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« Et ta mère, elle sent des coudes ? » – Guide pour réussir à coup sûr son concours de l’Ecole doctorale

par Emilio

Il arrive dans la vie de chaque Homme des petits moments d’insouciance et d’allégresse pure qui le font plonger des abîmes les plus noires de l’esprit vers les vertes prairies du bonheur. Même si ces instants sont courts, quasiment insaisissables, ils équilibrent notre quotidien et nous permettent d’avancer un peu plus vers l’étape d’après, un jour après l’autre. Et le soir, blottis dans nos draps tels des larves d’un insecte que nous ne deviendront jamais, nous repensons à ces éphémères images qui marquent encore un peu nos neurones avant que, las de nos journées par trop souvent longues et difficiles, Morphée nous appelle dans ces doux bras, caressant nos cheveux comme notre mère le faisait jadis. Il ne nous restera de cette plongée vers le sommeil que l’image du sourire d’une belle femme, le regard complice d’un frère, l’accolade d’une amie. Fragments aussitôt oubliés, partis en volutes multiples dans les méandres de la mémoires humaines, rangés on-ne-sait-où, quelques parts. Peut-être ressortiront-ils un jour, peut-être seront-ils perdus à jamais. Et ainsi, avec un jour de moins parmi les jours qu’ils nous restent à vivre, nous nous lèveront le lendemain matin, les images ayant disparus, l’impression de bien-être envolée. L’odeur du café brulant nous rappellera à notre dur labeur, et nous nous enfuirons en toute hâte vers un but inatteignable, remplis que nous sommes de notre fierté de croire que, oui peut-être, nous servons à quelque chose en ce bas-monde.


Il y concrètement deux choses que j’adore dans mon boulot : la bouffe gratuite qu’on peut aisément avoir sans trop se fouler (généralement, en allant à un colloque, en squattant les bureaux des sous-fifres stagiaires, en s’introduisant en douce dans la cuisine du resto U, en tapant au hasard dans le frigo commun,…), et aider les jeunes à devenir ce que je n’ai pas réussi à être au cours des 3 dernières années : un bon thésard. Et avant même de les aider à devenir de bons thésards, encore faudrait-il que ces abrutis jeunes pleins de promesses arrivent à décrocher une thèse, ce qui par les temps qui courent n’est pas chose aisée, vous en conviendrez.

Il existe plusieurs moyens plus ou moins officiels d’obtenir des financements pour une thèse. Ces financements, qu’importe leurs origines (Concours de l’école doctorale pour l’attribution des contrats doctoraux, des financements d’équipe ou de projet type ANR ou autres, prostitution) tournent en France généralement autour du même montant : environ 100 000 € pour 3 années de purs bonheurs et de réelles envies d’en finir avec sa pute de vie. C’est beaucoup, ok, mais ça reste 75 fois moins élevé que le revenu annuel de Dany Boon en 2012. Ce qui veut aussi dire que Dany Boon aurait pu financer 75 thèses au lieu de pourrir le cinéma français de l’intérieur, vampirisant les allocations du CNC afin de réaliser des chefs d’œuvre du type « Supercondriaque » ou « Rien à déclarer ». Rien à déclarer en France ça c’est certain vu que cet grosse merde « artiste », à l’aura et au génie incroyable vit à Londres et évite ainsi de payer des impôts qui permettraient de construire et de rénover des écoles chez nous, empêchant ainsi aux jeunes de comprendre pourquoi aller voir ses films constitue une violation du bon sens et du bon goût… (car oui chez OSAG on est aussi critiques ciné chez Télérama).

Capt_film

« GGGGEEEUUUUHHHHHH !!! JE SUIS REALISATEUR DE FILMS !!!!!! »

Mais comme Montparnasse, je m’égare, et il est grand temps de recentrer cet article qui est par ailleurs déjà bien long, comme cette phrase qui manque cruellement d’une fin logique et pertinente, plutôt qu’une suite interminable de mots et d’expressions convenues séparés par de ridicules virgules, à peine suffisantes pour reprendre son souffle dans cet amas informe à mi-chemin entre un discours absurde de notre cher premier ministre et des conditions générales de ventes d’un téléviseur Panasonic acheté à la va-vite au Darty du coin avec les gosses qui braillent dans la caisse et le ventre qui crie famine.

BREF, dans notre cas de figure à tout les deux (car oui nous sommes deux, Arnaud n’est pas mon ami imaginaire qui vit dans ma tête, vu que lui s’appelle Marc), nous avons réussi à financer nos thèses respectives via des contrats doctoraux, obtenus après avoir passé le concours de l’école doctorale (abrégé ED ici pour plus de facilité). L’ED en soit a été difficile pour nous deux, mais le déroulement exact d’un oral du concours n’est pas le but de l’article : premièrement car les modalités de cet oral dépendent de la Faculté qui l’organise (ça peut aller de 5 à 15 minutes, support ou pas, jurys de 10 à 50 personnes,etc.), et aussi parce qu’Arnaud a déjà écrit un magnifique article sur le déroulement d’une journée d’oraux de l’ED, et des modalités pour y arriver. Si c’est ce point précis qui vous intéresse, je vous renvoie à cet article avec la plus grande joie.

SI je prends la plume aujourd’hui, ou plutôt le clavier et la souris, c’est pour m’adresser à toi, jeune étudiant(e) en proie au doute, voyant venir avec la peur au ventre ce tant redouté concours. Que dois-je faire pour l’avoir ? Comment me préparer au mieux pour cette torture ? Il y a-t-il de bonnes choses à savoir afin d’y aller avec toutes les cartes en mains ? Pourquoi la dame est méchante à la garderie ? Tant de questionnements…. Tant de peurs… L’effroi te ronge de l’intérieur, t’empêche de dormir et de digérer correctement. Nous avons connu ça, ne t’inquiètes plus jeune Padawan, prends ma main et lis ces 5 conseils pour réussir à coup sûr ton ED (résultats non garantis, ne fonctionne pas dans les DOM-TOM, ne marche pas si on a mangé de la mayonnaise avant, déconseillés aux femmes enceintes et aux cardiaques):

Ne s’imposer aucune limite dans la recherche bibliographique en amont

Une des astuces est de se rendre compte le plus rapidement possible qu’on ne sait strictement rien de son sujet, ou très peu. « Comment ça ? » te dis-tu. Tu viens de passer ton oral de M2 et tu es fier de ton 15/20 décroché à la sueur de ton front ? BULLSHIT ! Ton rapport ne vaut rien, les gens qui t’ont jugé ont été sympa avec toi parce qu’ils voulaient que tu partes rapidement afin de ne plus voir ta gueule geignarde à longueur de journée. Combien à eu le moins bon de ta promo sur le stage de M2 ? 12 ? A l’ED, avoir 4/20 à l’oral est largement possible, et ça sera probablement ton cas si tu continues à ne pas me croire et à me remettre en question de la sorte…

Pour parler plus sérieusement, ton jury de M2 était très probablement composé de chercheurs et enseignant-chercheurs de ton laboratoire. Ils sont spécialisés dans ton domaine, connaissent par cœur ta thématique, et sont les plus à même de te poser des questions très pointus. Leur but est de tester tes connaissances, dans le cadre de ce que tu es censé savoir afin de sanctionner un bac+5 de qualité qui te permettra d’aller pointer avec fierté, le menton relevé et les épaules en arrière, à Pôle Emploi. Or, le jury de l’ED est composé de personnes issues de différents domaines et qui possèdent donc un ensemble de connaissances très, TRÈS large (le deuxième « très » en majuscule sert à marquer l’importance du mot).

Il te faudra donc tout lire. Oui, tout, comme dans « je dois vraiment remplir tout ce formulaire pour l’allocation chômage ? » ou encore « Oui vazy mets-moi tout ! Quoi, tu as déjà tout mis ? ». Aucun article ne sera assez éloigné de ton sujet, et tu devras a minima lire l’abstract et bien connaître les conclusions. Pour te donner une idée, ma thématique de M2 était la transmission des tailles de télomères chez les oiseaux, et on m’a posé des questions sur la réplication cellulaire des levures, le lien entre télomérase et cancer chez l’homme, ainsi que la circonférence moyenne du tronc de Jacques Chaban-Delmas. Ce dernier point est faux, mais on aurait pu légitimement me poser la question.

Ça prendra du temps, de l’énergie, et tu auras la dégueulasse impression de bosser dans le vent la majorité du temps. Mais quand la lecture d’un article totalement éloigné de ton sujet te sauveras les miches le jour J, n’oublies pas de remercier tes sauveurs, Bactoche et Cigogneau ! !

« Je dois vraiment TOUT lire ?? « 

Présenter son oral devant un maximum de personnes, un maximum de fois

Ce point est d’une logique implacable, et pourtant je me dois de le mettre, sinon je n’aurais jamais eu 5 points dans ce guide. Vous auriez ainsi pu porter plainte pour publicité mensongère, j’aurais perdu mon procès car le seul avocat que je connaisse est un fruit à la chaire verte, et j’aurais tout perdu, la gloire, la beauté, la fortune…. En gros ça n’aurait pas changé grand chose à ma vie actuelle.

Présenter ton oral devant un maximum de personnes présente plusieurs avantages. Tout d’abord, tu multiplies mathématiquement les chances d’avoir des questions intéressantes qui tombent, ce qui est plus ou moins le but recherché lorsqu’on prépare un concours quelconque. Sauf pour le concours du plus gros connard de la Terre, vu qu’il est gagné chaque année par le désormais fameux « voleur de bouffe de frigo« … JE SAIS QUE C’EST TOI JEAN-GERTRUDE, TU NE T’EN TIRERAS PAS COMME CA, LA CALOTTE DE TES MORTS, JE TE PROMETS TU VAS CREVER !!!

« LA CERVELLE DE VOS MORTS !! ÉCOUTE CES SAGES CONSEILS DE VOS MORTS !! LA CALOTTE DE VOS MORTS !! »

Au delà du nombre de personnes présentes, tâche de vin faire des oraux blancs un maximum de fois, dans un maximum de conditions différentes : le froid, le chaud, le tiède, devant des gens gentils que tu connais, des gens méchants que tu connais pas, des thésards, des post-doctorants, des chômeurs (aussi appelés post-post-doctorants), en étant fatigué, en étant en forme (de rond, de carré ou autre) … Tu seras ainsi paré pour toute éventualité le jour J. Normalement, en faisant cela, tu auras été confronté à un nombre conséquent de questions et réflexions en tout genre, augmentant ainsi les chances de retrouver ces mêmes questions ou remarques le jour de l’exécution !

Présenter son oral au moins une fois devant quelqu’un de naïf (voire de con)

On ne vénère pas assez la valeur qu’à le con dans notre société. Il peut, au choix, faire rire, surprendre, faire réfléchir, énerver, mais en tout cas, laisse rarement indifférent. Imagine le français moyen. Il est con. Et bah imagine qu’à peu près la moitié des français est plus conne que lui. Ce qui veut dire que tu as globalement de bonne chance de trouver un con pour lui faire ta présentation !

« Mais pourquoi il me conseille ça le con ? Il est con ce con, ou bien ? » te demandes-tu probablement, con/conne que tu es. Et bah déjà pour commencer, au cas où tu ne l’aurais pas encore remarqué, je suis effectivement très con, mais passons. Les meilleures questions viennent des gens qui ne connaissent rien à ton sujet, autrement dit des gens naïfs, autrement dit, vous l’avez deviné, des cons. Eux seuls seront capable de te poser des questions totalement incongrues, à la limite du hors-sujet. Tu sais, ce genre de questions qui te mettent dans l’embarras, et qui laisse un long silence gênant s’installer dans l’assemblée, mortifiée qu’elle est par l’idée qu’on puisse poser si conne question. En temps normal, ce genre de question amène une réponse de type « je botte en touche » et tout le monde passe à autre chose. Sauf que pour l’ED, « passer à autre chose » équivaut à « je ne réponds pas à la question », ce qui équivaut à « tiens je vais me pendre tout de suite, ça me fera gagner du temps, quelqu’un a une corde dans le jury ? ».

Le jury à l’ED est naïf vis-à-vis de ton sujet, et donc, les gens qui pourront te préparer aux mêmes questions seront des gens de base naïfs, voire cons. CQFD, félicitations du jury, acquitté, Prix Nobel de la Paix, La vie d’Adèle en 3D et Couscous végétarien.

Exemple de question type à l’ED. Oui, dans sa situation, tu serais obligé de répondre…

L’art de la répartie, ou comment s’en sortir quand on est dans la merde jusqu’au cou

Lors de ton oral, arrivera un moment où tu vas être coincé par une question. Qu’importe le nombre d’heures passées à potasser tes vieux cours, à lire des livres indigestes aux titres ridiculement longs, qu’importe le nombre de litres de sueurs et de larmes que tu auras dépensé à la banque du Savoir, tu seras bloqué par une question d’un des membres du jury à un moment donné. Ce n’est pas dramatique, en partant du principe que tu n’as pas la science infuse et que toute la connaissance humaine n’est pas en ta possession, on peut légitimement se dire que c’est normal. Mais attention, deux remarques à ce sujet. La première est qu’il faut se faire coincer le plus loin possible dans les questions. Pour un candidat qui bloque à la 50ème question sur le lien entre consommation d’alcool et cancer, alors que son sujet de M2 porte sur la conjoncture économique du Sud-Soudan, tout le monde comprendra et verra que la limite de connaissance du bonhomme est lointaine, et que donc c’est cool. On ne demandera jamais à un candidat de tout savoir, on lui demandera de savoir assez pour comprendre comment son sujet s’inscrit dans un schéma plus large de savoir tout en y apportant un regard critique, c’est tout !

Par contre, perdre le contrôle de ses sphincters dès la première question (qui est généralement : « Bonjour, comment vous appelez-vous ? ») et répondre à côté de la plaque, c’est l’assurance de très TRÈS mal commencer son oral (le deuxième « très » en majuscule sert à marquer l’importance du mot, comme précédemment, on reste cohérent, tout va bien). Je ne donne pas cher de la peau du gugusse qui se plante aux questions de bases, généralement les 3 premières. Dis-toi que le jury cherche également à écarter facilement certains candidats, afin de rendre le classement final plus facile à faire. Ne leur mâche pas le travail en t’urinant dessus dès qu’on te demande d’expliquer un mot dans le titre de ta présentation.

« Je m’appelle Jean-Rachid…. A NON, NON MERDE, C’EST RENÉ-FRANÇOIS PUTAIN !! »

Deuxième remarque : ce qui peut jouer c’est la manière de gérer le blocage. A une question type, disons « Ta mère sent-elle mauvais des coudes ? » tu as concrètement deux manières de réagir. La première consiste à dire quelque chose dans le genre « Je ne peux pas répondre, je n »ai pas senti les coudes de ma mère depuis 1991, désolé ! ». Cette réponse est acceptable, mais n’est pas la meilleure qu’on puisse donner. L’idée est de réagir en ayant un maximum de répartie, non pas pour répondre à la question qui est de toute manière impossible, mais de prouver que vous savez réfléchir comme il faut. En gros, une super réponse serait : « Je ne peux malheureusement pas répondre à cela, car je ne l’ai pas senti dernièrement et que la thématique est tout de même TRÈS éloignée de mon domaine de recherche, mais on peut émettre l’hypothèse que ma mère sent des coudes, car c’est une truie de 4 m de haut qui vit dans la vase et se nourrit de viande de raton-laveurs ». Voila, tu ne réponds pas à la question clairement, mais tu réfléchis, et c’est ça que l’ED veut, sélectionner des mecs qui réfléchissent. Ou en tout cas, qui savent faire semblant.

La théorie de la relativité absolue

LA VIE NE S’ARRÊTE PAS A L’ED ! Quoiqu’il puisse t’arriver, ce n’est pas grave ! Apprendre à relativiser est le meilleur des conseils qu’on puisse te donner dans cet article. Vous n’avez pas été sélectionné pour passer l’oral ? C’est pas grave, vous vous battrez pour avoir une thèse de toute manière, ça sera plus long que prévu mais comme ça vous pourrez monter le projet de vos rêves, et où vous voulez !!! Vous avez foiré l’oral ? Tant pis ! L’expérience que vous en tirerez vous aidera pour plus tard, et vous décrocherez une thèse si vous le voulez, il vous faudra juste du temps et de l’énergie mais vous en avez !!! Nous connaissons des dizaines d’exemples (bon allez, disons 3 gars) qui on raté l’ED mais qui on fini en thèse d’une manière ou d’une autre, parce que ces gens savaient qu’ils étaient fait pour ça. Si tu es fait pour ça, la question ne se pose même pas, tu l’auras. Il te faudra plus de temps que les gens qui passent l’ED, mais tu l’auras !

Et pareil, réussir son école doctorale ne t’épargnera pas une thèse horrible et énormément de désillusions (ce blog en est la preuve vivante). Bats-toi comme un lion, mais n’oublie pas que ce n’est qu’un concours. Le rater ne fait pas de toi un minable, et le réussir ne fait pas de toi un Dieu. Au mieux, quelqu’un qui se cassera un peu moins la tête. Mais à la fin, nous nous retrouverons tous ensemble, main dans la main, à la machine à café de Pôle Emploi, le regard dans le vide, remettant en cause l’ensemble des choix que nous avons pu faire au cours de nos tristes vies et qui nous auront conduit à ce funeste destin.

Et pour finir en motivant tout le monde, je dirais ceci : AU DIABLE LES DIATRIBES DES IMPUISSANTS, MES FRÈRES ET SŒURS !! Mieux vaut une vie de galérien fait de petit bonheurs simples qu’une vie paisible de mouton dans les verts pâturages de la finance, le froc baissé devant le premier supérieur hiérarchique venu ! Osez être passionnés !! Osez choisir les voies les plus difficiles, si elles vous permettent d’acquérir ce que vous désirez au plus profond de vous, si elles suivent vos principes sans jamais les trahir, sans jamais faire de compromis !! Nous mourrons probablement tristes et misérables, mais nous mourrons la conscience tranquille, le cœur léger d’avoir essayer d’apporter notre pierre à l’édifice ! Que meurent les lâches et les pleutres sous le poids de leurs propres peurs de suivre ce que leur dictent leurs cœurs! Que vivent les courageux, ni forcément savants ni complètement imbéciles, mais juste honnêtes envers eux-mêmes, car ce sont eux qui font de ce monde un belle endroit où vivre !

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[Guest] Bref, je me suis lancée dans l’organisation de la journée de l’école doctorale.

La célèbre rubrique « Guest » de notre blog fait son grand retour ! Et avec une invitée qui n’est pas vraiment nouvelle puisqu’elle avait déjà eu la joie, que dis-je, l’immense plaisir d’écrire chez OSAG en Octobre dernier ; je veux bien entendue parler de Delphine « Je suis passionnée de moustiques et de parasites dégueux ». Cette fois-ci, elle nous raconte comment elle s’est lancée dans une aventure des plus rocambolesques, que peu auraient osé faire… Mais cessons de suite le teasing, place au récit !

***

Pfiouuu. Par où commencer… Peut-être par le mail de notre école doctorale (l’ED, comme on dit par chez nous) 414 de Strasbourg, celle des Sciences de la vie et de la Santé (ça sonne bien, hein ^^). Fin Novembre à la louche donc, je reçois ce mail comme tous les autres doctorants de l’ED 414 faisant un appel à candidature pour organiser la dite journée, avec une tripotée d’heures validées à la clé. Hm hm… Allez. Pourquoi pas. Je réponds au mail.

« Ouais, grave, j’ai joyeusement envie de me lancer dans l’organisation d’un truc qui me dépasse complètement. »

Bien. Première réunion en Décembre, avec le D-day de l’ED-day prévu le 19 Février. Avec les vacances de Noël / nouvel an au milieu, histoire de nous pourrir avec personne de disponible et tout et tout. On n’est pas toutes présentes à notre première réunion, du coup c’est déjà un peu relou. Ah oui parce que l’organisation est une affaire de filles apparemment (*toussote*). L’organisation de l’ED day reposait sur les frêles épaules de 5 autres doctorantes et moi-même, du même Institut ou pas du tout, coachées par un chercheur, Luc, et un personnel de l’ED qui nous a aidées à gérer le budget, Mélanie.

Au fur et à mesure des réunions, les personnalités des nanas de la dream team se dévoilent. Celle-ci est discrète et suggère ses idées avec tact et subtilité. Celle-là y va franco mais ça passe. Une autre suggère des trucs nuls mais on arrive à lui dire qu’on n’y croit pas un seul instant. Cette meuf est grave chiante, elle peut avoir raison par moments et je l’en remercie, mais merde il y a une façon de faire et de dire les choses quoi… Et là je réalise à quel point ce n’est pas uniquement une formation qui nous teache comment organiser un mini-congrès, mais aussi à travailler en équipe avec des gens qu’on ne connaît absolument pas.

« Quand quelqu’une propose que l’on vienne toutes à la journée en mode brushing, robe et talons. »

Mais donc en fait c’est quoi l’ED day ? Alors le but, c’est de réunir les doctorants travaillant vaguement sur le même thème (Vie et Santé, ce qui est super méga large) pendant une journée qu’on espère assez cool, au collège doctoral européen. La majorité du planning de la journée est consacrée aux travaux des doctorants eux-mêmes avec monologue sur leurs projets et questions pour finir en beauté, mais pas que. Il y aussi les pauses café (« coffee break », pour faire plus classe), pause avenir, pause manger et pause pipi. Je ne m’étendrai pas particulièrement sur la pause pipi, bien qu’elle soit bénéfique.

ð  La pause café : alors là j’ai pas grand-chose à dire car ce n’était pas compris dans mes fonctions principales de la journée. Next.

ð  La pause manger : un sacré flou artistique, mais comme c’est difficilement imaginable. Laissez-moi vous expliquer. Dans les mails savamment écrits et validés avant envoi aux doctorants, il était précisé que l’inscription à la journée devait se faire en deux fois. EN DEUX FOIS, parce que deux, c’est mieux que un. Non bon en vrai c’était juste pour un souci de logistique, une première inscription devant se faire sur le site de l’ED lui-même puisque des heures de formation sont validées, mais aussi par mail. Eh oui, parce que nous autres gueuses organisatrices, n’avons bien sûr pas accès aux inscriptions enregistrées par le dit site de l’ED. Alors OK, s’inscrire deux fois c’est relou, mais c’est pas la mort non plus. Ça prend 10 secondes de plus. Et à l’époque, nous n’en étions pas conscientes, mais cela allait être à la source d’un terrible moment de discorde lors de l’ED day, que je vous dévoile maintenant en pondant ce pavé : nous sommes mardi, 18h30, et il faut être fin prête pour le lendemain, et en tant qu’une des responsables des badges nominatifs des participants, je réalise un truc affreux, en questionnant Mélanie. Mais vraiment. Trente. Oui, trente personnes ne se sont inscrites que sur le site de l’ED, dont nous ignorions donc l’existence, même à l’état de cellule-œuf. Ce qui implique que je suis censée mourir d’envie de lancer à l’arrache l’impression de trente nouveaux badges pour le lendemain, avec tout plein de mésaventures.

Genre : c’est quoi ça, son nom ou son prénom ? Mais il s’est inscrit au buffet ou pas ? Lui il voulait faire un oral mais on a jamais reçu son abstract !!! C’est vraiment ça son prénom ou ya une faute de frappe ? Et merde, j’ai lancé les impressions des badges de (excusez-moi, mais j’étais vraiment stressée) ces handicapés dans le mauvais sens. Et le pire, c’est qu’on nous l’a reproché : « pourquoi mon nom est sur le côté ? Le support est fait pour un papier en portrait et mon prénom est en paysage, ça ne me plaît pas. » Bah ouais bah c’est la vie, t’avais qu’à apprendre à lire toutes les phrases du mail et gérer ton inscription correctement ma grande. Du coup le truc qui le fait pas, c’est qu’on (voilà, on y vient, au flou artistique annoncé) se retrouve avec un buffet loin d’être assez garni puisque nous étions bien plus nombreux que prévu. On nous l’a fait remarquer, et même si c’était chiant alors qu’on a passé plein de temps et d’énergie à organiser ce truc, j’étais bien d’accord que ne pas manger à sa faim, c’est pas cool.

Il semblerait qu’un buffet prévu pour 70 personnes ne suffise pas pour 100.

Je me suis moi-même sacrifiée pour laisser un bout de pain surprise à une personne mal inscrite… Haha, non en fait c’était un choix purement égoïste afin d’éviter une éventuelle allergie alimentaire pustuleuse, parce que quand même, j’allais pas me permettre d’être plus moche que mes cernes alors que j’avais un joli badge bleu = couleur de l’équipe organisatrice.

ð  La pause avenir : articulée autour de trois moments dans la journée. Il y a eu d’abord l’intervention de différentes associations d’étudiants doctorants pour les renseigner sur euh ben je sais pas trop, vu que j’étais responsable de l’animation « speed-dating scientifique » en parallèle… Ensuite, sur les conseils de différents collègues THESARDS, j’ai invité un monsieur pour une conférence de 45 minutes basée sur sa propre expérience dans la recherche publique et privée. Super sympa, accessible, ouvert, c’était un plaisir d’échanger avec ce cher Karl (« Luck happens to people who deserve it », m’a-t-il dit…). Enfin, la table ronde. Le principe étant d’inviter cinq docteurs ayant étudié en France (histoire de se projeter plus facilement dans leur parcours), ayant des carrières complètement différentes, venus pour en parler et répondre aux questions à ces ignorants de doctorants venus là parce qu’il y avait de la lumière. Et c’est là que j’ai été ravie d’avoir étendu mon réseau de diverses façons, notamment pour inviter Fafa, rencontré au ski et bossant à présent pour une boîte privée, mais aussi Muriel qui elle est secrétaire administrative d’un important institut de recherche.

FLASHBACK. Nous avons eu beaucoup plus de demandes pour des présentations orales que de créneaux humainement possibles à caser en une journée. Nous avons donc dû lire les abstracts (ndlr : les résumés des projets de chacun), plus ou moins diagonalement, pour sélectionner les meilleurs… Les meilleurs, mais aaaaah ça veut dire quoi nondidjou ? Comment je juge la pertinence de l’étude du type qui bosse sur l’impact du déplacement des mouches à merde en Amazonie du Sud sur si oui ou non, j’ose me servir de l’eau dégueu du robinet dans une flûte en guise de p’tit dèj un lundi matin par temps nuageux ? Chaud. Tiens, elle elle a un prénom cool. On fait style on évite de prendre des gens qui viennent tous du même Institut ? La parité, on s’en fout ou pas ? D’ailleurs, cette personne avec un prénom qui n’existe pas, c’est un mec ou une nana ? Ooooh, il bosse sur des petits rongeurs tout choupinous d’après Google Images, ça me tente bien. Haha, une molécule qui s’appelle kiss. Et lui, son abstract est cool mais il a mis 750 mots plutôt que les 150 autorisés, abusé non ? Pis alors elle, elle réclame de passer le matin, tu veux que je te fasse ton diaporama enroulée dans du jambon aussi ?

Parfois, même un doctorant en neuro aurait mieux rédigé un abstract que les proses qu’on a osé nous envoyer, comme un poney qu’on enverrait sur un champ de bataille sanglant.

Alors on a aussi eu le type qui est déjà docteur mais qui veut présenter, la meuf qui n’a rien compris et nous demande de valider un sujet de thèse… On a aussi le gars qui réclame de participer alors qu’il envoie son abstract MOCHE le lendemain du choix des heureux élus… *soupir en souriant et levant les yeux au ciel*

Vous avez saisi.

Pour rendre tout cela (encore plus) follement excitant, on a demandé à la foule en délire (comprenez le public, les gens venus en touristes pour regarder les présentations orales et écouter les posters, juste pour manger pas beaucoup et gratuitement) de voter pour leur oral et leur poster préféré. On a mis la remise des cadeaux le plus tard possible pour motiver les gens à rester un peu. Oui je sais, c’est très lâche, mais quand on organise un truc, on veut que les gens y soient. Les deux premiers oraux et les deux premiers posters ont eu des sous, les troisièmes une médaille en chocolat. J’ai eu les échos d’un participant mécontent qui se sentait comme une merde de ne rien avoir gagné… Le pauvre. La vie est vraiment trop cruelle, elle n’est rock’n roll que pour les autres. Demain est un autre jour, mon grand.

En conclusion, j’attends avec impatience le mail quémandant des gens assez suicidaires pour se lancer dans l’organisation de la prochaine ED day. C’était une expérience géniale, chronophage, avec des moments où on se dit qu’on aurait mieux fait de se casser le coccyx plutôt que de voir qu’on avait reçu un mail… J’ai rencontré plein de gens intéressants, des gens chiants, des gens qui avaient faim, des gens tatoués, et même des gens avec des caméras (cf le lien bonus vers le mini reportage de la journée de tous les dangers) ! Bref, un peu de tout, et il faut de tout pour faire un monde, comme dit ma grand-mère.

Mission cent millions de vues !!! C’est par là –> http://utv.u-strasbg.fr/video.php?id_video=428

Delphine

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J’ai passé le concours de l’Ecole Doctorale une seconde fois

[Flashback]

Le soleil brille de mille feux sur cette terre magnifique qu’est l’Alsace (on a rarement vu plus belle contrée en France ou partout ailleurs dans le monde) et c’est d’un pas peu assuré qu’un jeune garçon, l’air d’avoir quatorze ans, et fringué comme s’il allait à sa première communion, pousse la porte d’une grande bâtisse à la façade de verre et qui porte l’inscription « Collège Doctoral Européen ». À l’intérieur, la chaleur est étouffante ; une goutte de sueur perle d’une mèche de cheveux, et le jeune homme troquerait bien sa chemise et son pantalon contre un short de bain et une casquette Bob l’éponge. Seulement, l’heure n’est pas aux plaisanteries. Face à lui, dans l’immense hall baigné d’une lumière vive, se tient une porte fermée. Il entends quelques éclats de voix, enjoués pour certains, apeurés pour une autre voix, qui bientôt se tait. Silence de mort. Puis la porte s’ouvre. Une jeune femme en sort, les larmes aux yeux, sa robe déchirée, les cheveux défaits, et se traînant à l’aide d’une béquille ; et pour cause, sa jambe droite est cassée nette, et n’est plus qu’un fardeau pour elle. Elle se tourne vers le jeune homme, le regard suppliant :

« Tu peux encore rebrousser chemin, tu sais », dit-elle, « tout n’est pas perdu ! J’espère que tu es bien préparé… Je leur ai dit que je ne savais pas si les récepteurs bêta-gluta-énergioniques étaient impliqués dans la transmission synaptique par les neurones du glioblastome par le colon, et ils m’ont giflé ». Elle regarde sa jambe et déclare « et je leur ai dit que je voulais faire des neurosciences parce que je trouve ça cool, et voilà ce qu’ils m’ont fait… ». Et là voila, quittant le bâtiment, d’une démarche claudiquante, à peine sûre de pouvoir rentrer chez elle entière.

« They are asking questions they don’t even understand themselves !! »

De l’autre côté de la porte à présent refermée, des bruits de pas se font entendre. Le jeune homme déglutit difficilement et défait un bouton de sa chemise. Des vapeurs de sueur le prennent à la gorge à cet instant, mais il tient bon. La porte s’ouvre et un homme à l’apparence simple en sort. « Monsieur T****** ? C’est à vous, si vous voulez bien me suivre ». Prenant son courage à demain, le jeune homme pénètre dans la salle, pour y découvrir une quinzaine de personnes, hommes et femmes de tout âge, qui le toisent bizarrement. Il n’est pas à l’aise et à l’impression d’être une souris que des étudiants de L2 observent au microscope pour rechercher une foutue glande minuscule dont il faudra réaliser un ridicule croquis pour espérer avoir une bonne note de dessins (alors que dessiner des petits chats, c’est quand même mieux). Au centre de la salle, un pupitre et juste à côté, un écran qui affiche fièrement la première diapositive de la présentation pauwerpoynt que le jeune homme a préparé depuis maintenant un mois. « Concours pour l’attribution des contrats doctoraux – 2012 » est écrit en grand ; derrière le titre, l’image d’une boîte de pétri, de couleur rouge sang, et des colonies dorées qui ont poussé dessus.

Le jeune homme regarde les colonies ; celles-ci semblent lui faire un clin d’oeil, et l’encourager. Il reprend confiance. S’installant au pupitre, il commence : « Bonjour. Vous pensez peut-être que je me suis trompé de salle et que l’oral du bac de français c’est pas ici, mais je vous assure que je sors bien d’un master de biologie. Permettez-moi de me présenter, et puis j’aborderai ensuite avec vous mon projet de thèse ». Il commence alors son discours, et au bout de quelques secondes se rend compte que l’assistance regarde l’écran d’un air médusé. Ne comprenant pas, il se retourne, et s’aperçoit avec horreur qu’on a modifié le pauwerpoynt qu’il avait préparé. Sur l’écran, ce sont les photos du dernier épisode de My Little Pony qui s’affichent…

[/Flashback]

Un jour, moi aussi je prendrai de la drogue

Il y a un an, pour pouvoir entrer en doctorat, il fallait trouver une source de financement, quelque chose qui t’assure un salaire régulier pendant trois ans. Il existe, fort heureusement, une multitude de solutions pour trouver une source de financement, et l’une d’entre-elles consiste à décrocher un contrat doctoral via un concours organisé par l’école doctorale rattachée à notre Université. L’école doctorale reçoit en effet une trentaine de contrats par an du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, et c’est à elle de les distribuer ensuite. Elle pourrait bien sûr les donner aux équipes qu’elle voudrait, ou en fonction de qui a le plus de financement ou pas, mais la meilleure solution qui ait été trouvée est de faire un concours de t-shirts mouillés où les étudiants sélectionnés seraient jugés sur leur aptitude à exposer et défendre un projet de thèse.

Alors bien sûr, mon passage ne s’est pas exactement passé comme dans le flashback qui sert d’introduction, mais ce qu’il faut savoir, c’est que ce concours, c’est une horreur. Pas forcément de le passer, en fait, mais surtout de le préparer, des semaines durant. Comprenons-nous : nous sommes amenés à présenter un sujet en soi assez pointu à un panel de scientifiques (qui constitue le jury) qui viennent de tous horizons : on y trouve des biologistes moléculaires, des cristallographes, des bio-informaticiens, mais aussi des neuroscientifiques, des éthologistes, des médecins, des biologistes des plantes. Bref, allez expliquer à un mec qui étudie les pingouins en quoi étudier des micro-organismes c’est un projet qui mérite d’être financé et vice-versa (quoi que l’inverse est plus facile, puisqu’en fait un pingouin c’est un peu comme une grosse bactérie, en fait). À cause de cette diversité d’horizons scientifiques, il faut s’attendre à tout lors de la phase la plus cruciale du concours : la discussion avec le jury.

Salut, je suis major de promo, et je vais plomber ton classement.

Il y a en effet trois phases qui rentrent en compte dans la note du concours. La première prend en compte les notes obtenues en Master ainsi que le classement obtenu dans la promo. Les notes sont ainsi relevées ou abaissées en fonction de ce classement, puis ces notes recalculées pour chacun des candidats sont étalées, et généralement les 60 premiers sont sélectionnés pour passer l’oral du concours. En gros, ce procédé permet d’étaler les notes de façon à ce que les meilleurs soient vraiment au dessus et les moins bons vraiment en dessous. Étaler les notes c’est pas forcément injuste, puisque il y a un gros paquet d’étudiants qui se présentent et dont les moyennes se ressemblent toutes. L’étalonnage permet de sélectionner les étudiants en faisant appel à des critères arbitraires. Aussi, comme cette note modifiée compte pour le classement final, elle donne un avantage certain à ceux qui étaient les premiers/seconds/troisièmes de la classe pendant le Master. Personnellement, j’y vois juste une façon d’avantager ceux qui, à l’entrée du Master, savent déjà qu’ils veulent passer le concours et se donnent les moyens pour y accéder. En revanche, ceux qui sont parmi les derniers sélectionnés ne sont pas désavantagés du tout, ce n’est absolument pas sûr qu’ils n’auront pas le concours. Mais j’y reviendrai plus tard.

La bâtisse infernale (en vrai, c’est un peu moins joli)

La seconde phase, c’est donc l’oral. La première partie consiste simplement en la présentation orale. En général, les étudiants qui passent le concours sont bien briefés par leurs équipes et cette partie ne pose pas trop de problèmes, bien qu’il y ait un cahier des charges à respecter et que ce n’est pas toujours le cas. Et vient donc la discussion, qui constitue en une série de questions posées par le jury, questions auxquelles l’étudiant doit tenter de répondre. Et comme expliqué auparavant, les questions peuvent être de tout et de n’importe quoi. C’est pour ça que la préparation au concours est affreuse, il faut aller chercher tous les détails sur son sujet mais aussi essayer de s’élargir à tout ce qu’il y a autour, et ce n’est pas facile.

Cela dit, passer le concours en soit, c’est franchement pas la chose que je ferais tous les jours non plus.

***

Et là, après cette pause, vous vous-dites « mais si ce concours est tellement affreux, pourquoi l’as-tu passé une seconde fois ? ».

Et la question peut se poser en effet. Suis-je un grand masochiste ou un exhibitionniste qui aime être scruté par une trentaine d’yeux (mais tout habillé, ce qui constitue une forme soft d’exhibitionnisme) ? Ai-je été condamné à ce châtiment parce que j’ai formulé quelques propositions relativement douteuses sur la profession de la maman de mon chef de labo ? Ou alors ai-je simplement réussi à me faire passer (encore une fois) pour plus jeune et ai du passer le concours pour prouver que je suis pourtant déjà en doctorat ? Nenni de tout cela, la réponse est Ô combien moins intéressante. En fait, l’hiver dernier, j’ai été élu au Conseil Scientifique de l’Ecole Doctorale des sciences du vivant, qui est rattachée à notre Université. Voilà. Dit comme ça c’est pas ultra sexy. Je siège donc à ce conseil en tant que représentant des doctorants.

Whaaaaaaaaaaaaaaaaaat ?

Là je fais une pause car je suis sûr que la plupart d’entre vous, doctorants qui suivez ce blog, n’étiez pas au courant qu’il y avait des personnes qui vous représentent au Conseil Scientifique de l’E.D., ni même qu’il y avait un Conseil Scientifique à l’E.D. Mais ce n’est pas le sujet.

En occupant cette position, je suis amené à suivre  les réunions du Conseil, où sont prises les décisions qui touchent à l’organisation de l’Ecole Doctorale, et le sujet qui nous occupe forcément le plus c’est la préparation et l’organisation du concours. Je peux donc y participer et me mêler aux membres du Jury et assister aux oraux du concours, sans pour autant participer à la notation – je ne suis qu’observateur, même si je peux participer aux discussions. Alors, pourquoi perdre son temps pendant 3 jours à écouter des personnes en train de littéralement se faire dessus ? Et bien, pour 3 bonnes raison : la première, c’est que pendant 3 jours, on a le petit-déjeuner, le déjeuner et le goûter offert (avec en plus un p*tain de pot à la fin) ; la seconde, c’est que y a de la meuf et des 06 à prendre (« oh, vous savez quelles notes j’ai eu ? Halala, je ne sais pas ce que je serais prête à faire pour que vous me le disiez ») ; la 3eme, c’est parce que la joie de montrer ses fesses à un mec en train de passer l’oral et de le voir se décomposer alors qu’il est obligé de continuer son exposé, ça n’a pas de prix.

Ça pourrait être pire, vous pourriez passer devant CE jury…

J’ai pu donc observer sur ces quelques jours plus d’une vingtaine d’étudiants venant de tous bords exposer en l’espace d’un quart d’heure le projet de leur vie pour les 3 prochaines années. Certains veulent affronter les mécanismes qui régulent la formation des tumeurs au cerveau alors que d’autres veulent établir le lien entre la taille des poussins et leur propension à picorer, ou des trucs d’animaux du même genre. Et s’il est une chose qui est frappante en tant qu’observateur, c’est qu’il est très facile de distinguer les étudiants les plus mauvais (qui sont vraiment mauvais) de ceux qui sont très bons (et ils sont vraiment très bons). Sachant que par mauvais, il faut relativiser les choses puisque tous ceux qui passent le concours ont passé une pré-sélection. Enfin, ça n’empêche pas certains de dire que les bactéries ont des noyaux. Ou d’autres choses de ce genre. Il est également à noter que Dieu n’est pas trop évoqué lors de ces discours. J’aurais quand même espéré qu’à la question « pourquoi voulez-vous faire une thèse ? » que quelqu’un aie répondu « Dieu m’a demandé de devenir un martyr » ou ce genre de chose mais non.

En définitive, et malgré le ventre plus que plein du dernier jour, j’ai pu me rendre compte de la tâche difficile qu’est d’être membre du jury. En effet, entre les très bons et les plus mauvais, il y a tout un tas d’étudiants qui délivrent des performances honorables et dont la notation devient assez difficile. D’où la nécessité pour le jury d’étaler les notes au maximum, sinon on se retrouve avec une trentaine de personnes qui ont tous 16, et dire à un monsieur que si la madame qui a la même note a été prise et pas lui c’est parce qu’elle dispose d’une charmante paire de seins, hé bien ce n’est pas très éthique. Même si de prime abord ça semble plutôt sensé, bien sûr.

Je m'excuse pour cette réflexion machiste, c'est pas bien, je sais

Comment ça, vous ne voudriez pas d’une telle doctorante dans votre labo ?

Sur la fin, nous avons également eu droit à une analyse statistique des résultats du concours de cette année. Je vous passe l’analyse en détails avec moult tests et p-values de tous genres, mais ce qu’il fallait en conclure, c’est qu’il était IMPOSSIBLE de prédire le résultat d’un étudiant au concours en se basant sur ses notes de master et vice-versa. Autrement dit, c’est pas parce que l’un était premier de sa classe qu’il serait parmi les premiers du concours, de la même façon que, par exemple, la première du concours cette année n’était au final que 7e du classement final, la faute à ses notes de Master. Ce qu’il faut donc en retenir, c’est que rien n’est donc joué et que le concours sert à quelque chose. Que si les membres du jury passent 3 jours à se trifouiller les méninges pour suivre des exposés sur des sujets auxquels ils ne connaissent rien et qu’ils doivent en plus poser des questions pertinentes sur les dits exposés… hé bien, ce n’est pas pour rien qu’ils le font. Et c’est très bien pour les étudiants : s’ils passent des semaines à apprendre tout sur tout sur leur sujet de master et même ailleurs, et qu’ils finissent à quatre pattes en train de se faire des lignes de Guronzan pour tenir debout (ce qui ne marche pas trop puisqu’ils sont à quatre pattes, hein), hé bien ce n’est pas pour rien non plus.

Et en soi, se dire que j’ai eu mon financement de thèse sur la base d’un concours qui n’est pas cheaté ou biaisé, moi, je trouve ça rassurant.

Arnaud

P.S. Je profite de cet article pour féliciter notre camarade Quentin S. qui a obtenu son financement par ce concours cette année et qui partira donc étudier les pingouins dans les îles Crozet . On vous promet donc des photos superbes qu’il voudra bien prendre pour nous.

Bien sûr comme il sera isolé au milieu de ces pingouins, et sans aucune filles à proximité, il va de soi que nous ne pourrons garantir la nature SFW de ces photos.

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