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Le gouvernement va enterrer le Doctorat, mais il pleut et y a l’Euro alors ça va on s’en fout

par Arnaud


Vous saviez que lorsque vous allez sur le site de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, section « Doctorat », la dernière actualité en tête d’affiche date du 12 février 2015 ? Et qu’on nous parle de la finale du concours Ma Thèse en 180 Secondes… de 2014 ? C’est à croire que les rédacteurs d’OSAG ont inspiré le ministère sur le quota de productivité, que la notion d’actualité a été réformée sans que je ne sois mis au courant, ou bien que ledit ministère s’en bat les couilles du doctorat.

Oh, je crois que je connais la réponse.

Salut à tous ! C’est Arnaud, vous êtes sur le blog qui réussit à faire plus de visites en un an sans articles que lorsqu’il était alimenté régulièrement, et alors que j’avais en projets depuis plusieurs semaines – que dis-je, des mois – d’écrire par ici pour vous montrer que non, la thèse ne nous avait pas conduit, Emilio et moi-même, au suicide, voilà que j’ai trouvé une bonne raison de venir poser quelques lignes sur l’internet. Et pour ne pas changer, on va râler !

Vous n’êtes pas sans savoir que le prestige universitaire en France, c’est pas vraiment ça. Alors que l’Université est censée délivrer le plus haut diplôme qui soit dans le pays, le doctorat, ce dernier n’est pas vraiment reconnu en France, en dehors du domaine universitaire. Un problème ciblé et critiqué qui pose problème surtout car, à l’heure actuelle où les places sont de plus en plus restreintes dans les laboratoires de recherche en tous genres, la reconversion est difficile chez les entreprises car celles-ci préfèrent embaucher des ingénieurs parce que a) avoir un Bac +8/9 c’est trop de sur-qualification et b) le prestige des écoles d’ingénieurs vendu par nos chers représentants de là-haut, dans leur tour d’ivoire. Ces mêmes personnes qui s’amusent à faire des réformes à tout va depuis quelques années (l’autonomie des universités) tout en sabrant dans les postes disponibles (comme c’est le cas partout dans le domaine public), etc etc. Autant dire que l’avenir pour les doctorants et docteurs n’a jamais été très reluisant et que l’attractivité même du doctorat, des fois, vaux mieux ne pas chercher à l’expliquer. Je me rappelle très bien en 2012, lorsqu’on avait décroché notre contrat de thèse, on en rigolait en se disant qu’on serait sous-payés puis qu’on finirait au chômage. Et ce qui s’apparentait à une bonne blague grasse tirée entre deux vomis au cours d’une soirée bien trop arrosée se rapproche maintenant d’une réalité bien trop proche qu’on a pas forcément envie d’embrasser.

Mais le karma ça existe malgré tout, et la situation amusante est que, à l’étranger, le doctorat (ou PhD) est un diplôme très bien reconnu, ce qui permet d’avoir une certaine attractivité pour les laboratoires, certes, mais aussi les entreprises, qui connaissent ce diplôme et ce qu’il sous entend. Pour ça que l’on parle souvent d’exode des cerveaux : les personnes intelligentes fuient la France et il n’y a qu’à regarder le classement des meilleures ventes de livre pour s’en rendre compte (non parce qu’avoir 50 nuances de Grey et Guillaume Musso sur le podium, c’est quand même révélateur de quelque chose, hein). Oh la la, veuillez me pardonner pour cet écart condescendant d’intellectuelo-élitiste. Même si j’ai raison, et que vous le savez. Le truc rigolo, donc, c’est que les diplômes d’ingénieurs, qui sont si prisés par nos entreprises françaises, ont beaucoup plus de mal à s’affirmer, apparemment, à l’étranger. L’inverse du doctorat, donc, ce qui en soi mène vers un certain équilibre. La situation reste injuste (parce que je vois pas en quoi pour un même poste il faudrait privilégier le type qui sort d’une école d’Ing’ à un autre qui vient de passer un doctorat… et vice-versa, également !) et source d’une opposition assez farouche entre ces deux écoles, qui véhiculent des façons de penser complètement différentes et qui devraient, en vérité, se compléter au lieu de s’opposer. Je dirais pas qu’il n’y a pas d’avancées dans ce domaine d’ailleurs, mais je ne me sens pas assez renseigné là dessus pour m’avancer.

Du coup, j’en reviens au gouvernement et au culte de l’élitisme à double-vitesse. Apparemment ça a l’air de poser problème que les ingénieurs ne soient pas reconnus aussi bien à l’étranger que chez eux (les pauvres, ils ne sont pas obligés de s’expatrier pour avoir du travail ? C’est ça le raisonnement ?) et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a sorti un arrêté le 25 mai dernier pour réformer le Doctorat en tant que tel, dans un but de le revaloriser (ça, c’était la lettre d’intention) – sauf que lorsqu’on lit la chose, on se demande où se trouve la re-valorisation.


Najat

Le point qui fait le plus polémique c’est l’inscription au doctorat. Normalement réservée à des personnes titulaires d’un Master (Recherche), elle se fait sous la base d’une expérience du jeune diplômé de ce qu’est la recherche, en passant également par l’obtention d’un financement (en Sciences dures, du moins) et un accord avec un Directeur de Thèse et son laboratoire, ainsi que l’Ecole Doctorale à laquelle il est rattaché. Bah maintenant ils veulent changer ça, en autorisant l’inscription en doctorat par quiconque aura un dossier de Validation des Acquis par l’Expérience suffisant (VAE) – ouvrant donc la porte, c’est là qu’on y vient, aux diplômes des Grandes Ecoles.

Alors au début j’ai lu quelques articles d’opinions là-dessus, et j’ai vu quelques raccourcis auxquels j’ai cru, comme quoi le titre de Docteur allait être « donné » à des personnes qui n’auraient qu’à monter leur dossier de VAE, sans passer par la vraie case Doctorat (avec ce que ça implique : la rédaction d’une thèse après 3 ans de travail de recherche). Apparemment, c’est ce qui était réellement prévu au début par le texte de loi, mais ce n’est pas passé parce qu’il y a quand même encore un peu de limite dans le foutage de gueule. Mais j’ai quand même énormément de mal à comprendre l’intérêt de la chose. Que je sache, le M2 Recherche se sanctionne par un stage en laboratoire, avec une réelle appréciation du travail de recherche, et je ne suis pas sûr que c’est ce qui soit enseigné en école d’Ing. Alors il faut savoir comment la réforme peut s’effectuer concrètement. Dans le VAE, le E signifie expérience. Donc je suppose qu’il faudrait effectivement avoir une expérience plus ou moins importante (au moins quelques mois dans un labo ?) pour pouvoir ensuite prétendre à faire un doctorat. Dans ce cas, à la limite. Par contre si c’est faire un dossier en sortant de son école et passer comme ça en doctorat, laissez moi vous dire en toute courtoisie : gné ?

Valls

Le problème c’est pas de vouloir protéger une quelconque sacro-sainte institution universitaire, parce que ouais, en fonction des universités, le doctorat a aussi des raisons de pas être aussi reluisant qu’on aimerait – je crois vraiment qu’à Strasbourg on a de la chance de ce côté là. Mais est-ce que les types qui écrivent ces réformes réfléchissent ne serait-ce qu’une minute à leurs textes ? Dans l’hypothèse ou le dossier de VAE permet tout seul de pouvoir s’inscrire en doctorat, qu’est-ce qui justifiera alors de faire un Master ? Puisque de toute façon on pourra aller faire une thèse en passant par un autre diplôme qui déjà à lui tout seul t’ouvres bien plus de portes dans ton pays que ce à quoi tu aspires. Est-ce que, à l’inverse, on propose de faire de la VAE aux docteurs pour avoir un diplôme d’ingénieur ? Non ? Alors pourquoi ça serait acceptable de le faire dans l’autre sens ? Et je trouve même cette proposition quasi absurde, dans le sens que si le type sort d’une école d’ing’, il n’aura pas du tout acquis la démarche universitaire qu’on demande pour faire un travail de thèse. Quel intérêt alors pour le laboratoire ? Il ne le prendra jamais ! Je ne comprends pas cette volonté de vouloir « skipper » le M2 pour pouvoir s’inscrire en doctorat sans avoir connaissance de ce qu’est le domaine de la recherche. En plus d’être dangereux pour l’attractivité des Masters (heureusement qu’il y aura toujours l’argument financier pour contrebalancer tout ça), c’est une mesure qui dévalorise le Doctorat en permettant cette accessibilité, sur le papier du moins, à n’importe qui.

Ça fait partie de ce que plusieurs appellent de nos jours le règne de la médiocratie dans notre société, où tout doit être médiocre, c’est-à-dire dans un certain conformisme, un grand moule duquel personne ne peut s’extraire. Ça commence par le BAC qui est une vaste blague dont on parle chaque année, aux contrôles continus installés à l’Université, avec seconde session, et les semestres compensés pour être sûr que tout le monde puisse avoir des licences au rabais, puis maintenant on va sabrer les Masters et le doctorat puisqu’on aura même plus besoin d’aller à l’Université pour pouvoir y accéder. J’attends de voir ce que concrètement le gouvernement va faire avec ce texte, qui sera en application dès le 1er septembre prochain, mais j’ai quand même la sale impression que ceux qui nous gouvernent s’en battent les couilles d’une violence assez édifiante sur l’avenir de leur système Universitaire. J’espère vraiment qu’un jour ces guignols vont comprendre que la recherche c’est un moteur essentiel pour faire avancer un pays et qu’il faut la mettre en avant et lui donner des moyens au lieu de la plomber sous des notions de « productivité » ou de « compétitivité » qui n’ont absolument aucun sens quand on ne donne PAS de quoi être productif NI compétitif.

Alors si vous lisez ce papier, sachez également que je ne suis peut être pas le plus éclairé sur cette question et que je peux me tromper, ce pour quoi j’aimerai bien avoir une discussion là dessus. Si tant est que quelqu’un en ait quelque chose à foutre. Parce que l’absence d’articles sur ce blog exceptée, j’ai quand même l’impression que la priorité en ce moment – et depuis longtemps – c’est pas le devenir du secteur Universitaire en France. Apparemment, la pluie, le beau temps, et des mecs qui courent après un ballon, c’est plus intéressant.

P’tet que la solution c’est d’aller monter un dossier de VAE pour devenir footballeur professionnel. En fait.

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Un thésard qui prend des congés est-il une colossale baltringue ?

par Arnaud

Normalement je devrais commencer par la sempiternelle phrase d’excuse pour le manque de productivité, le laisser à l’abandon du blog malgré son succès indéniable (sérieusement les gens : on publie un article tous les 3 mois mais vous êtes tous les jours à revenir nous voir ?), mais j’estime qu’avec ma formidable contribution de deux articles en 2014, autant passer à l’essentiel : vous êtes habitués.


Derrière ce titre volontairement provocateur que n’aurait pas renié l’un de ces sites à clics qui parsèment votre mur Facebook (entre 9gag, démotivateur et autres topito) se cache une véritable question : celle du repos du brave. De celui qui après avoir passé tant de journées de labeur, tel un fier guerrier viking qui affronte chimères et légendes nordiques (la métaphore fera plaisir à Emilio), a bien le droit de s’autoriser quelques jours pour souffler avant de reprendre la bataille sans fin contre l’armée des Faux Positifs et des Résultats Inexplicables qui reviennent, chaque journée, toujours en surnombre contre vos frêles petits bras.

Oui, se reposer c’est important. Mais un doctorant peut-il prendre le temps de se reposer ? Alors que nous pourrions poser d’emblée la question à Jamie et Fred pour avoir une réponse un peu sérieuse, laissez-moi plutôt vous parler des doctorants et des congés (payés), vous allez voir, c’est rigolo.

« Mais dis moi Jamie, faire une thèse, ça sert à quoi ? »

En premier lieu, il faudra rappeler que le doctorat est encadré par un véritable contrat de travail. C’est le premier CDD du jeune étudiant universitaire qui lui apprend à rentrer dans le véritable monde du travail de la recherche, avec ce que ça comporte d’exploitation et de sous-paiement. Et comme pour tout CDD qui se respecte, l’employé a droit à des jours de congés. Pour ce que j’en sais, il y en a en gros entre 44 et 46 jours alloués par an, et on peut en disposer comme on veut. C’est un premier point : la LIBERTE.

Si on compte à peine les jours fériés, 44 jours de CP, c’est la possibilité de ne venir que 4 jours par semaine pendant une année entière, quasiment. C’est également la possibilité de se prendre 8 semaines, voire 9, et de faire tout autre chose qu’aller au laboratoire pendant deux mois. Comme par exemple se faire un petit voyage dans un pays exotique de type Syrie, les billets doivent pas être bien cher en ce moment. C’est également la possibilité de prendre des jours à peu prêt n’importe quand, et en fonction de la flexibilité de votre administration (et du bon vouloir de votre encadrant/directeur de thèse), sans forcément prévenir, ou même les poser une fois les congés pris. Vous l’aurez compris, tout est faisable à votre bon vouloir, c’est presque comme Minecraft, les Creepers en moins.

Alors pourquoi ne pas prendre tous ces jolis jours de congés ? Bah tout simplement parce que vous êtes en thèse. Argument imparable, article bouclé, applaudissements, merci de votre attention, on se retrouve dans six mois… Faire une thèse est un travail de longue haleine, une sorte de longue course d’endurance, et s’il faut lâcher un peu de lest pour tenir jusqu’au bout, on ne peut se permettre de trop se laisser aller sous peine de se faire rattraper par d’autres. Car même en recherche, il y a de la compétition. Imaginez-donc un marathon et ce qu’il se passe si, à chaque point de ravitaillement, au lieu de simplement prendre une gorgée d’eau, un coureur se paie 2 min’ pour souffler. A votre avis, arrivera-t-il premier ?

« C’est moi que j’vais publier en premier !! »

Et même sans cet aspect de compétition, le timing est limité. Trois ans, en vérité ça passe super vite (hier encore, je proposais à Emilio de faire un blog pour raconter nos thèses, alors encore jeune et insouciant), et prendre du temps de repos, bah c’est du temps de travail en moins, des manips en moins, des résultats potentiels sur un coup de chance en moins, et ta publication dans un gros papier en moins (ou alors : sans ton nom dessus, mécréant). Et même si, au final, la décision n’appartient normalement qu’à nous, il y a des équipes où certains directeurs d’équipe, et peut-être que c’est encouragé par la compétition, disent à leurs thésards « tu peux prendre des congés, mais c’est ta carrière que tu mets en jeu hihihi » (puisque ceux qui travaillent, mais dans l’autre équipe là, tu sais, où ils te volent ton sujet, bah ils publieront avant toi hihihi). Et d’autres où on vous encouragera au contraire, à prendre vos jours, parce qu’un doctorant reposé sera plus efficace qu’un thésard éreinté. Mais méfiez-vous : si on vous conseille tout le temps de partir du labo, c’est aussi peut-être que vous êtes un boulet.

En résulte alors une certaine attitude des doctorants envers ses congés. Malgré le nombre énorme de jours accordés, on va essayer d’en poser le moins possible. Ce qui est totalement absurde (vous comprendrez encore mieux par après), mais comme ça le chef d’équipe tyrannique n’y verra que du feu, puisqu’en les posant astucieusement, genre près de jours fériés en semaine et de « ponts » stratégiques, vous pouvez avoir un long temps de repos avec 1 seul jour posé. Libre à vous de vous écrier « HAHA comment je t’ai niquéééé !! » à sa figure par après. L’autre versant de l’attitude, c’est un peu le concours de qui a la plus grosse, mais à la « qui prend le moins de vacances » ; comme s’il fallait justifier de s’éreinter au travail au travers d’une certaine reconnaissance (ou admiration) de la part de ses confrères. C’est un peu le même principe du « qui fait le plus d’heures par jour » ou « qui vient le plus travailler le week-end ». Ça se voit surtout parmi les premières années, quand la motivation est à son plus haut et qu’il n’y a que la Science pour motiver votre raison d’être – puis ça se calme généralement, quand ils comprennent que de toute façon travailler 100 heures par semaine ça va pas amener le gouvernement à créer plus d’emplois dans le secteur. Je dirais même plus que ce genre d’attitude est délétère parce que ça fait peur d’envisager de payer autant d’heures supplémentaires, non mais !

Bon, très bien, mais que faire alors de tous ces jours qui ne sont pas pris ? C’est là que la blague en devient encore plus drôle. Normalement, entre doctorants, bah on est tous censés avoir le même contrat. Sauf qu’en fait… BAH NON ! Surprise ! Il y a quelques petites différences qui ont une importance toute relative, mais tout de même. Par exemple, le compte épargne-temps, ou CET. Une bonne idée que voilà, qui permet d’épargner les jours non posés et à partir d’un certain nombre, les voir transformés en salaire. Sauf que, en fonction de votre contrat, un doctorant peut ou ne peut pas avoir l’ouverture d’un CET. Par exemple, si comme moi tu bénéficies d’un contrat ministériel et que t’es employé par une Université : bah t’y as pas droit. Mais si c’est le CNRS qui t’embauche directement : alors t’y as droit. Injustice, révolte, Marianne et Jean-Luc Mélenchon. Du coup, les jours non pris s’envolent et sont cadeau pour le CNRS. Mais n’allez pas croire que balancer « grâce à moi vous avez économisé 100 jours de CP » à votre concours d’entrée pour être CR vous sauvera la mise pour autant. Les cadeaux, vous leur en faites, mais ce sera jamais réciproque, ou bien vous croyez aux contes de fées.

Au sommaire du Fake Science Monthly également : « Les rédacteurs d’OSAG ne sont pas aigris »

Vous comprendrez donc facilement le léger sentiment de frustration que peut avoir le thésard qui dispose, par droit, d’un certain nombre de jours tout en sachant qu’il ne pourra pas vraiment les prendre au risque d’avoir du retard sur sa thèse qui n’avance pas (ceci est un pléonasme) ou simplement de se sentir coupable par après. Qui ne s’est jamais dit, allongé sur un transat au bord de la plage, et sirotant un Cuba Libre, que mince, tout de même, cette extraction de protéine/ce bagage de cigogne/cette falsification de données sur les dernières données du glioblastome (rayer la mention inutile) ne va pas se faire toute seule ? Il y aurait bien sûr une solution : ne donner que 5 jours de CP par an à un thésard. Comme ça on serait tous ultra heureux de pouvoir les prendre. Un peu comme quand nos parents recevaient des mandarines à Noël. Je suis sûr que les hautes instances du CNRS seraient d’accord avec moi !

Quoi qu’il en soit, il est totalement absurde de parler de repos, de détentes et de vacances sur un blog consacré à la réalisation d’une thèse, parce que la recherche, la science, le savoir, les expériences, la passion, l’abnégation, le travail, l’endurance, la pugnacité, la persévérance, la motivation, le courage, et l’alcool, sont autant de valeurs qui ont bien plus d’importance au jour le jour que les trois premières dont je parlais.

Et sur ces belles paroles, je vous laisse, j’ai un week-end à Londres à préparer.

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Je suis tellement dans le futur gros, j’suis déjà mort

par Emilio

Au-delà de la sempiternelle excuse que nous allons devoir vous sortir en préambule de la totalité des futurs articles de notre blog, demeure une légère mais néanmoins tenace envie de vous raconter, au travers de quelques lignes écrites maladroitement entre deux tests stats merdiques, le quotidien de notre vie de thésard cynique sur ce blog par trop de fois laissé à l’abandon.

Il y aurait de quoi passer des journées à se lamenter sur cette période de notre vie, à la fois période d’émulation intellectuelle folle et de sinistres semaines de 55h, sans RTT ni heures sups pour compenser les valises gigantesques qui se glissent sous nos yeux à mesure que les jours passent en se ressemblant étrangement de plus en plus. D’ailleurs Easyjet va très probablement me faire payer un supplément la prochaine fois vu ce qui pend sous mes yeux ces derniers temps… (en mode « punchline » aujourd’hui je vous préviens).

Alors même que la vie suit son funeste cours, nous amenant tous à plus ou moins long terme vers une mort que je pressens pour ma part comme atrocement douloureuse, les fameuses trois années imparties se réduisent comme peau de chagrin, et il devient de plus en plus compliqué de penser à autre chose qu’à la Délivrance finale de la soutenance, qui je pense va exactement ressembler au film, avec un sale gamin attardé qui va jouer du banjo pour mon pot de thèse.

delivrance banjo

« Ta soutenance était merdique mon grand » *Doing* *Doing*

Alors, en ce début d’année 2015, le bilan se doit d’être fait, et à la vue du ton utilisé jusqu’à présent dans l’article vous vous doutez probablement que ce dernier n’est pas forcément des plus positifs. Pour parler franchement, j’ai en ce moment l’impression d’être passé complètement à côté de ma thèse. Et « passer à côté » c’est un moyen poli pour dire qu’elle m’a mâché et recraché de multiples fois, et que, comme un con heureux que j’ai toujours été, je me suis précipité à chaque fois dans sa gueule béante, en croyant dur comme fer que cette fois, non, ça va marcher, ya pas de raison que ça marche pour tout le monde et pas pour moi putain, faut arrêter de déconner, un mec peut pas cumuler autant de merde, le vent va bien finir par tourner. Une leçon les enfants, le vent tourne, mais c’est pas en restant cloué au sol que ça va changer quelque chose pour vous.

Parce qu’il est là le vrai problème de ma thèse, et donc par extension de la thèse d’autres personnes je suppose, je dois pas être seul dans cette fosse septique qu’on appelle le Doctorat (avec un grand « D » comme dans « Dans ton cul sale c*n »). Ma thèse n’a jamais décollé. Je n’ai jamais vécu de moment de félicité, des moments qui me font me dire que j’ai bien fait d’en chier pour en être là aujourd’hui. Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, c’est bosser assez pour me dire que ça viendra plus tard. Et quand on arrive au bout comme moi, qu’on se rend compte qu’il ne reste plus assez de temps pour que justement le positif arrive enfin, on réalise que la balance mentale s’est déréglée il y a longtemps et que rien ne justifiera plus tes 8 années d’études après le bac.

Je sais bien qu’il y a pire que moi. Mais je sais surtout qu’il y a généralement mieux. Et pourtant j’ai tenté mon possible pour ne pas que ça arrive, mais voila, ça se saurait si la simple volonté pouvait faire changer le monde. Essayez de vous vendre en troisième année de thèse pour un post-doc sans aucun article publié, accepté ou même soumis, et vous verrez, vous avez autant de chance d’être pris que Hollande d’être réélu président en 2017 (je suis devin le week-end, si tu veux savoir si ton ex va revenir, envoie un mail à : jesuisungrospigeon@gmail.com et balance moi ton numéro de carte bleu).

Ma nouvelle carte de visite, si jamais. J'ai changé d'ethnie pour augmenter ma clientèle si c'est ce que vous vous demandez

Ma nouvelle carte de visite, si jamais. J’ai changé d’ethnie pour attirer la clientèle, si c’est ce que vous vous demandez

Et oui je me plains. En même temps, tu es actuellement entrain de lire mon blog, donc j’ai plutôt le droit de le faire. Tu as le droit de m’insulter en retour par contre, mais tu ne le feras pas, parce que je te connais et je sais que tu es quelqu’un de bien, unique lecteur de notre magnifique blog.

D’habitude je finis sur du positif pour mes articles, afin de ne pas laisser un trop mauvais arrière-goût à nos lecteurs. Mais aujourd’hui non, je ne pense pas que ça va se faire malheureusement. Le seul point positif que je vois, c’est que je ne vais pas pouvoir faire de 4ème année (contrairement à 78% de mes proches amis thésards, sondage TNS-Sofres), donc je serais plus vite au chômage, et je pourrais plus rapidement passer mes journées en slip kangourou à écrire des commentaires haineux à mes collègues doctorants qui, non content de faire des conférences à Los Angeles ou Tokyo, postent des photos sur les réseaux sociaux. Oui ils ont le droit de le faire, mais j’ai aussi le droit de les insulter.

L’insulte publique est la dernière chose dans laquelle je suis à peu près bon, avec la consommation massive de graisse et d’alcool, donc ne m’enlevez pas ça !

PS: C’est mon anniversaire demain, donc j’ai le droit de faire la gueule

PPS: Pour les curieux, le titre de l’article est issu d’un morceau de Hyacinthe que je kiffe, et qui comme cet article respire la joie de vivre et l’envie d’aimer son prochain. Je le mets ci-dessous pour les mélomanes.

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Le jour le plus long

par Emilio

Il est vrai que, la thèse avançant et les problèmes sous-jacents s’accumulant pour vos deux serviteurs, le temps que nous pouvons encore consacrer à la rédaction d’articles pour ce blog se réduit considérablement. Malgré cela, ce n’est ni l’envie ni l’inspiration qui viennent à manquer, et il faudrait sérieusement qu’on songe à reprendre une écriture plus régulière afin de pallier aux ridicules temps d’attentes que nous vous imposons pour chaque parution. Nous n’allons ici vous faire aucune promesse que nous n’allons de toute façon pas pouvoir tenir, mais nous allons nous y remettre sérieusement, si t’en est que vous ayez encore envie de nous lire (dans le cas contraire , un simple « FERMEZ-LA !! » dans les commentaires suffira amplement).

D’autant plus que, à notre grande surprise, notre blog continue d’être très régulièrement visité par un nombre de lecteurs toujours croissant au beurre. Et comble de la gloire, notre article sur les bénéfices des éditeurs scientifiques (celui là même) a été récemment cité dans deux très bons articles (écrits par des vrais journalistes !) respectivement dans Rue89/l’Obs et Slate. Cela, vous vous en doutez, remet du baume au cœur et une fâcheuse envie de reprendre la plume de cigogne pour se lamenter une nouvelle fois sur la triste vie de thésard qui est la notre.

Si j'avais su, j'aurais pris 5 minutes de plus pour faire un tableau correct bordel...

Si j’avais su, j’aurais pris 5 minutes de plus pour faire un tableau correct bordel… (Source)

Donc à l’avenir, vu que ça à l’air de marcher plutôt pas mal, je vais essayer de refaire un article sur un sujet sérieux, en écartant les références scatologiques et absurdes, marque de fabrique qui a pourtant fait notre renommée en ex-RDA. Sur ce, fin du petit préambule d’autosatisfaction nécessaire, et place à l’article en tant que tel. Courage, c’est bientôt terminé.


Il y a dans la vie d’un doctorant plusieurs moments où ses sphincters manquent de se relâcher sous l’effet du stress, risquant à tout moment de l’humilier publiquement dans son laboratoire et de lui coller indéfiniment le sobriquet ridicule de « Petit Poussait ». On peut compter sa première présentation dans son laboratoire, sa première présentation de poster à un colloque, chaque présentation orale à chaque colloque qu’il fera dans sa thèse, sa soutenance finale et enfin, sa présentation face à son comité de thèse. Alors bon, le comité de thèse, quésaco ?

Pour faire simple, il s’agit de réunir en un même endroit plusieurs chercheurs venu juger de la qualité du travail du doctorant, mais surtout de son avancement dans sa thèse. Ce comité est généralement composé a minima du/des directeur(s) de thèse, d’un rapporteur interne au laboratoire de l’étudiant, d’un rapporteur externe au laboratoire de l’étudiant et de l’étudiant donc (forcément, sinon ça sert à rien réfléchis trente secondes). Tout ce beau monde doit se réunir au moins une fois durant la thèse, mais peut se réunir plus souvent si le désir ou le besoin s’en fait ressentir. Généralement, s’il n’est convoqué qu’une fois durant la thèse, on essaye généralement de réaliser ce comité au milieu de la thèse de l’étudiant afin de n’arriver ni trop tôt ni trop tard dans le processus. C’est pourquoi le comité de thèse s’appelle généralement la « mi-thèse » dans le milieu hardcore underground de la recherche scientifique. Il débouche sur la rédaction d’un rapport officiel qui sera déposé à l’école doctorale de rattachement de l’étudiant, qui ne sera jamais lu et pourrira ad vitam eternam dans un carton moisi dégueulasse entreposé dans une cave lugubre et sombre d’un quelconque donjon de ton Université.

« Le but de tout ça? » te demandes-tu, inquiet de voir la tournure passablement chiante de l’article se confirmer au fur et à mesure que tu lis ces lignes. Et bien, il est simple et peut être résumé en deux points :
– Rassurer l’étudiant sur ses capacités à finir sa thèse. Exemple : « Mais non François-Abdel, le fait que tu découvres que l’espèce sur laquelle tu travailles n’existe en fait pas n’est pas un frein à ta réussite, tu en es capable, fonce ! »

– Lui foutre un délicat mais solide coup de pied au derrière pour qu’il se le bouge. Exemple : « En même temps, bosser sur la reproduction du Monstre du Loch Ness n’était pas un choix forcément très judicieux, dépêche-toi tout de même de choisir quelque chose d’autre pour sauver les meubles ! »

Et on touche là au merveilleux paradoxe du comité de thèse, à savoir, se faire brosser dans le sens du poil tout en sentant un arrière-gout de « Magne-toi sévère parce que là je vais avoir l’air con si mon doctorant n’est pas capable de sortir un article valable durant toute sa thèse ».

Rojas, E. R. & Tomasini, A. 2014. Impact of the climatic variations and social environment on the reproductive success of the Loch Ness Monster (Nessiteras rhombopteryx). Journal of Bullshit Research. 6(2) 666-672

Rojas, E. R. & Tomasini, A. 2014. Impact of the climatic variations and social environment on the reproductive success of the Loch Ness Monster (Nessiteras rhombopteryx). Journal of Bullshit Research. 6(2) 666-672

Mon comité de thèse a débuté à 14h (de l’aprem, réfléchis trente secondes) pour se terminer sur un solide 20h30, et s’est poursuivi en comité restreint le soir même, et le lendemain matin avec le café. Sans rentrer dans les détails qui seraient à coup sur fatals pour votre intérêt, sachez que j’en ai bavé, mais genre sévère. 1 heure 15 de présentation, le reste de questions et de discussions, vous voyez le tableau je pense.
Pour faire simple, j’ai un objectif idéal de 6 articles à écrire avant la fin de ma thèse. En réalité, je pense en faire 4. Cela peut paraitre beaucoup pour certains, notamment les camarades en neurosciences et autres qui n’en écriront qu’un seul durant toute leur thèse, mais c’est un peu la norme chez nous (en tout cas dans mon laboratoire). Et calmez-vous de suite, l’article du thésard de neuro aura probablement plus d’impact que le mien, vu qu’il risque de sortir dans « Cell magazine » alors que les miens sortiront plus probablement dans « Selles magazine »…
Donc voila où j’en suis, techniquement il ne me reste qu’un an pour faire tout ça, sachant que les financements pour prolonger la thèse en écologie sont aussi rare qu’un politicien honnête ou un doctorant sobre. Le courage va devoir m’accompagner lors de ces derniers mois qui s’annoncent pour le moins compliqués…

"Les doctorants, l'avenir de la nation" - Jésus Christ

« Les doctorants, l’avenir de la nation » – Jésus Christ

Et voila ce qui sera je pense mes futures excuses pour ne rien écrire sur ce blog : les articles à écrire et l’alcoolisme homosexuel. En attendant rigolez, vous verrez le jour où je vais faire la couverture de « Selles magazine », vous ferez moins les malins bande de petits énergumènes.

 

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