui peut-être, nous servons à quelque chose en ce bas-monde.


Il y concrètement deux choses que j’adore dans mon boulot : la bouffe gratuite qu’on peut aisément avoir sans trop se fouler (généralement, en allant à un colloque, en squattant les bureaux des sous-fifres stagiaires, en s’introduisant en douce dans la cuisine du resto U, en tapant au hasard dans le frigo commun,…), et aider les jeunes à devenir ce que je n’ai pas réussi à être au cours des 3 dernières années : un bon thésard. Et avant même de les aider à devenir de bons thésards, encore faudrait-il que ces abrutis jeunes pleins de promesses arrivent à décrocher une thèse, ce qui par les temps qui courent n’est pas chose aisée, vous en conviendrez.

Il existe plusieurs moyens plus ou moins officiels d’obtenir des financements pour une thèse. Ces financements, qu’importe leurs origines (Concours de l’école doctorale pour l’attribution des contrats doctoraux, des financements d’équipe ou de projet type ANR ou autres, prostitution) tournent en France généralement autour du même montant : environ 100 000 € pour 3 années de purs bonheurs et de réelles envies d’en finir avec sa pute de vie. C’est beaucoup, ok, mais ça reste 75 fois moins élevé que le revenu annuel de Dany Boon en 2012. Ce qui veut aussi dire que Dany Boon aurait pu financer 75 thèses au lieu de pourrir le cinéma français de l’intérieur, vampirisant les allocations du CNC afin de réaliser des chefs d’œuvre du type « Supercondriaque » ou « Rien à déclarer ». Rien à déclarer en France ça c’est certain vu que cet grosse merde « artiste », à l’aura et au génie incroyable vit à Londres et évite ainsi de payer des impôts qui permettraient de construire et de rénover des écoles chez nous, empêchant ainsi aux jeunes de comprendre pourquoi aller voir ses films constitue une violation du bon sens et du bon goût… (car oui chez OSAG on est aussi critiques ciné chez Télérama).

Capt_film

« GGGGEEEUUUUHHHHHH !!! JE SUIS REALISATEUR DE FILMS !!!!!! »

Mais comme Montparnasse, je m’égare, et il est grand temps de recentrer cet article qui est par ailleurs déjà bien long, comme cette phrase qui manque cruellement d’une fin logique et pertinente, plutôt qu’une suite interminable de mots et d’expressions convenues séparés par de ridicules virgules, à peine suffisantes pour reprendre son souffle dans cet amas informe à mi-chemin entre un discours absurde de notre cher premier ministre et des conditions générales de ventes d’un téléviseur Panasonic acheté à la va-vite au Darty du coin avec les gosses qui braillent dans la caisse et le ventre qui crie famine.

BREF, dans notre cas de figure à tout les deux (car oui nous sommes deux, Arnaud n’est pas mon ami imaginaire qui vit dans ma tête, vu que lui s’appelle Marc), nous avons réussi à financer nos thèses respectives via des contrats doctoraux, obtenus après avoir passé le concours de l’école doctorale (abrégé ED ici pour plus de facilité). L’ED en soit a été difficile pour nous deux, mais le déroulement exact d’un oral du concours n’est pas le but de l’article : premièrement car les modalités de cet oral dépendent de la Faculté qui l’organise (ça peut aller de 5 à 15 minutes, support ou pas, jurys de 10 à 50 personnes,etc.), et aussi parce qu’Arnaud a déjà écrit un magnifique article sur le déroulement d’une journée d’oraux de l’ED, et des modalités pour y arriver. Si c’est ce point précis qui vous intéresse, je vous renvoie à cet article avec la plus grande joie.

SI je prends la plume aujourd’hui, ou plutôt le clavier et la souris, c’est pour m’adresser à toi, jeune étudiant(e) en proie au doute, voyant venir avec la peur au ventre ce tant redouté concours. Que dois-je faire pour l’avoir ? Comment me préparer au mieux pour cette torture ? Il y a-t-il de bonnes choses à savoir afin d’y aller avec toutes les cartes en mains ? Pourquoi la dame est méchante à la garderie ? Tant de questionnements…. Tant de peurs… L’effroi te ronge de l’intérieur, t’empêche de dormir et de digérer correctement. Nous avons connu ça, ne t’inquiètes plus jeune Padawan, prends ma main et lis ces 5 conseils pour réussir à coup sûr ton ED (résultats non garantis, ne fonctionne pas dans les DOM-TOM, ne marche pas si on a mangé de la mayonnaise avant, déconseillés aux femmes enceintes et aux cardiaques):

Ne s’imposer aucune limite dans la recherche bibliographique en amont

Une des astuces est de se rendre compte le plus rapidement possible qu’on ne sait strictement rien de son sujet, ou très peu. « Comment ça ? » te dis-tu. Tu viens de passer ton oral de M2 et tu es fier de ton 15/20 décroché à la sueur de ton front ? BULLSHIT ! Ton rapport ne vaut rien, les gens qui t’ont jugé ont été sympa avec toi parce qu’ils voulaient que tu partes rapidement afin de ne plus voir ta gueule geignarde à longueur de journée. Combien à eu le moins bon de ta promo sur le stage de M2 ? 12 ? A l’ED, avoir 4/20 à l’oral est largement possible, et ça sera probablement ton cas si tu continues à ne pas me croire et à me remettre en question de la sorte…

Pour parler plus sérieusement, ton jury de M2 était très probablement composé de chercheurs et enseignant-chercheurs de ton laboratoire. Ils sont spécialisés dans ton domaine, connaissent par cœur ta thématique, et sont les plus à même de te poser des questions très pointus. Leur but est de tester tes connaissances, dans le cadre de ce que tu es censé savoir afin de sanctionner un bac+5 de qualité qui te permettra d’aller pointer avec fierté, le menton relevé et les épaules en arrière, à Pôle Emploi. Or, le jury de l’ED est composé de personnes issues de différents domaines et qui possèdent donc un ensemble de connaissances très, TRÈS large (le deuxième « très » en majuscule sert à marquer l’importance du mot).

Il te faudra donc tout lire. Oui, tout, comme dans « je dois vraiment remplir tout ce formulaire pour l’allocation chômage ? » ou encore « Oui vazy mets-moi tout ! Quoi, tu as déjà tout mis ? ». Aucun article ne sera assez éloigné de ton sujet, et tu devras a minima lire l’abstract et bien connaître les conclusions. Pour te donner une idée, ma thématique de M2 était la transmission des tailles de télomères chez les oiseaux, et on m’a posé des questions sur la réplication cellulaire des levures, le lien entre télomérase et cancer chez l’homme, ainsi que la circonférence moyenne du tronc de Jacques Chaban-Delmas. Ce dernier point est faux, mais on aurait pu légitimement me poser la question.

Ça prendra du temps, de l’énergie, et tu auras la dégueulasse impression de bosser dans le vent la majorité du temps. Mais quand la lecture d’un article totalement éloigné de ton sujet te sauveras les miches le jour J, n’oublies pas de remercier tes sauveurs, Bactoche et Cigogneau ! !

« Je dois vraiment TOUT lire ?? « 

Présenter son oral devant un maximum de personnes, un maximum de fois

Ce point est d’une logique implacable, et pourtant je me dois de le mettre, sinon je n’aurais jamais eu 5 points dans ce guide. Vous auriez ainsi pu porter plainte pour publicité mensongère, j’aurais perdu mon procès car le seul avocat que je connaisse est un fruit à la chaire verte, et j’aurais tout perdu, la gloire, la beauté, la fortune…. En gros ça n’aurait pas changé grand chose à ma vie actuelle.

Présenter ton oral devant un maximum de personnes présente plusieurs avantages. Tout d’abord, tu multiplies mathématiquement les chances d’avoir des questions intéressantes qui tombent, ce qui est plus ou moins le but recherché lorsqu’on prépare un concours quelconque. Sauf pour le concours du plus gros connard de la Terre, vu qu’il est gagné chaque année par le désormais fameux « voleur de bouffe de frigo« … JE SAIS QUE C’EST TOI JEAN-GERTRUDE, TU NE T’EN TIRERAS PAS COMME CA, LA CALOTTE DE TES MORTS, JE TE PROMETS TU VAS CREVER !!!

« LA CERVELLE DE VOS MORTS !! ÉCOUTE CES SAGES CONSEILS DE VOS MORTS !! LA CALOTTE DE VOS MORTS !! »

Au delà du nombre de personnes présentes, tâche de vin faire des oraux blancs un maximum de fois, dans un maximum de conditions différentes : le froid, le chaud, le tiède, devant des gens gentils que tu connais, des gens méchants que tu connais pas, des thésards, des post-doctorants, des chômeurs (aussi appelés post-post-doctorants), en étant fatigué, en étant en forme (de rond, de carré ou autre) … Tu seras ainsi paré pour toute éventualité le jour J. Normalement, en faisant cela, tu auras été confronté à un nombre conséquent de questions et réflexions en tout genre, augmentant ainsi les chances de retrouver ces mêmes questions ou remarques le jour de l’exécution !

Présenter son oral au moins une fois devant quelqu’un de naïf (voire de con)

On ne vénère pas assez la valeur qu’à le con dans notre société. Il peut, au choix, faire rire, surprendre, faire réfléchir, énerver, mais en tout cas, laisse rarement indifférent. Imagine le français moyen. Il est con. Et bah imagine qu’à peu près la moitié des français est plus conne que lui. Ce qui veut dire que tu as globalement de bonne chance de trouver un con pour lui faire ta présentation !

« Mais pourquoi il me conseille ça le con ? Il est con ce con, ou bien ? » te demandes-tu probablement, con/conne que tu es. Et bah déjà pour commencer, au cas où tu ne l’aurais pas encore remarqué, je suis effectivement très con, mais passons. Les meilleures questions viennent des gens qui ne connaissent rien à ton sujet, autrement dit des gens naïfs, autrement dit, vous l’avez deviné, des cons. Eux seuls seront capable de te poser des questions totalement incongrues, à la limite du hors-sujet. Tu sais, ce genre de questions qui te mettent dans l’embarras, et qui laisse un long silence gênant s’installer dans l’assemblée, mortifiée qu’elle est par l’idée qu’on puisse poser si conne question. En temps normal, ce genre de question amène une réponse de type « je botte en touche » et tout le monde passe à autre chose. Sauf que pour l’ED, « passer à autre chose » équivaut à « je ne réponds pas à la question », ce qui équivaut à « tiens je vais me pendre tout de suite, ça me fera gagner du temps, quelqu’un a une corde dans le jury ? ».

Le jury à l’ED est naïf vis-à-vis de ton sujet, et donc, les gens qui pourront te préparer aux mêmes questions seront des gens de base naïfs, voire cons. CQFD, félicitations du jury, acquitté, Prix Nobel de la Paix, La vie d’Adèle en 3D et Couscous végétarien.

Exemple de question type à l’ED. Oui, dans sa situation, tu serais obligé de répondre…

L’art de la répartie, ou comment s’en sortir quand on est dans la merde jusqu’au cou

Lors de ton oral, arrivera un moment où tu vas être coincé par une question. Qu’importe le nombre d’heures passées à potasser tes vieux cours, à lire des livres indigestes aux titres ridiculement longs, qu’importe le nombre de litres de sueurs et de larmes que tu auras dépensé à la banque du Savoir, tu seras bloqué par une question d’un des membres du jury à un moment donné. Ce n’est pas dramatique, en partant du principe que tu n’as pas la science infuse et que toute la connaissance humaine n’est pas en ta possession, on peut légitimement se dire que c’est normal. Mais attention, deux remarques à ce sujet. La première est qu’il faut se faire coincer le plus loin possible dans les questions. Pour un candidat qui bloque à la 50ème question sur le lien entre consommation d’alcool et cancer, alors que son sujet de M2 porte sur la conjoncture économique du Sud-Soudan, tout le monde comprendra et verra que la limite de connaissance du bonhomme est lointaine, et que donc c’est cool. On ne demandera jamais à un candidat de tout savoir, on lui demandera de savoir assez pour comprendre comment son sujet s’inscrit dans un schéma plus large de savoir tout en y apportant un regard critique, c’est tout !

Par contre, perdre le contrôle de ses sphincters dès la première question (qui est généralement : « Bonjour, comment vous appelez-vous ? ») et répondre à côté de la plaque, c’est l’assurance de très TRÈS mal commencer son oral (le deuxième « très » en majuscule sert à marquer l’importance du mot, comme précédemment, on reste cohérent, tout va bien). Je ne donne pas cher de la peau du gugusse qui se plante aux questions de bases, généralement les 3 premières. Dis-toi que le jury cherche également à écarter facilement certains candidats, afin de rendre le classement final plus facile à faire. Ne leur mâche pas le travail en t’urinant dessus dès qu’on te demande d’expliquer un mot dans le titre de ta présentation.

« Je m’appelle Jean-Rachid…. A NON, NON MERDE, C’EST RENÉ-FRANÇOIS PUTAIN !! »

Deuxième remarque : ce qui peut jouer c’est la manière de gérer le blocage. A une question type, disons « Ta mère sent-elle mauvais des coudes ? » tu as concrètement deux manières de réagir. La première consiste à dire quelque chose dans le genre « Je ne peux pas répondre, je n »ai pas senti les coudes de ma mère depuis 1991, désolé ! ». Cette réponse est acceptable, mais n’est pas la meilleure qu’on puisse donner. L’idée est de réagir en ayant un maximum de répartie, non pas pour répondre à la question qui est de toute manière impossible, mais de prouver que vous savez réfléchir comme il faut. En gros, une super réponse serait : « Je ne peux malheureusement pas répondre à cela, car je ne l’ai pas senti dernièrement et que la thématique est tout de même TRÈS éloignée de mon domaine de recherche, mais on peut émettre l’hypothèse que ma mère sent des coudes, car c’est une truie de 4 m de haut qui vit dans la vase et se nourrit de viande de raton-laveurs ». Voila, tu ne réponds pas à la question clairement, mais tu réfléchis, et c’est ça que l’ED veut, sélectionner des mecs qui réfléchissent. Ou en tout cas, qui savent faire semblant.

La théorie de la relativité absolue

LA VIE NE S’ARRÊTE PAS A L’ED ! Quoiqu’il puisse t’arriver, ce n’est pas grave ! Apprendre à relativiser est le meilleur des conseils qu’on puisse te donner dans cet article. Vous n’avez pas été sélectionné pour passer l’oral ? C’est pas grave, vous vous battrez pour avoir une thèse de toute manière, ça sera plus long que prévu mais comme ça vous pourrez monter le projet de vos rêves, et où vous voulez !!! Vous avez foiré l’oral ? Tant pis ! L’expérience que vous en tirerez vous aidera pour plus tard, et vous décrocherez une thèse si vous le voulez, il vous faudra juste du temps et de l’énergie mais vous en avez !!! Nous connaissons des dizaines d’exemples (bon allez, disons 3 gars) qui on raté l’ED mais qui on fini en thèse d’une manière ou d’une autre, parce que ces gens savaient qu’ils étaient fait pour ça. Si tu es fait pour ça, la question ne se pose même pas, tu l’auras. Il te faudra plus de temps que les gens qui passent l’ED, mais tu l’auras !

Et pareil, réussir son école doctorale ne t’épargnera pas une thèse horrible et énormément de désillusions (ce blog en est la preuve vivante). Bats-toi comme un lion, mais n’oublie pas que ce n’est qu’un concours. Le rater ne fait pas de toi un minable, et le réussir ne fait pas de toi un Dieu. Au mieux, quelqu’un qui se cassera un peu moins la tête. Mais à la fin, nous nous retrouverons tous ensemble, main dans la main, à la machine à café de Pôle Emploi, le regard dans le vide, remettant en cause l’ensemble des choix que nous avons pu faire au cours de nos tristes vies et qui nous auront conduit à ce funeste destin.

Et pour finir en motivant tout le monde, je dirais ceci : AU DIABLE LES DIATRIBES DES IMPUISSANTS, MES FRÈRES ET SŒURS !! Mieux vaut une vie de galérien fait de petit bonheurs simples qu’une vie paisible de mouton dans les verts pâturages de la finance, le froc baissé devant le premier supérieur hiérarchique venu ! Osez être passionnés !! Osez choisir les voies les plus difficiles, si elles vous permettent d’acquérir ce que vous désirez au plus profond de vous, si elles suivent vos principes sans jamais les trahir, sans jamais faire de compromis !! Nous mourrons probablement tristes et misérables, mais nous mourrons la conscience tranquille, le cœur léger d’avoir essayer d’apporter notre pierre à l’édifice ! Que meurent les lâches et les pleutres sous le poids de leurs propres peurs de suivre ce que leur dictent leurs cœurs! Que vivent les courageux, ni forcément savants ni complètement imbéciles, mais juste honnêtes envers eux-mêmes, car ce sont eux qui font de ce monde un belle endroit où vivre !

2 Commentaires

Classé dans Intralab