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Le gouvernement va enterrer le Doctorat, mais il pleut et y a l’Euro alors ça va on s’en fout

par Arnaud


Vous saviez que lorsque vous allez sur le site de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, section « Doctorat », la dernière actualité en tête d’affiche date du 12 février 2015 ? Et qu’on nous parle de la finale du concours Ma Thèse en 180 Secondes… de 2014 ? C’est à croire que les rédacteurs d’OSAG ont inspiré le ministère sur le quota de productivité, que la notion d’actualité a été réformée sans que je ne sois mis au courant, ou bien que ledit ministère s’en bat les couilles du doctorat.

Oh, je crois que je connais la réponse.

Salut à tous ! C’est Arnaud, vous êtes sur le blog qui réussit à faire plus de visites en un an sans articles que lorsqu’il était alimenté régulièrement, et alors que j’avais en projets depuis plusieurs semaines – que dis-je, des mois – d’écrire par ici pour vous montrer que non, la thèse ne nous avait pas conduit, Emilio et moi-même, au suicide, voilà que j’ai trouvé une bonne raison de venir poser quelques lignes sur l’internet. Et pour ne pas changer, on va râler !

Vous n’êtes pas sans savoir que le prestige universitaire en France, c’est pas vraiment ça. Alors que l’Université est censée délivrer le plus haut diplôme qui soit dans le pays, le doctorat, ce dernier n’est pas vraiment reconnu en France, en dehors du domaine universitaire. Un problème ciblé et critiqué qui pose problème surtout car, à l’heure actuelle où les places sont de plus en plus restreintes dans les laboratoires de recherche en tous genres, la reconversion est difficile chez les entreprises car celles-ci préfèrent embaucher des ingénieurs parce que a) avoir un Bac +8/9 c’est trop de sur-qualification et b) le prestige des écoles d’ingénieurs vendu par nos chers représentants de là-haut, dans leur tour d’ivoire. Ces mêmes personnes qui s’amusent à faire des réformes à tout va depuis quelques années (l’autonomie des universités) tout en sabrant dans les postes disponibles (comme c’est le cas partout dans le domaine public), etc etc. Autant dire que l’avenir pour les doctorants et docteurs n’a jamais été très reluisant et que l’attractivité même du doctorat, des fois, vaux mieux ne pas chercher à l’expliquer. Je me rappelle très bien en 2012, lorsqu’on avait décroché notre contrat de thèse, on en rigolait en se disant qu’on serait sous-payés puis qu’on finirait au chômage. Et ce qui s’apparentait à une bonne blague grasse tirée entre deux vomis au cours d’une soirée bien trop arrosée se rapproche maintenant d’une réalité bien trop proche qu’on a pas forcément envie d’embrasser.

Mais le karma ça existe malgré tout, et la situation amusante est que, à l’étranger, le doctorat (ou PhD) est un diplôme très bien reconnu, ce qui permet d’avoir une certaine attractivité pour les laboratoires, certes, mais aussi les entreprises, qui connaissent ce diplôme et ce qu’il sous entend. Pour ça que l’on parle souvent d’exode des cerveaux : les personnes intelligentes fuient la France et il n’y a qu’à regarder le classement des meilleures ventes de livre pour s’en rendre compte (non parce qu’avoir 50 nuances de Grey et Guillaume Musso sur le podium, c’est quand même révélateur de quelque chose, hein). Oh la la, veuillez me pardonner pour cet écart condescendant d’intellectuelo-élitiste. Même si j’ai raison, et que vous le savez. Le truc rigolo, donc, c’est que les diplômes d’ingénieurs, qui sont si prisés par nos entreprises françaises, ont beaucoup plus de mal à s’affirmer, apparemment, à l’étranger. L’inverse du doctorat, donc, ce qui en soi mène vers un certain équilibre. La situation reste injuste (parce que je vois pas en quoi pour un même poste il faudrait privilégier le type qui sort d’une école d’Ing’ à un autre qui vient de passer un doctorat… et vice-versa, également !) et source d’une opposition assez farouche entre ces deux écoles, qui véhiculent des façons de penser complètement différentes et qui devraient, en vérité, se compléter au lieu de s’opposer. Je dirais pas qu’il n’y a pas d’avancées dans ce domaine d’ailleurs, mais je ne me sens pas assez renseigné là dessus pour m’avancer.

Du coup, j’en reviens au gouvernement et au culte de l’élitisme à double-vitesse. Apparemment ça a l’air de poser problème que les ingénieurs ne soient pas reconnus aussi bien à l’étranger que chez eux (les pauvres, ils ne sont pas obligés de s’expatrier pour avoir du travail ? C’est ça le raisonnement ?) et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a sorti un arrêté le 25 mai dernier pour réformer le Doctorat en tant que tel, dans un but de le revaloriser (ça, c’était la lettre d’intention) – sauf que lorsqu’on lit la chose, on se demande où se trouve la re-valorisation.


Najat

Le point qui fait le plus polémique c’est l’inscription au doctorat. Normalement réservée à des personnes titulaires d’un Master (Recherche), elle se fait sous la base d’une expérience du jeune diplômé de ce qu’est la recherche, en passant également par l’obtention d’un financement (en Sciences dures, du moins) et un accord avec un Directeur de Thèse et son laboratoire, ainsi que l’Ecole Doctorale à laquelle il est rattaché. Bah maintenant ils veulent changer ça, en autorisant l’inscription en doctorat par quiconque aura un dossier de Validation des Acquis par l’Expérience suffisant (VAE) – ouvrant donc la porte, c’est là qu’on y vient, aux diplômes des Grandes Ecoles.

Alors au début j’ai lu quelques articles d’opinions là-dessus, et j’ai vu quelques raccourcis auxquels j’ai cru, comme quoi le titre de Docteur allait être « donné » à des personnes qui n’auraient qu’à monter leur dossier de VAE, sans passer par la vraie case Doctorat (avec ce que ça implique : la rédaction d’une thèse après 3 ans de travail de recherche). Apparemment, c’est ce qui était réellement prévu au début par le texte de loi, mais ce n’est pas passé parce qu’il y a quand même encore un peu de limite dans le foutage de gueule. Mais j’ai quand même énormément de mal à comprendre l’intérêt de la chose. Que je sache, le M2 Recherche se sanctionne par un stage en laboratoire, avec une réelle appréciation du travail de recherche, et je ne suis pas sûr que c’est ce qui soit enseigné en école d’Ing. Alors il faut savoir comment la réforme peut s’effectuer concrètement. Dans le VAE, le E signifie expérience. Donc je suppose qu’il faudrait effectivement avoir une expérience plus ou moins importante (au moins quelques mois dans un labo ?) pour pouvoir ensuite prétendre à faire un doctorat. Dans ce cas, à la limite. Par contre si c’est faire un dossier en sortant de son école et passer comme ça en doctorat, laissez moi vous dire en toute courtoisie : gné ?

Valls

Le problème c’est pas de vouloir protéger une quelconque sacro-sainte institution universitaire, parce que ouais, en fonction des universités, le doctorat a aussi des raisons de pas être aussi reluisant qu’on aimerait – je crois vraiment qu’à Strasbourg on a de la chance de ce côté là. Mais est-ce que les types qui écrivent ces réformes réfléchissent ne serait-ce qu’une minute à leurs textes ? Dans l’hypothèse ou le dossier de VAE permet tout seul de pouvoir s’inscrire en doctorat, qu’est-ce qui justifiera alors de faire un Master ? Puisque de toute façon on pourra aller faire une thèse en passant par un autre diplôme qui déjà à lui tout seul t’ouvres bien plus de portes dans ton pays que ce à quoi tu aspires. Est-ce que, à l’inverse, on propose de faire de la VAE aux docteurs pour avoir un diplôme d’ingénieur ? Non ? Alors pourquoi ça serait acceptable de le faire dans l’autre sens ? Et je trouve même cette proposition quasi absurde, dans le sens que si le type sort d’une école d’ing’, il n’aura pas du tout acquis la démarche universitaire qu’on demande pour faire un travail de thèse. Quel intérêt alors pour le laboratoire ? Il ne le prendra jamais ! Je ne comprends pas cette volonté de vouloir « skipper » le M2 pour pouvoir s’inscrire en doctorat sans avoir connaissance de ce qu’est le domaine de la recherche. En plus d’être dangereux pour l’attractivité des Masters (heureusement qu’il y aura toujours l’argument financier pour contrebalancer tout ça), c’est une mesure qui dévalorise le Doctorat en permettant cette accessibilité, sur le papier du moins, à n’importe qui.

Ça fait partie de ce que plusieurs appellent de nos jours le règne de la médiocratie dans notre société, où tout doit être médiocre, c’est-à-dire dans un certain conformisme, un grand moule duquel personne ne peut s’extraire. Ça commence par le BAC qui est une vaste blague dont on parle chaque année, aux contrôles continus installés à l’Université, avec seconde session, et les semestres compensés pour être sûr que tout le monde puisse avoir des licences au rabais, puis maintenant on va sabrer les Masters et le doctorat puisqu’on aura même plus besoin d’aller à l’Université pour pouvoir y accéder. J’attends de voir ce que concrètement le gouvernement va faire avec ce texte, qui sera en application dès le 1er septembre prochain, mais j’ai quand même la sale impression que ceux qui nous gouvernent s’en battent les couilles d’une violence assez édifiante sur l’avenir de leur système Universitaire. J’espère vraiment qu’un jour ces guignols vont comprendre que la recherche c’est un moteur essentiel pour faire avancer un pays et qu’il faut la mettre en avant et lui donner des moyens au lieu de la plomber sous des notions de « productivité » ou de « compétitivité » qui n’ont absolument aucun sens quand on ne donne PAS de quoi être productif NI compétitif.

Alors si vous lisez ce papier, sachez également que je ne suis peut être pas le plus éclairé sur cette question et que je peux me tromper, ce pour quoi j’aimerai bien avoir une discussion là dessus. Si tant est que quelqu’un en ait quelque chose à foutre. Parce que l’absence d’articles sur ce blog exceptée, j’ai quand même l’impression que la priorité en ce moment – et depuis longtemps – c’est pas le devenir du secteur Universitaire en France. Apparemment, la pluie, le beau temps, et des mecs qui courent après un ballon, c’est plus intéressant.

P’tet que la solution c’est d’aller monter un dossier de VAE pour devenir footballeur professionnel. En fait.

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