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Un thésard qui prend des congés est-il une colossale baltringue ?

par Arnaud

Normalement je devrais commencer par la sempiternelle phrase d’excuse pour le manque de productivité, le laisser à l’abandon du blog malgré son succès indéniable (sérieusement les gens : on publie un article tous les 3 mois mais vous êtes tous les jours à revenir nous voir ?), mais j’estime qu’avec ma formidable contribution de deux articles en 2014, autant passer à l’essentiel : vous êtes habitués.


Derrière ce titre volontairement provocateur que n’aurait pas renié l’un de ces sites à clics qui parsèment votre mur Facebook (entre 9gag, démotivateur et autres topito) se cache une véritable question : celle du repos du brave. De celui qui après avoir passé tant de journées de labeur, tel un fier guerrier viking qui affronte chimères et légendes nordiques (la métaphore fera plaisir à Emilio), a bien le droit de s’autoriser quelques jours pour souffler avant de reprendre la bataille sans fin contre l’armée des Faux Positifs et des Résultats Inexplicables qui reviennent, chaque journée, toujours en surnombre contre vos frêles petits bras.

Oui, se reposer c’est important. Mais un doctorant peut-il prendre le temps de se reposer ? Alors que nous pourrions poser d’emblée la question à Jamie et Fred pour avoir une réponse un peu sérieuse, laissez-moi plutôt vous parler des doctorants et des congés (payés), vous allez voir, c’est rigolo.

« Mais dis moi Jamie, faire une thèse, ça sert à quoi ? »

En premier lieu, il faudra rappeler que le doctorat est encadré par un véritable contrat de travail. C’est le premier CDD du jeune étudiant universitaire qui lui apprend à rentrer dans le véritable monde du travail de la recherche, avec ce que ça comporte d’exploitation et de sous-paiement. Et comme pour tout CDD qui se respecte, l’employé a droit à des jours de congés. Pour ce que j’en sais, il y en a en gros entre 44 et 46 jours alloués par an, et on peut en disposer comme on veut. C’est un premier point : la LIBERTE.

Si on compte à peine les jours fériés, 44 jours de CP, c’est la possibilité de ne venir que 4 jours par semaine pendant une année entière, quasiment. C’est également la possibilité de se prendre 8 semaines, voire 9, et de faire tout autre chose qu’aller au laboratoire pendant deux mois. Comme par exemple se faire un petit voyage dans un pays exotique de type Syrie, les billets doivent pas être bien cher en ce moment. C’est également la possibilité de prendre des jours à peu prêt n’importe quand, et en fonction de la flexibilité de votre administration (et du bon vouloir de votre encadrant/directeur de thèse), sans forcément prévenir, ou même les poser une fois les congés pris. Vous l’aurez compris, tout est faisable à votre bon vouloir, c’est presque comme Minecraft, les Creepers en moins.

Alors pourquoi ne pas prendre tous ces jolis jours de congés ? Bah tout simplement parce que vous êtes en thèse. Argument imparable, article bouclé, applaudissements, merci de votre attention, on se retrouve dans six mois… Faire une thèse est un travail de longue haleine, une sorte de longue course d’endurance, et s’il faut lâcher un peu de lest pour tenir jusqu’au bout, on ne peut se permettre de trop se laisser aller sous peine de se faire rattraper par d’autres. Car même en recherche, il y a de la compétition. Imaginez-donc un marathon et ce qu’il se passe si, à chaque point de ravitaillement, au lieu de simplement prendre une gorgée d’eau, un coureur se paie 2 min’ pour souffler. A votre avis, arrivera-t-il premier ?

« C’est moi que j’vais publier en premier !! »

Et même sans cet aspect de compétition, le timing est limité. Trois ans, en vérité ça passe super vite (hier encore, je proposais à Emilio de faire un blog pour raconter nos thèses, alors encore jeune et insouciant), et prendre du temps de repos, bah c’est du temps de travail en moins, des manips en moins, des résultats potentiels sur un coup de chance en moins, et ta publication dans un gros papier en moins (ou alors : sans ton nom dessus, mécréant). Et même si, au final, la décision n’appartient normalement qu’à nous, il y a des équipes où certains directeurs d’équipe, et peut-être que c’est encouragé par la compétition, disent à leurs thésards « tu peux prendre des congés, mais c’est ta carrière que tu mets en jeu hihihi » (puisque ceux qui travaillent, mais dans l’autre équipe là, tu sais, où ils te volent ton sujet, bah ils publieront avant toi hihihi). Et d’autres où on vous encouragera au contraire, à prendre vos jours, parce qu’un doctorant reposé sera plus efficace qu’un thésard éreinté. Mais méfiez-vous : si on vous conseille tout le temps de partir du labo, c’est aussi peut-être que vous êtes un boulet.

En résulte alors une certaine attitude des doctorants envers ses congés. Malgré le nombre énorme de jours accordés, on va essayer d’en poser le moins possible. Ce qui est totalement absurde (vous comprendrez encore mieux par après), mais comme ça le chef d’équipe tyrannique n’y verra que du feu, puisqu’en les posant astucieusement, genre près de jours fériés en semaine et de « ponts » stratégiques, vous pouvez avoir un long temps de repos avec 1 seul jour posé. Libre à vous de vous écrier « HAHA comment je t’ai niquéééé !! » à sa figure par après. L’autre versant de l’attitude, c’est un peu le concours de qui a la plus grosse, mais à la « qui prend le moins de vacances » ; comme s’il fallait justifier de s’éreinter au travail au travers d’une certaine reconnaissance (ou admiration) de la part de ses confrères. C’est un peu le même principe du « qui fait le plus d’heures par jour » ou « qui vient le plus travailler le week-end ». Ça se voit surtout parmi les premières années, quand la motivation est à son plus haut et qu’il n’y a que la Science pour motiver votre raison d’être – puis ça se calme généralement, quand ils comprennent que de toute façon travailler 100 heures par semaine ça va pas amener le gouvernement à créer plus d’emplois dans le secteur. Je dirais même plus que ce genre d’attitude est délétère parce que ça fait peur d’envisager de payer autant d’heures supplémentaires, non mais !

Bon, très bien, mais que faire alors de tous ces jours qui ne sont pas pris ? C’est là que la blague en devient encore plus drôle. Normalement, entre doctorants, bah on est tous censés avoir le même contrat. Sauf qu’en fait… BAH NON ! Surprise ! Il y a quelques petites différences qui ont une importance toute relative, mais tout de même. Par exemple, le compte épargne-temps, ou CET. Une bonne idée que voilà, qui permet d’épargner les jours non posés et à partir d’un certain nombre, les voir transformés en salaire. Sauf que, en fonction de votre contrat, un doctorant peut ou ne peut pas avoir l’ouverture d’un CET. Par exemple, si comme moi tu bénéficies d’un contrat ministériel et que t’es employé par une Université : bah t’y as pas droit. Mais si c’est le CNRS qui t’embauche directement : alors t’y as droit. Injustice, révolte, Marianne et Jean-Luc Mélenchon. Du coup, les jours non pris s’envolent et sont cadeau pour le CNRS. Mais n’allez pas croire que balancer « grâce à moi vous avez économisé 100 jours de CP » à votre concours d’entrée pour être CR vous sauvera la mise pour autant. Les cadeaux, vous leur en faites, mais ce sera jamais réciproque, ou bien vous croyez aux contes de fées.

Au sommaire du Fake Science Monthly également : « Les rédacteurs d’OSAG ne sont pas aigris »

Vous comprendrez donc facilement le léger sentiment de frustration que peut avoir le thésard qui dispose, par droit, d’un certain nombre de jours tout en sachant qu’il ne pourra pas vraiment les prendre au risque d’avoir du retard sur sa thèse qui n’avance pas (ceci est un pléonasme) ou simplement de se sentir coupable par après. Qui ne s’est jamais dit, allongé sur un transat au bord de la plage, et sirotant un Cuba Libre, que mince, tout de même, cette extraction de protéine/ce bagage de cigogne/cette falsification de données sur les dernières données du glioblastome (rayer la mention inutile) ne va pas se faire toute seule ? Il y aurait bien sûr une solution : ne donner que 5 jours de CP par an à un thésard. Comme ça on serait tous ultra heureux de pouvoir les prendre. Un peu comme quand nos parents recevaient des mandarines à Noël. Je suis sûr que les hautes instances du CNRS seraient d’accord avec moi !

Quoi qu’il en soit, il est totalement absurde de parler de repos, de détentes et de vacances sur un blog consacré à la réalisation d’une thèse, parce que la recherche, la science, le savoir, les expériences, la passion, l’abnégation, le travail, l’endurance, la pugnacité, la persévérance, la motivation, le courage, et l’alcool, sont autant de valeurs qui ont bien plus d’importance au jour le jour que les trois premières dont je parlais.

Et sur ces belles paroles, je vous laisse, j’ai un week-end à Londres à préparer.

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La science est un monde étrange rempli de gens bizarres

La thèse est parfois une maîtresse particulièrement difficile. On a beau y consacrer la quasi-totalité de sa vie, elle arrive encore, derrière son tablier tâché et son rouleau à pâtisserie, à vous faire payer votre manque d’engagement à son égard. Mais qu’est-ce que tu veux, bordel ??? QU’EST-CE QUE TU VEUX DE PLUS ? Rien. Mais elle va vous le faire payer quand même. Il y a des moments où vous avez beau tout donner, tout essayer, le destin ne vous souris pas, mais alors pas du tout, et vous vous retrouvez sur votre chaise de bureau en larmes, face à un écran d’ordinateur impassible et des collègues de bureau décontenancés.

Que s’est-il passé ? J’avais déjà abordé brièvement ce magnifique phénomène lors d’un billet précédent (lequel ? relis tout, feignasse !), que j’ai intelligemment (*tousse*) surnommé « décalage de l’idéal ». La thèse que chaque doctorant débutant planifie dans son esprit correspond à sa thèse idéale, son objectif premier pour les trois prochaines années en quelque sorte. Ces objectifs peuvent être de divers niveaux ( un article de malade dans un journal bien placé, un prix Nobel, se taper le maximum de stagiaires en un minimum de temps, etc.) mais tous ont un point commun : ils sont beaucoup trop durs et donc quasiment impossibles à (tous) satisfaire. Cette thèse idéale existe car comme son nom l’indique elle permet de fixer un but ultime dans le cas où, Ô miracle !, tout se passerait dans les meilleurs conditions possibles. Mais, restons les pieds sur terre mes amis, cela ne se passera jamais de la sorte. Vous n’aurez jamais un bon papier, vous n’avez aucune chance d’avoir un prix Nobel, et vous pouvez faire une croix sur toute activité copulatrice lors de la préparation de votre doctorat (c’est pas en restant dans votre bureau et en visitant l’animalerie 2 fois par semaine que vous risquez de faire des rencontres intéressantes). Et là commence la douce descente aux enfers….

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La thèse, tout simplement

Vous broyez du noir ? Parfait. Vous avez envie de tout foutre en l’air parce que, comme moi, vous n’avez rien sorti d’intéressant lors de votre première année de thèse, qui s’est d’ailleurs conclu lamentablement ? Parfait x2. Votre barbe commence à se clairsemer sous l’effet du stress ? Parfait x3. Vous êtes donc officiellement un thésard. Oui, vous n’êtes plus doctorant(e), ce jeune homme/femme à l’orée de la connaissance humaine qui avance dans le noir profond de l’ignorance, le glaive de la science à la main et pour seuls soutiens son courage et son intelligence. Vous êtes un thésard, ce truc mi-homme mi-flan qui courbe l’échine, déprime constamment, ne sert à rien à part dilapider l’argent du contribuable dans des drogues plus ou moins licites et dans l’alcool, ce qui lui permet d’oublier sa condition d’étudiant-salarié qui n’apprend rien et ne produit rien.

La question centrale qui vous taraudera à ce moment là est-la suivante : « Mais pourquoi ? Comment ais-je pu en arriver là ? » Et la seule et unique réponse que vous trouverez : « Ma thèse c’est de la merde ». Tout thésard se le dit au moins 4500 fois par mois, alors arrêtez cet air outré, j’ai juste dit « merde » ça va. J’aurai pu dire « chiasse », ce qui aurait été plus fort. Mais non, j’ai dit « merde », alors calmez-vous.

"Bonjour, je viens de finir ma thèse sur le succès reproducteur de la limace tigrée en 4 ans, et je vais m'éclater lamentablement sur le sol de la cuisine"

« Bonjour, je viens de finir ma thèse sur le succès reproducteur de la limace tigrée en 5 ans, et je vais m’éclater lamentablement sur le sol de la cuisine »

Vous faites officiellement parti de la moyenne, bravo ! Ce qui vous arrive n’est de loin pas une exception, et cela induit que votre sujet de thèse n’est peut-être pas si horrible que ça. Car oui, tous les sujets, si tant est qu’ils soient inédits et un minimum intéressants, valent le coup. Je vais pas épiloguer la dessus, mais à partir du moment où vous faites avancer le savoir de l’homme, ne serait-ce que d’un chouilla, d’un picomètre sur l’échelle du progrès,  alors vous avez réussi quelque chose de fascinant au moins une fois dans votre vie. Alors certes, la plupart du temps, les doctorants réussissent à sortir deux-trois papiers sans goût ni saveur, qui seront auto-cités avant de tomber dans les oubliettes de la masse informe du savoir non-anthropocentré et donc sans grand intérêt pour l’individu lambda. Mais qu’à cela ne tienne, vous serez à la limite ultime, au plus proche du néant absolu. Là où l’homme ne sait strictement rien.  Vous serez, un jour dans votre vie, un Christophe Colomb en puissance, bravant les vagues vicelardes du manque de financements et du découragement. Et qu’importe si vous découvrez les Indes, les Amériques, ou un bout de caillou sans formes de vie perdu dans l’océan : vous serez, de toute l’histoire de l’humanité, le premier à y poser le pied.

Le savoir nouveau mérite qu’on s’y intéresse, même s’il semble totalement absurde et vide de sens au premier abord. Par exemple, qui aurait-pu croire que de l’étude d’un vulgaire champignon marin puissent naître les Céphalosporines, des antibiotiques encore couramment utilisés ? Hein? Qui l’aurait cru?
Je me suis toujours intéressé aux recherches un peu en marge, celles qui font rire le chaland de part leurs intitulés ou problématiques. J’ai toujours trouvé fascinant que des hommes puissent consacrer leurs vies à ça, sous le rire gras et moqueur de leurs conspécifiques, alors même qu’ils sont, comme n’importe quel immunologiste ou neurophysiologiste, créateurs de savoir. Il n’y a pas de recherches qui valent mieux qu’une autre, et toutes les questions méritent de trouver des réponses, ne serait-ce que pour faire grandir l’humanité (purée je sais pas ce que j’ai aujourd’hui…).

Donc, la prochaine fois que vous trouverez que votre sujet de thèse/de recherche/de stage de M2/de TPE/d’exposé sur les grenouilles n’a pas de sens, n’oubliez pas que certaines personnes pratiquent des recherches encore plus difficile à justifier que les votres, et qui demeurent pour le moins intéressantes. Je n’ai pu résister à vous compiler quelques perles que j’ai trouvé et emmagasiné durant ces dernières années que vous devez tous absolument avoir lu, excusez-moi d’avance :

1) Le tout premier papier totalement AWESOME que j’ai trouvé à l’époque et qui m’a fait dans un premier temps bien marrer, puis réellement réfléchir sur des problématiques évolutives poussées, est un classique : The first case of homosexual necrophilia in the mallard Anas platyrhynchos (le premier cas de nécrophilie homosexuelle chez le canard colvert). À la lecture de cet intitulé, vous avez une réaction somme toute normale pour un être humain normalement constitué : vous gloussez. Certes, mais attendez un petit peu mes poussins. Cet auteur a fait part, pour la première fois dans l’histoire de l’ornithologie, d’un cas de viol sur cadavre du même sexe chez le canard colvert. Il a donc, contrairement à vous, été le premier dans quelque chose. Et au-delà du titre certes assez risible se cache, pour quiconque chercherait un peu, des problématiques vraiment poussées et pour le coup totalement pertinentes. Quelle est l’explication évolutive pour expliquer l’existence d’un tel phénomène ? AHAH ! Vous faites moins les malins bande de petits rigolos. Car oui, la question soulevée par ce papier vaut le détour. Comment expliquer que deux comportements qui ne donnent a priori pas de descendance biologique (l’homosexualité et la nécrophilie) aient pu être maintenus chez cette espèce ? Normalement, ce type de comportement ne donnant pas de descendants, il devrait être rapidement éliminé par la sélection naturelle, et ne plus subsister dans les populations sauvages. Pas réellement de réponses claires à ce jour, plutôt des hypothèses. Mais avouez qu’en voyant le titre vous n’aviez absolument pas pensé à tout ça…

La canard colvert est définitivement un être bien dégueulasse

Le canard colvert est définitivement un être bien dégueulasse

2) Un deuxième papier que j’ai eu de mon comparse Arnaud  traite d’un sujet atypique mais de santé publique : Sex with Animals (SWA): Behavioral Characteristics and Possible
Association with Penile Cancer (Sexe avec les animaux : Caractéristiques comportementales et possible lien avec le cancer du pénis). Là, l’intérêt est sociologique. Certes, le point central de l’étude est de mettre en évidence que les rapports sexuels avec des animaux peuvent être néfastes pour la santé, mais cela on pouvait déjà s’en douter un petit peu (« Non, c’est pas vrai ! Coin-coin et moi on s’aime d’un amour tendre et sincère !!! ») . Le plus intéressant dans tout ça, ce sont les chiffres absolument invraisemblables qui sont avancés par les chercheurs : il semblerait qu’au Brésil, environ 34% des hommes ont déjà tenté de faire l’amour avec des animaux. Normal. Un tiers de la population. Ils ont les plus belles filles du monde qui défilent à moitié nues au Carnaval et ne s’habillent de presque rien pour aller à la plage, mais non, ils préfèrent copuler avec des animaux. Ce papier est réellement fabuleux à différents niveaux, et si vous avez l’occasion de le télécharger, allez-y. On y apprend également que faire l’amour à des animaux en groupe est monnaie courante dans ce pays. La science mes amis, la SCIENCE !

3) Et pour finir, un papier qui tourne en dérision la nomenclature des articles scientifiques et de l’approche scientifique en général : Chicken chicken chicken : chicken chicken (Poulet poulet poulet : poulet poulet). Ce papier est sincèrement énorme, parce que, même si il n’utilise qu’un seul et unique mot, il utilise les codes et normes des papiers scientifiques classiques, nous permettant étrangement de nous y retrouver. Ce papier est un cadeau du ciel, et avoir écrit ça est sincèrement une preuve du génie qui habite l’auteur. Faire prendre conscience aux gens des normes dans lesquelles ils évoluent, tout en montrant leur limites, et tout ceci en utilisant un seul et unique mot, c’est sincèrement fou.
Et attendez, car cet homme, Doug Zongker pour les intimes, a également fait une présentation découlant directement de son article, et là, ça devient tout bonnement extraordinaire. C’est drôle, bien pensé, et tout se base sur le ton, la gestuelle et la présentation du bonhomme. Vous remplacez « Chicken » par n’importe quel blabla scientifique, et vous aurez devant vous la copie parfaite de toutes les présentations que vous verrez dans votre vie.

Chicken n°3 : Chicken chicken chicken (Chicken chicken >0,05%) chicken chicken

Chicken n°3 : Chicken chicken chicken (Chicken chicken >0,05%) chicken chicken

Conclusion rapide car article beaucoup trop long : ne vous plaignez pas, car il y a pire que votre sujet de thèse. Et souriez, car même les sujets les plus invraisemblables ont une raison d’exister.

Emilio

PS : si vous voulez des articles un peu fun à lire, n’hésitez pas j’en ai quelques-uns sous le coude !

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[Guest] The day after tomorrow

Nous vous avions parlé au début de ce blog que nous aurions aimé mettre en place un système de guest blogging (parce qu’on est un peu des feignasses alors si d’autres peuvent écrire pour maintenir le site un peu vivant, tant mieux) – pour essayer d’avoir un aspect un peu plus communautaire, et parce qu’on est pas forcément les seuls à avoir des choses à partager. L’idée est simple : tu as envie de raconter quelque chose au niveau de ton doctorat ou autre ? Nos portes sont ouvertes. Et contre tout attente, nous avons l’immense plaisir d’avoir une volontaire, pleine d’enthousiasme et de courage. ET SA FAY ZIZIR. Laissons maintenant la parole à Annie.

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The Day After Tomorrow

Je vous arrête tout de suite, vous qui me lisez ! Ceci n’est pas une critique cinoche sur le film d’anticipation de ce bon vieux Robert Emmerich. Certes, je peux très bien le faire mais le but de mon propos est autre.

Je veux bien évidemment parler…  de l’après fac. Oui les jours qui suivent l’obtention du diplôme, la fête, l’alcool et autres excès quoi. Après un master en sciences, il y en a qui s’engagent pour une thèse suite aux fameux concours « MRT » (comme nos deux comparses), ceux qui trouvent du boulot et puis les autres. Moi je fais partie « des autres ».

Pour resituer, je vais brièvement me présenter et exposer mon parcours. J’ai effectué un master Biochimie, Biologie Moléculaire et Cellulaire parcours Immunologie & Inflammation que j’ai obtenu en juin 2012 à l’université de Strasbourg. Pourquoi ce master ? Tout simplement parce que le domaine de la biologie m’a toujours passionné, en particulier l’immunologie, qui elle, me fascine. J’ai voulu avoir un aperçu de la vie de labo, j’ai donc fait un stage d’été en 2010 à l’Institut de Biologie Cellulaire et Moléculaire de Strasbourg à la fin de la licence. J’ai eu l’immense honneur de travailler dans le laboratoire dirigé par Jules Hoffmann (qui a reçu par la suite le prix Nobel de médecine en 2011 pour ceux qui n’étaient pas sur Terre). Ce laboratoire assez prestigieux pour les biologistes moléculaires accueille beaucoup d’étrangers. J’ai vraiment constaté l’importance de l’anglais dans le monde de la recherche. L’équipe où j’ai fait mon stage était composée de Japonais, Coréens, Chinois, d’Anglais. La langue universelle était donc de rigueur. En plus des techniques de labo, j’ai découvert les différents corps de métiers dans la recherche, du technicien au directeur de recherche en passant par le maître de conférences universitaire.

Avant d’effectuer ce master, j’avais déjà le projet d’effectuer une thèse. Arrivée en master 2, j’ai effectué un stage de 9 mois au sein de l’Institut de Neurosciences Cellulaires et Intégratives où j’ai étudié une protéine du VIH-1.  Faire une thèse par la suite m’a paru évident, je voulais faire de la recherche et je ne me voyais pas faire autre chose. Mais dans la vie, les choses ne se passent JAMAIS comme prévu…

Le laboratoire où j’étais en master 2 n’avait pas de financement pour un étudiant en thèse et bien que j’ai eu la mention « Assez Bien » au master, je n’ai pas pu être qualifiée pour la MRT. C’est alors que la galère tout le processus de recherche de thèses commença. J’ai écumé les sites Internet spécialisés (Intelli’agence, NatureJobs, la FENS, phdportal et j’en passe), j’ai postulé à bons nombres de « phd applications » et à des annonces de thèses que ce soit en France ou de Navarre (Suisse, Allemagne, Luxembourg, Canada…).

 

Tank matrix

Quelle galère !

Je dois avouer que l’idée probable de quitter Strasbourg m’a fait un pincement au cœur. Ce n’est pas évident de se dire du jour au lendemain de quitter son microcosme et ses habitudes. Mais quand faut y aller, faut y aller ! Si mes calculs sont exacts, j’ai envoyé plus de 50 candidatures de thèse, que ce soit spontanée ou non. Parmi ces 50 candidatures, 60% d’entre elles n’ont jamais eu de réponses, malgré mes rappels de mails ou mes coups de fils. Sur les 40% autres, 60% de réponses négatives. J’ai quand même obtenu quelques entretiens. J’ai eu deux types d’entretiens. Celles que je qualifierai de « pertinentes » et « non pertinentes ». Commençons par les plus ironiques… les « non pertinentes ». Ces entretiens ont juste un but : mettre un visage sur la candidature (je ne plaisante pas !). La fin de ces entretiens a toujours été ponctuée de « Votre candidature est très intéressante mais malheureusement notre laboratoire ne dispose de pas financement pour un projet de thèse »… BLA BLA BLA BLA, c’est à ce moment précis que je sors mon plus beau sourire agrémenté d’un « je reste à votre disposition si vous voulez d’amples informations » et que je sors du labo complètement dépitée.

i_want_you

I want you …. but i don’t have the money

Les entretiens dits « Pertinents » ressemblent plus à l’entretien classique, entendez par là qu’il y a une possibilité de thèse à la sortie. Je me suis donc déplacée dans quelques villes par mes propres moyens (…) et au Luxembourg, qui m’ont payé le déplacement et l’hébergement. Ces entretiens ne se sont pas suivis et ne se sont pas ressemblés et je ne vais pas m’étayer davantage sur ça. On m’a par exemple demandé de présenter sous forme de power point mon sujet de recherche de master 2 et d’exposer mon projet professionnel suite à la thèse. Dans un autre laboratoire on m’a demandé de faire une présentation d’un sujet qui m’était totalement inconnu, 30 minutes montre en main et en anglais.

Dark vador entretien

Un entretien pas comme les autres

Au final, ces entretiens n’ont jamais abouti. Au bout du nième échec et après avoir essuyé toutes les larmes de son corps, c’est là qu’on se pose les vrais questions. «Est-ce que je vais encore chercher une thèse ? » « Qu’est-ce que je peux faire d’autre dans ma vie que de la recherche ? » « La pilule bleue ou la pilule rouge ? » « Les francs-maçons gouvernent ils le monde ? ». J’ai donc effectué une phase d’introspection où j’ai fait un bilan de ces derniers mois.  Après de longues, très longues réflexions, j’en ai conclu que l’idée de faire une thèse ne me séduisait plus comme à l’époque et que ça ne servirait à rien de faire une thèse si on n’est pas passionné à 200%. C’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter tout simplement de rechercher une thèse et de me concentrer désormais sur un nouveau projet professionnel… Mais ceci est une autre histoire.

Annie

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